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Des techniques avancées pour soigner les blessés de guerre

J'ai commencé à pratiquer la physiothérapie en 2010 et je travaille avec MSF depuis 2012. L’organisation venait d’étendre son programme d’Amman pour répondre à la crise syrienne et avait augmenté le nombre de postes à pourvoir au service de physiothérapie.

J'ai commencé à pratiquer la physiothérapie en 2010 et je travaille avec MSF depuis 2012. L’organisation venait d’étendre son programme d’Amman pour répondre à la crise syrienne et avait augmenté le nombre de postes à pourvoir au service de physiothérapie. Cette année-là, le nombre moyen de patients par physiothérapeute était supérieur à 15 par jour. Chaque séance durait entre 30 minutes et 1 h. Nous organisions des séances de thérapie de groupe chaque fois que possible pour soigner le maximum de patients et alléger la charge du service.

Mes débuts avec MSF étaient passionnants. Lors de ma première journée, on m’a fait visiter le service des consultations de l’hôpital et on m’a donné une longue liste de patients. Je les ai immédiatement contactés pour planifier des rendez-vous. Je me suis vite rendu compte de l’ampleur des efforts déployés par MSF pour répondre aux besoins médicaux des victimes de guerre dans la région. Ce fut un choc, mais dans le bon sens du terme, car cela m’a sensibilisé au rythme des événements, en particulier en Syrie.

Travailler avec des blessés de guerre

Avant de rejoindre le programme MSF d’Amman, je n’avais jamais eu affaire à des blessés de guerre. Ici, en Jordanie, les cas les plus extrêmes que j’avais rencontrés étaient des victimes d’accidents de la route. Certains patients souffrent de blessures multiples à différents endroits du corps, en plus de brûlures et de fractures sévères. Pour couronner le tout, ils doivent faire face aux conséquences psychologiques des scènes de guerre auxquelles ils ont assisté. Sur le plan professionnel, gérer ce genre de cas compliqués est très enrichissant pour un humanitaire tel que moi qui croit en certaines valeurs.

Comme je l’ai dit, gérer des victimes de guerre est un défi à part entière à cause de l’impact psychologique lié au long processus de guérison et à l’éloignement avec le pays d’origine. Dans de nombreux cas, les dommages sont à la fois orthopédiques et nerveux. La rééducation, qui vise à rétablir les capacités fonctionnelles des membres du corps et l’autonomie des patients, est très longue, surtout si des opérations chirurgicales et des soins de physiothérapie sont prévus.

Même si le programme d’Amman accueille des victimes de guerre provenant d’Irak, du Yémen et de Gaza, les patients syriens présentent une particularité dans le sens où ils souffrent de blessures très récentes et sont très affectés mentalement. Ils ont besoin d’un grand soutien psychologique. Les patients irakiens sont sous traitement depuis plus longtemps. J’ai également dû soigner des Syriens qui avaient perdu tout contact avec leurs proches et qui n’avaient reçu aucune nouvelle pendant très longtemps, ce qui constitue une source de stress supplémentaire et les empêche de se concentrer sur leur traitement.

À cause de la nature particulière des programmes comme celui-ci, il est capital de partager nos expériences pour développer les connaissances en la matière. Par exemple, le service de physiothérapie d’Amman collabore et échange son savoir-faire avec l’équipe MSF de Gaza. Cette collaboration a été fructueuse puisque Gaza possède une plus longue expérience dans la fourniture de soins de physiothérapie aux victimes de guerre.

Atteindre les plus hauts niveaux d’autonomie

Je pense que MSF prodigue d’excellents soins aux victimes de guerre, puisqu’en plus du traitement fourni, des efforts sont déployés pour les aider à reprendre une vie normale et redevenir des membres actifs de leur communauté. Notre objectif est d’améliorer les conditions de vie des patients et de leur permettre d’atteindre le plus haut niveau d’autonomie.

Travailler en Syrie

Après un an aux côtés de MSF, je me suis rendu en Syrie en 2013 pour une mission médicale qui m’a fait avancer sur le plan professionnel, mais qui a été très difficile sur le plan humain. Nous devions prendre en charge des patients qui avaient désespérément besoin d’aide. Un simple pansement était un vrai luxe. Les besoins élémentaires n’étaient pas pourvus.

Notre mission consistait à soutenir les activités de MSF en ouvrant des services de physiothérapie dans les hôpitaux aidés par MSF dans le nord de la Syrie, principalement à Idlib et à Alep.

Nous avons également formé du personnel MSF en leur apprenant les bases de la physiothérapie. Les services médicaux étaient extrêmement limités, en particulier les soins de physiothérapie. MSF était la seule organisation à fournir ce type de traitement malgré le peu de ressources disponibles.

La plupart des patients souffraient de brûlures causées par des bombardements, des bombes-barils et des accidents domestiques liés à la pénurie de carburant (et donc à la recherche de solutions alternatives). Les patients admis étaient de tous âges.

Dans ce type de cas, la physiothérapie est cruciale pendant les premiers temps, quand les brûlures commencent à guérir, afin d’éviter tout handicap moteur. Dans certaines situations, le physiothérapeute doit être présent au bloc opératoire aux côtés des chirurgiens, notamment en cas de brûlures, pour vérifier le degré de mobilité des articulations et éviter les douleurs post-anesthésie. Cela simplifie la mission du physiothérapeute et soulage la douleur des patients, en particulier chez les enfants brûlés.