Fieldset
Courrier du lecteur… ( 1ière partie)

« Comment se manifeste la fierté,  la coquetterie chez ces gens? »

Je reçois depuis quelques temps des questions de votre part, toutes plus intéressantes et pertinentes, les unes que les autres. J’ai alors décidé de débuter une nouvelle chronique pour y répondre. Malheureusement, mes occupations trop nombreuses et mon peu de temps a fait en sorte que j’ai demandé à une collaboratrice de m’épauler. De la sous-traitance de bon aloi, en quelque sorte…

Je vous la présente. Il s’agit de Sœur Ella Tulafère, une religieuse belge qui était, jusqu’à tout récemment, directrice générale de l’hôpital de Dubié. Maintenant à la retraite, elle vient se la couler douce à Shamwana. Femme d’une grande expérience, elle est arrivée en RDC en 1963, dans ces toutes premières années ( troubles) de l’accession du Congo à l’indépendance. Elle parle couramment le kiluba, le swahili et le lingala, et connaît toutes les subtilités de la culture d’ici. Je lui laisse donc la parole, et le soin de se présenter plus longuement.

«  Mèrcii, Denis, de me pèrrmettre de faire part à tes amis lecteurs de mon expérience de vie au Congo. Je tenterai humblement, mais avec toute la rigueur qui s’impose, de répondre à toutes vos questions, de la plus sotte à la plus pertinente! Que Dieu me vienne en aide!  Mais trêve de bavardage, passons à la première question.

 L…, une lectrice de Rosemont, à Montréal, nous demande :

« Comment se manifeste la fierté,  la coquetterie chez ces gens? »

Sr. Ella : ( disons que celle-là, elle est plutôt dans la catégorie des questions sottes, mais enfin…) Chère L…, ta question reflète bien les préoccupations superficielles et « flashy »  affligeant nos sociétés occidentales! Rien pour me faire regretter le choix de quitter ma Belgique natale! Mais pour répondre plus directement à ta question, je dois bien avouer que la coquetterie fait également ici beaucoup de ravage…

Cela est particulièrement évident le dimanche, où comme par chez-nous, les gens s’ « endimanchent » de leurs plus beaux vêtements pour aller rendre grâce au Seigneur. Je me permettrai une anecdote pour illustrer mon propos. En visite dans un lointain village, il y a de ça  quelques années, je tombe sur une femme plus très jeune, dépenaillée, aux vêtements sales et affalée face à sa hutte plutôt misérable.  Après consultation, je lui ordonne de m’accompagner  au Centre de Santé le plus proche pour consulter l’infirmier de service.  «  Pas tout de suite, pas tout de suite! » me répond-elle. Et de se réfugier dans sa hutte, pour revenir quelques minutes plus tard lavée, et vêtue de son plus beau pagne coloré! Et oui, il n’était pas question de sortir voir le « docteur » sans être vêtue de ses plus beaux atours. Ainsi donc, même chez les plus pauvres, réside encore un fond de fierté et de coquetterie ( un brin de dignité, peut-être… il faudrait que j’y réfléchisse). Cette coquetterie se manifeste aussi par les coiffures élaborées et les perruques originales dont s’affublent les femmes d’ici. Denis me disait justement qu’il était à préparer un reportage-photo uniquement autour de cette question ( une façon pour lui de se rapprocher de ces femmes magnifiques, le coquin!). Passons à une seconde question.