Fieldset
Neutralité. Impartialité. Indépendance.

Les hostilités ont repris.

Les hostilités ont repris.

Nous sommes sur le qui-vive à Boguila car un groupe de rebelles – nous les appelons le ‘Groupe d’Auto-Défense’ (AD) – vient d’attaquer les hommes de la Séleka qui viennent de Boguila. Nous avons reçu quelques patients blessés par balles, certains graves, d’autres non.

Il est intéressant de voir la réaction du personnel de l’hôpital – il est facile de dire que MSF est neutre et indépendant mais dans la pratique, lorsque les émotions s’en mêlent, c’est une autre histoire.  Voici ce qui nous est arrivé…

Ce lundi, nous avions prévu de transférer un de nos patients vers l’hôpital de MSF-France situé à Paoua (environ 60-70km de Boguila). Tout allait bien et nous allions partir lorsque nous avons reçu la nouvelle qu’une confrontation entre les AD et les Séleka avait éclatée et prenait place sur la route que nous allions prendre.  Sans équivoque, notre transfert a bien sûr été annulé pour raisons de sécurité.

Quelques heures après cette nouvelle, un camion des Séleka arrive en trombe devant l’hôpital et les soldats qui débarquent nous amènent deux blessés par balles – un plus gravement que l’autre. L’équipe de l’IPD est prête : la salle de pansements a été remplie en prévision et le personnel en a vu d’autre.

Le premier blessé n’a que quelques blessures superficielles et ne requerra que des pansements et un bon suivi.

Le deuxième, par contre, a reçu des balles à l’abdomen, sur les jambes et les bras. Il perd beaucoup de sang et montre des signes de choc. Nous commençons deux intraveineuses et couvrons ses blessures rapidement. L’équipe du bloc court s’habiller en vêtements opératoires et préparer la salle de chirurgie. Entre temps, nous devons contrôler tous les soldats qui arrivent car ils veulent des nouvelles de leurs camarades. Ils ne parlent que l’arabe alors nous demandons à l’un de nos superviseurs infirmiers de servir de traducteur. Il leur explique calmement que nous faisons tout ce que nous pouvons et qu’ils doivent respecter les consignes que nous leur donnons – un des soldats a fait son entrée en trombe dans la salle de chirurgie pendant que nous préparions le malades pour l’opération!!! Afin d’aider avec ce problème, nous postons une des infirmière expat à l’entrée du bloc – ils semblent mieux respecter nos consignes si ‘un blanc’ est là plutôt qu’une personne de couleur. Heureusement, ils comprennent assez vite que ‘ne circule pas dans un hôpital qui le veut’!

La chirurgie débute et nous voyons que le blessé a reçu des balles – plutôt des plombs – au niveau de l’abdomen, de la jambe droite et du bras droit. Nous réussissons à retirer des fragments peu profonds dans la jambe et le bras. Il y en a encore quelques-uns qui sont plus profonds mais ils migreront avec le temps et pourront être enlevés dans le futur. On s’attaque maintenant à l’abdomen – qu’est-ce que nous allons trouver? Habituellement, ce type de blessure peut causer beaucoup de dommage car l’abdomen contient plusieurs organes – le foie, la rate, les intestins, les reins, etc. Une blessure à ce niveau peut entrainer des hémorragies graves et/ou une infection septique si les intestins sont touchés. Miracle! Aucun organe n’a été touché! Les balles n’ont que pénétré les muscles abdominaux avant de s’arrêter. Cet homme est chanceux! Nous retirons quand même deux ou trois plombs de calibre 9mm…

La chirurgie se termine et nous ramenons le patient au pavillon Soins Intensifs/Urgence où il sera bien surveillé.

Ce n’est qu’après la chirurgie que nous découvrons que notre patient est en fait le commandant du groupe de Séleka affecté à Boguila. Il y a déjà plusieurs visiteurs – militaires, famille, etc. – qui veulent avoir de ses nouvelles et savoir comment il se porte. Nous devrons bien contrôler qui entre dans l’hôpital et qui reste dehors…Qu’allons-nous faire si des blessés civils arrivent? Combien de personnes blessées pouvons-nous anticiper?

Nous discutons avec nos secouristes et nos infirmiers : il est important de demeurer neutre et de faire attention à nos propos lorsque nous travaillons à l’hôpital. Ils doivent se souvenir et respecter les principes de MSF. Il n’y a pas que les malades ici, leurs familles sont également présentes et comme nous le disons souvent – ‘les murs ont des oreilles’! Notre personnel répond à ces demandes de façon exemplaire…Si de nouveaux patients civils arrivent à Boguila, ils sont placés du côté opposé de l’hôpital afin de minimiser les altercations entre militaires et civils. Et tous comprennent très bien les conséquences que pourraient avoir un commentaire déplacé à l’endroit de l’un ou l’autre des groupes. Tous peuvent fièrement porter leur carte d’identité MSF!

Par la suite, comme prévu, nous avons eu a gérer plusieurs blessés par balles civils, allant de l’homme âgé à la jeune fille de quinze ans : tous se trouvaient aux champs et ont subit les contrecoups des rebelles qui faisaient tentative de représailles envers la population. Tous ces gens travaillant aux champs afin de gagner un peu d’argent sont les victimes inconnues de ce coup d’état et de ses répercussions.

À quand l’intervention des organismes internationaux afin de prévenir les conséquences d’une rébellion sur les petites gens ordinaires qui ne demande qu’à survivre : survivre à la guerre, au paludisme, à la dure vie d’ici?

Janique