Fieldset
La longue route des vacances

Debre Zeyit, prépare-toi j’arrive !

On est mercredi et je pars en vacances. Youpi ! J’étais encore en train de faire mes bagages à 23h30 la veille du départ dans l’obscurité et l’humidité de ma hutte car j’avais encore tellement de choses à organiser avant de partir. La clinique n’était pas aussi chargée que je l’avais prévu alors j’ai appelé la base pour leur dire de venir quand ils seraient prêts car je pouvais partir plus tôt. Alors que j’étais assise dans la voiture à parler au téléphone, quelqu’un a volé mes chaussures qui étaient posées par terre. Nom d’un chien, je les avais enlevées parce que le chauffeur venait juste de nettoyer la voiture et qu’elles étaient pleines de boue. Bientôt ils me voleront mes plombages si j’ai le malheur de dormir la bouche ouverte.

Le chef Kebele était furieux et a confisqué le ballon et les cordes à sauter des gamins ; il leur a ordonné de retrouver mes chaussures. Les pauvres, ils n’y étaient sans doute pour rien, c’était sûrement un étranger qui les avait dérobées. Quoi qu’il en soit, j’ai acheté des nouvelles tongs et nous sommes enfin partis pour Gambella et mes vacances tant attendues.

Non loin de Ninenyang, nous nous sommes arrêtés au check point pour que les soldats puissent vérifier qui nous avions dans le véhicule ainsi que l’objectif de notre voyage. Une vieille femme a accouru vers moi et j’ai reconnu la grand-mère du bébé dont la mère était décédée. La petite fille, tellement malnutrie qu’elle en était transparente et qui ne pesait que 1,8 kg à l’âge de trois mois, était maintenant absolument ravissante ! La grand-mère a fièrement posé le bébé sur la route et l’a désemmaillotée pour que je puisse la voir. C’était un bébé tout neuf ! Tout chaud, tout souriant. C’était tellement formidable, ça m’a emplie de bonheur pour la journée. Dans un lieu où la mort surgit si librement, cette petite était un véritable miracle. J’ai félicité sa grand-mère et les ai laissées sur le bord de la route, tandis que nous avions toutes les deux le sourire jusqu’aux oreilles.

Peu de temps après, nous sommes tombés sur un troupeau d’antilopes aux oreilles blanches. Nous avons roulé tout doucement derrière elles car elles couraient tranquillement au milieu de la route et dans les broussailles sur le bas-côté. Un deuxième troupeau a rejoint le premier, et puis un autre et encore un autre, et finalement nous roulions derrière des milliers d’entre elles. Au bout d’une heure de ce spectacle fantastique, j’ai exprimé mon inquiétude : arriverions-nous réellement à rejoindre Gambella ? L’un des hommes à l’arrière a dit : « elles ne savent pas ce qu’est une voiture. Elles pensent que c’est une grosse vache. Peut-être que quelqu’un devrait sortir : elles ont peur des hommes, les hommes les chassent, alors après elles partiront dans les broussailles. » Comme nous avions une femme enceinte prête à accoucher qui avait perdu les eaux, ainsi que trois autres patients et leurs aidants entassés à l’arrière, nous avons arrêté le véhicule et j’ai marché sur la route pour faite peur au troupeau d’antilopes. Elles m’ont regardée mais se sont contentées de continuer leur course sur la route. Au bout de 500 mètres à crier et à faire des grands gestes, j’ai abandonné et je suis remontée dans la voiture en disant, « non ça ne marche pas, ils pensent juste que je suis une petite vache blanche ». Le même gars a remarqué, « mais oui vous êtes blanche, c’est pour ça, elles ne savent pas qui vous êtes alors elles n’ont pas peur de vous. » Quoi qu’il en soit, nous avons suivi le troupeau jusqu’à ce qu’il quitte enfin la route et nous laisse rejoindre Gambella.

Troupeaux d

Troupeaux d'antilopes sur la route des vacances de Kate

Nous sommes arrivés à 19h30 et nous sommes rapidement allés à l’hôtel Baro pour savourer une bière locale St. George. Le serveur nous a présenté des menus flambant neufs avec des photos des plats.

- « Incroyable, vous avez des club sandwichs ?
- Oui madame.
- Génial. Et ils ressemblent à ça ?
- Non, pas du tout comme la photo. »
Ben tiens.
- « Qu’est-ce que vous avez ce soir ? lui ai-je demandé en salivant d’avance.
- Nous avons tout.
- Pardon ? Tout ? Tout ce qu’il y a sur le menu ?
- Oui, tout. »

Génial, je meurs de faim (je n’avais pas mangé depuis la veille car j’avais entrepris ce long voyage juste après la clinique, et à Gambella, il n’y avait bien entendu rien dans le frigo, comme d’habitude.)

- « Bon dans ce cas je vais prendre le hamburger.
- Non, pas de hamburger.
- Mais vous m’avez dit que vous aviez tout !
- Pas de burger.
- Vous avez du poulet ?
- Non. »
J’ai commencé à rire.
- « Vous avez du steak ?
- Oui.
- Et des frites ?
- Non pas de frites.
- Bon, c’est pas grave, je vais prendre le steak. »

À dire vrai, je n’en pouvais plus des pâtes à la sauce tomate. Au bout d’une heure et demie à entendre mon estomac gargouiller, pas même rafraîchie par la bière, mon plat est enfin arrivé. Croyez-moi si vous voulez, mais il y avait une tranche de steak, du chou, de la tomate et du pain ! Finalement j’ai réussi à me composer un mini burger. Pas si mal lotie, la Kate.

Le lendemain matin, j’ai subi une fouille de sécurité plus que poussée à l’aéroport, le vol s’est déroulé tout en douceur, sans angoisse aucune et je suis arrivée à Addis en temps et en heure. La voiture m’attendait et nous sommes allés directement au bureau pour transférer les données médicales et les informations avant d’entamer notre programme douche-pizza-jeux olympiques.

Je venais à peine de briefer notre coordonnateur médical, qui n’avait pas validé la clinique de Pul-deng et n’avait aucune idée que j’y travaillais, quand le coordonnateur logistique est arrivé et m’a dit à voix basse :

- « Le président vient de mourir alors nous allons vous emmener dans la résidence où vous serez confinée avec un kit d’urgence.
- Ah, ah, très drôle comme blague, j’ai dit.
- Non ce n’est pas une blague du tout et il pourrait y avoir de réels problèmes. Nous organisons en ce moment même les kits d’urgence.
- Vous plaisantez, j’ai réservé mon hébergement, ai-je répondu avec un sourire bête, pensant qu’ils savaient tout le mal que j’avais eu à prendre mes vacances.
- Je suis désolé, nous faisons les kits, vous partez très bientôt. »

Quelle poisse ! On m’a emmenée dans le bâtiment pour y attendre des nouvelles. J’étais seule dans la maison alors j’ai savouré ma première douche chaude depuis trois mois, je me suis fait une bouillotte car il faisait très froid et je suis allée me coucher SANS moustiquaire, dans un vrai lit à l’horizontale, dans une vraie chambre avec des fenêtres et une porte qui fermaient ! Je me suis endormie comme un bébé mais je me suis réveillée à 3h du matin, complètement gelée. Je suis allée dans la chambre d’à côté pour y piquer deux couvertures et je me suis rendormie jusqu’à 8h.

Plus tard dans la journée, j’ai enfin eu l’autorisation de sortir et j’ai réservé un chauffeur pour le lendemain matin, car on m’avait interdit d’emprunter le mini bus pourtant bien moins cher. J’ai dîné agréablement au club italien avec deux collègues italiens puis j’ai dormi jusqu’à 7 heures du matin en rêvant de mes vacances tant attendues !

Debre Zeyit, prépare-toi j’arrive !