Fieldset
Pluie et Choléra

La pluie malheureusement le pays n’en connait pas assez. Le nord a bien connu quelques inondations mais par ici l’eau est plutôt rare. Il peut se passer plus de 10 jours sans une goutte alors que nous sommes censés être en pleine saison des pluies.

La pluie malheureusement le pays n’en connait pas assez. Le nord a bien connu quelques inondations mais par ici l’eau est plutôt rare. Il peut se passer plus de 10 jours sans une goutte alors que nous sommes censés être en pleine saison des pluies.

Cela veut dire que le maïs n’a pas eu assez d’eau pour pousser convenablement or c’est ici la culture vivrière essentielle. Chacun a son petit lopin de terre pour sa consommation personnelle car à partir du maïs est extrait la farine pour préparer la nsima, le plat quotidien malawite (sorte de purée mais un peu plus solide).

L’inquiétude est sur toutes les lèvres quant au risque de pénurie et potentiellement de famine.

champ de maïsPhoto: Barbara Fievez/MSF

 

Conditions de vie précaires et manque d’eau sont propices aux épidémies de choléra. Le Malawi n’en est pas exempt.

Quelques cas ont été déclarés aux alentours de noël dans les districts voisins de Zomba, Machinga et Phalombe, autour du lac Chilwa, à la frontière avec le Mozambique. Après une mission exploratoire pour vérifier le besoin, MSF a décidé d’intervenir.

Et c’est en quelques semaines le déploiement de moyens humains, logistiques et financiers rapides et efficaces. Certainement sans aucune mesure par rapport à une intervention post catastrophe naturelle mais tout de même impressionnant. Aucun doute que MSF soit une ONG d’urgence et assurément son mode de financement lui apporte une liberté et rapidité d’action sans pareil.

J’avoue que nous sommes quelques 1ere mission à nous interroger sur la pertinence d’un tel déploiement de moyens. Pourquoi ici et pas ailleurs ? D’autres pays n’ont-ils pas besoin de ces moyens ? Mais d’un autre côté le nombre de cas n’est-il pas limité du fait de notre intervention ?

Nous apprenons que face au choléra il vaut mieux être prêt à intervenir rapidement car une explosion subite de cas peut s’avérer particulièrement mortelle. MSF fait partie d’un groupe de travail international sur le choléra et est une des ONG les plus rapides à intervenir en cas d’épidémie.

Afin de capitaliser sur toutes ses années d’expérience, MSF a rédigé des "guidelines" définissant le mode opératoire en cas d’épidémies de choléra, ce qui facilite la rapidité d’intervention.

Le cholera est du à l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés et résulte en une déshydratation sévère,  entraînant rapidement la mort si le malade n’est pas pris en charge très rapidement.

La 1ere étape pour MSF est de mettre en place des unités de traitement permettant d’isoler et de traiter les patients. Des tentes sont installées près des centres de santé au sein d’un périmètre bien défini qui sera chloriné régulièrement pour éviter toute propagation des bactéries. Les tentes sont équipées de lits spéciaux choléra (structure simple en bois recouvert d’une bâche plastique avec un trou pour les défections) et chacun accompagné d’un seau. Installation également de latrines.

Unité de traitementPhoto: Barbara Fievez/MSF

 

Pendant quelques semaines nous avons été en support avant qu’une équipe soit constituée et envoyée sur place.  Pendant plusieurs jours nous avons donc chargé des camions de tentes, lits, seaux, latrines, incinérateurs, chlore…

Camion de l'équipe supportPhoto: Barbara Fievez/MSF
Photo: Barbara Fievez/MSF

 

Du personnel est détaché sur place en attendant la constitution d’une équipe dédiée. En quelques semaines celle-ci est opérationnelle avec du staff venu de Japon, des USA, de France…

11 unités de traitement ont été montées en moins de 3 semaines. 900 patients ont été traités ces 3 derniers mois mais malheureusement 25 décès ont été reportés.

Depuis mi-février le nombre de nouveaux cas a diminué (environ 70 par semaine versus 250 au plus fort de l’épidémie) et MSF a décidé de lancer une vaste campagne de vaccination afin de se prémunir de tout risque de recrudescence  (90 000 personnes vaccinées !).