Fieldset
Aller de l'autre côté de la ligne de front

Pour cela, nous devions traverser la ligne de front, qui se déplace souvent.

Arrivée à Qataba

Je suis arrivée à Qataba le jour où les avions ont frappé les positions armées houthies. Chaque fois qu'une bombe frappait une cible près de l'hôpital où nous vivions et travaillions, je sentais la terre trembler et la pression de l'air changer dans mon corps. Pendant les attaques, les femmes et les enfants se blottissaient les uns contre les autres dans le couloir de l'hôpital. Certains pleuraient. D'autres patients quittaient l'hôpital quand les bombardements commençaient, pour prendre des nouvelles de leur famille ou parce qu'ils avaient peur que l'hôpital soit la prochaine cible.

Les jours qui ont suivi ont été frénétiques tandis que les combats s'intensifiaient entre les belligérants et que la ligne de combats se déplaçait. Nous dormions peu et nous recevions des blessés graves nuit et jour. En plus de s'occuper des patients, l'équipe travaillait dur pour renforcer le bâtiment avec des sacs de sable et se procurer davantage de fournitures médicales.

Les combats, les pilonnages et les bombardements perturbent la vie quotidienne, mais la pénurie de carburant, de biens de première nécessité et de services essentiels, comme l'eau, l'assainissement et les soins, est peut-être l’élément le plus dévastateur. Presque tous les hôpitaux et les pharmacies des régions dans lesquelles nous travaillons ont fermé.

En plus de fournir des soins d'urgence, nous voulions que les femmes et les enfants aient un lieu sûr dans lequel se faire soigner. Peu de temps après, l'hôpital de Qataba était rempli de cris d'enfants, de bébés en pleurs et de mères angoissées. Pour certaines femmes, le cabinet du médecin était le seul endroit où elles pouvaient exprimer leurs peurs, et nous étions là pour elles. Certaines étaient tellement traumatisées qu'elles avaient développé des symptômes physiques. Elles se plaignaient de douleurs corporelles, de maux de tête, de nausées et d'évanouissements. Elles avaient tellement peur qu'elles n'arrivaient plus à dormir. Souvent, j'avais moi aussi envie de pleurer quand je les regardais me raconter leur histoire.

Parfois, je n'arrivais pas non plus à dormir à cause du bruit des roquettes des katiouchas tirées toute la nuit par les deux parties belligérantes. Le bruit assourdissant des roquettes visait apparemment à susciter la peur. 

De l'autre côté du front

Alors qu'une nouvelle équipe de volontaires internationaux s'était installée dans l'hôpital de Qataba, nous avons décidé de nous rendre à l'hôpital de la ville d'Ad Dhale soutenu par MSF. Pour cela, nous devions traverser la ligne de front, qui se déplace souvent.

Alors que nous traversions la zone tampon en voiture, j'étais vigilante, mais nerveuse. J'attendais le bruit des balles.

Il n'y avait personne sur la route à part nous. Parfois, nous devions zigzaguer à travers des barrages routiers improvisés faits de pierres. Alors que nous approchions de la ville d'Ad Dhale, j'ai vu quelques Yéménites travailler dans les champs, malgré le risque d’échange de tirs.