Fieldset
Us et coutumes…et sorcellerie!

La situation des femmes d’ici : elles sont toujours dépendantes soit de leur mari, de leur beau-frère, de leur père ou du féticheur!  

« C’est l’histoire d’une fille… »
… Marie*, mariée et mère de trois enfants, établis à Boulego*, village situé à environ une cinquantaine de km. de Shamwana, soit à 2 hr. 30 de route. Un jour, son mari tombe gravement malade. Tout de go, elle se rend chez le « féticheur » pour trouver un remède au mal affligeant son époux. Le guérisseur entreprend donc son traitement, qui nécessite bien sûr, plusieurs consultations.  Par quelque mystérieux secret de sa médecine  magique, la guérison du mari en vient à reposer sur le fait qu’elle accepte de coucher avec lui!  Prescription à laquelle elle finira par se soumettre, pour sauver son mari…  En vain, car l’époux finira par succomber, anyway.
Marie, veuve, retourne avec ses enfants chez son père Oscar et  redevient à sa charge; ce qui n’est pas une mince affaire, ce dernier ayant déjà femme et autres enfants à s’occuper.
Marie se tourne donc vers Marcellin, le frère aîné de son défunt mari,  dont elle est supposée dépendre maintenant; mais ce dernier ne veut rien savoir de la prendre en charge, elle et ses enfants. Marie exige donc le « divorce », i.e. la bénédiction du beau-frère pour qu’elle redevienne libre et puisse de nouveau se remarier : c’est la coutume! Mais évidemment, la coutume exige aussi qu’on paye pour obtenir ce « divorce »… ce qui n’est pas non plus, une cynécure!
C’est que Marcellin est un malin… Ayant appris que Marie s’était fait « baiser » (dans tous les sens du terme), il tente d’escroquer le guérisseur en lui soutirant de l’argent; en accordant trop rapidement le divorce à sa belle-sœur, il perdrait son « bargaining power » vis-à-vis le féticheur en question. Mais entretemps, Marie et ses 3 enfants sont toujours à la charge d’Oscar, ce qui n’est pas de la tarte!
Oscar décide donc d’aller chercher conseil auprès des sages du village. Après palabres et discussion sous le manguier, on conviendra d’expédier Marie et ses enfants chez Marcellin, pour  qu’il prenne ses responsabilités vis-à-vis eux et le forcer à accorder le divorce . Ce qui fût fait. Et qui donna les résultats escomptés! Après quelques semaines, devant la charge financière nouvelle qui lui incombait, le Marcellin a lâché prise : après avoir été payé par papa Oscar, il a renvoyé Marie,  dûment divorcée!
Mais cette dernière n’est pas au bout de ses peines…Une autre coutume veut que la veuve d’un mari décédé paie une compensation à la belle-famille : 15,000 CF en l’occurrence, toute une somme ( $ 30 US). Ce que papa Oscar finira par payer, afin de libérer totalement sa fille, et lui permettre un jour de se remarier.
* Les noms sont fictifs pour protéger la confidentialité
******
La situation des femmes d’ici : elles sont toujours dépendantes soit de leur mari, de leur beau-frère, de leur père ou du féticheur!   Leur seul horizon possible, est de trouver un mari qui les soutienne. Les exigences « naturelles » de la coutume ne semblent être là que pour maintenir cet état des choses. Quelque chose comme une société patriarcale, me direz-vous?  Et comment!
Ainsi veut la coutume…