Groupe de champs
Yémen : plus d'un combat à l'heure du Corona

Pour une première mission, je n’aurais pas imaginé me retrouver à tenter de regarder dans les yeux la plus grande pandémie de ces dernières années, dans le pays considéré comme étant la plus forte crise humanitaire mondiale.

Depuis le premier jour et à mesure que ma mission avance, l’ombre menaçante du Covid-19 ne cesse de se rapprocher. La teinte des nuages semble de plus en plus sombre et nous pouvons entendre les coup de tonnerre retentissant ailleurs dans le monde, par l’intermédiaire de l’écran de télévision que l’on allume parfois. L’orage promet d’être particulièrement violent. A la vue de ce qui se passe dans les pays aux grands moyens, nous ne pouvons que craindre le pire ici. Là où le système de santé est ravagé par cinq ans de guerre, où une grande majorité de la population se bat quotidiennement pour répondre aux cris de son estomac, résister aux nombreuses épidémies (choléra, dengue, etc.) ou fuir les violences des combats qui continuent de faire rage. Je comprends vite que la préparation des abris pour faire face à l’arrivée du Covid au Yémen ressemble dès lors à une course contre la montre…

J’atterri dans le pays début mars. Au même titre que l’ensemble de la planète, le virus Covid est devenu l’aliment principal qui occupe les assiettes de l’actualité et des discussions depuis quelques temps. Alors forcément, lorsque l’on prends ma température à l’aéroport, je me doute que je ne devrais pas quitter la table le ventre à moitié vide. A ce moment là, nous ne sommes qu’au début des mesures drastiques prises dans de nombreux pays et encore loin du premier cas officiel au Yémen. Pourtant, je suis le premier expat de MSF à respecter quatorze jour de quarantaine à Sana’a et, sans le savoir encore, le dernier à mettre les pieds dans le pays avant presque trois mois. 

Ma première mission dans la capitale est de travailler avec Béa, ma responsable de projet, sur une première élaboration du budget Covid pour Hajjah. Le plan, sur le papier, est relativement simple. Il s’agit à la fois de protéger l'hôpital du virus, en installant à l’entrée des tentes destinées à détecter les potentiels cas parmi les patients et le staff (prise de température, questionnaire). Et parallèlement, de mettre en place à l’extérieur un centre d’isolation pour traiter les patients atteints. Nous travaillons donc à anticiper les besoins humains et financiers en accord avec ce plan: nombre de staff, équipements de protection individuel requis, constructions, logistique, communication, formation.

Je découvre plus tard que sa mise en application est semée d'embûches. L'hôpital n’étant pas géré par MSF ici, une des difficulté majeure est de cadrer strictement ce que nous pouvons apporter comme support pour contrer au maximum le tsunami épidémique qui s’annonce. Malheureusement, nous ne pouvons pas tout faire. Dans notre relation avec les autorités, il nous faut souvent user de négociations pour répondre à leur fréquentes requêtes de modification du plan. Par exemple, alors que nous avons défini le nombre nécessaire d’employés du ministère de la santé que nous indemnisons, je reçois régulièrement des lettres officielles pour en ajouter d’autres à la liste. Je dois donc souvent dire non, tout en veillant à maintenir la relation de partenariat qui nous unie.

Les choses s'accélèrent lorsque le premier cas de Covid est officiellement déclaré au Yémen courant Avril. Inconsciemment, je vivais avec le maigre espoir que le virus n’arriverait pas dans le pays, que la population serait épargnée par la plus grande crise sanitaire de ces dernières années, me réfugiant derrière le fait que les mouvements entrants et sortants du pays se font en nombre très limités. Mon optimisme a des limites. Monsieur Corona à certes eu du retard, peut-être lié à l'obtention d’un visa, mais il est au rendez-vous. 

Dès lors, pas un Punto Info (notre réunion d'information hebdomadaire destinée à l’ensemble de notre staff) ne passe sans que nous adressions l’importance du respect des gestes barrières ainsi que du rôle majeur que notre équipe à a jouer dans sa communauté. Chacun doit agir en tant qu’exemple et porte-parole dans la transmission de données pertinentes, dans une région du pays où les rumeurs remporte souvent le combat face aux informations vérifiées. 

Très vite, nous placardons les murs de l’hôpital de posters de sensibilisation, mais leur mise en pratique demeure souvent difficile. Nous mettons en place des points d’eau chlorée à chaque entrée de l’hôpital, des départements et des bureaux. Mais le respect du nettoyage systématique des mains s’avère quasiment aussi difficile que de tenter de maintenir une distanciation physique dans les marchés de khat de la ville, là où les mains des hommes s’enlacent aussi souvent que les sacs de feuilles ne s’échangent. Nous répétons, encore et toujours, avec parfois la sensation d’être aussi entendu qu’un défenseur de la planète argumentant face à un directeur d’usine de production de sacs plastiques. 

J’essaie de comprendre, de faire preuve d’empathie envers une population touchée par de si nombreuses épreuves. Au fond, au nom de quoi devrais-je changer mes habitudes en raison d’une nouvelle “épidémie” quand, parfois, ma préoccupation quotidienne n’est autre que de tout faire pour voir de quoi demain sera fait? 

Parallèlement, nous faisons face à des stocks très restreints de masques, de gants, de tabliers, de lunettes et à un moment nous réalisons que sans nouvel arrivage, nous ne pourrons maintenir les activités au delà de deux semaines...Nous devons donc distribuer du mieux que possible les EPI au compte goutte, provoquant la colère de nombres d'employés de l’hôpital. Si au moins leur utilisation correcte était au rendez vous…nous tentons d’éduquer quotidiennement pour gagner en efficacité. 

Symbole des défis que les autorités rencontrent dans la planification, nous sommes prévenus un après-midi de début mai que les tentes tout juste mises en place devant l'hôpital devront être fonctionnelles le matin suivant, dans une pression qui laisse à penser que cette demande ressemble d’avantage à un ordre. Évidemment, la logistique était en préparation depuis quelques jours déjà. Deux tentes ont été érigées. Une pour le staff de l’hôpital, l’autre pour l’ensemble des patients. A chacun d’eux, un coupon de couleur différente est attribuée en fonction de l’urgence ou non de leur visite à l’hôpital et de potentiels symptômes de Covid. Si tel est le cas, ces patients sont envoyés vers une zone spéciale, le triage, mise en place afin de pousser l’investigation médicale. Des filets de sécurité et des marquages au sol ont été installés pour faire respecter la distanciation sociale dans les lignes d’attente, elles-mêmes recouvertes de long plastiques pour en assurer l'ombrage. Des gardiens, des infirmiers, des docteurs et des agents de nettoyages ont tous été recrutés pour garantir le bon fonctionnement de ce nouveau système pour tous. 

Très bien. Mais si on doit ouvrir le lendemain matin, encore faut-il que chacun comprenne le système et l’importance de son rôle à l’intérieur de celui-ci! En urgence, nous décidons donc de mettre en place une formation. 

Et c’est dans la difficulté que l’on découvre la force d’une équipe et l'engagement individuel. Dans une organisation déconcertante, trois heures plus tard à 19h, les nouveaux recrutés recevaient les informations clés de la part de nos équipes MSF logistiques et médicales, pendant 2 heures. Je ne peux qu’être impressionné par l’incroyable énergie déployée pour répondre aux challenges.

Les tentes ouvriront comme prévu le lendemain, non sans chao et multiples confusions dans les premiers jours, provoqués par un mélange de peur de l’inconnu et d’incompréhensions chez tous les acteurs (staff, autorités, patients). Cela est renforcé par la difficulté d’obtenir des messages cohérents sur la gestion de l’épidémie, ce qui n’aide pas toujours à agir à la perfection. Mais, celle-ci étant l'ennemi du bien, nous serions certainement encore en train de l’attendre aujourd’hui...

La transmission d’informations est essentielle pour favoriser la réduction de ces peurs. Si le savoir est une arme, alors nous avons bien l’intention d’avoir un rôle à jouer dans cette guerre. Nous décidons d’organiser une formation à grande échelle à destination d’acteurs de la santé des différents districts du gouvernorat de Hajjah. Après avoir convaincu les autorités de sa pertinence, puis négocié fortement à la baisse le montant des indemnités remises à chacun des participants pour couvrir les frais de déplacement et d’hébergement, Dr Abdulfatah nous rejoint pour 10 jours en provenance des équipes de coordination médicales de Sana’a. Chef d’orchestre au sens de l’organisation aussi déroutant qu’efficace, il nous fait bénéficier de ses nombreuses années de loyaux services au sein de MSF, dans une atmosphère que son humour rend toujours plus légère. Dans un temps record, bien aidé par les heures de travail tardives, il monte un programme de trois fois deux jours de formation, pour près de 90 personnes sur de nombreux sujets : description du virus et ses conséquences, moyens de protection, gestion des cas, etc.

J’apporte ma pierre à l’édifice en coordonnant les aspects pratiques de l'événement. Chaque jour, je m’assure que les repas et rafraîchissement arrivent à l’heure. Je prépare des piles de billets de 1000 Yemeni Ryal (en moyenne, 1USD étant égal à 600YER), que je distribue à chacun des participants en clôture de session, en échange de leur signature. Bien aidé par Aida et les équipes logistiques pour maintenir le calme en raisonnant ceux pour qui le montant n’est jamais assez élevé. 

Nous sommes plutôt satisfaits du résultat, bien que seul l’avenir nous dira l'impact de cette action. Dans tous les cas, elle aura permis de renforcer nos liens avec le réseau d’acteurs de la santé local, si essentiel pour un impact plus grand sur la population.

Les jours passent et pas une de nos rares sorties en ville ne se fait sans être interpellés par des "Corona, Corona". Ces interpellations aux allures d’invectives sont les premiers signaux de “stigmas” liés au virus, sur lesquels je reviendrais un peu plus loin.

Les premiers cas suspects se multiplient à l’entrée de l’hôpital courant mai. Le centre d’isolation n’étant toujours pas ouvert, la plupart des patients sont envoyés chez eux en isolation. Les cas officiels se multiplient au Yémen, mais aucun n’est reporté dans la partie nord où nous nous trouvons. Les tests ne se font que très rarement et lorsqu’ils sont menés par les autorités sanitaires, les résultats ne nous sont pas divulgués, ou d'une manière non officielle. En réalité, nous vivons dans une inconnue où il est impossible de connaître avec précision l’avancée de l’épidémie, quand bien même une partie importante de la population n’a même pas accès à un centre de santé.

Entre expats, les discussions sont régulières et souvent assez animées, parfois tendues. Chacun a des stratégies différentes pour gérer la peur, les émotions, les bons comportements à adopter pour faire face à la situation. Très souvent, j’ai la sensation que nous marchons sur une fine ligne, tel des équilibristes en balance permanente entre notre propre protection sanitaire et le maintien de notre mission qui est précisément d’agir dans ce genre de situation, au service de la population. Il nous est impossible de simplement fermer les bureaux et envoyer nos employés à la maison. Il nous faut tenter de rassurer notre staff, alors que nous ne le sommes pas toujours nous même. Nous devons marteler l’importance du respect des gestes barrière, alors que nous n’avons pas assez de masques à accrocher à nos oreilles.  

Un jour, nous partageons tous nos ressentis à distance avec l’unité psychosociale dans une session d'extériorisation collective très bénéfique. Je réalise que je suis heureux de la manière dont j’aborde globalement la situation et le stress associé. C’est ce que je partage également lors des sessions individuelles. J’apprends à gérer l’équilibre entre ma personnalité qui m'amène à ne jamais trop m’inquiéter, et la prise de conscience de l’importance de la situation pour agir du mieux possible. Je le prends comme une expérience de vie propice à un apprentissage de plus sur moi même. 

Assez subitement, quatre membres de notre équipe sont envoyés chez eux suite à la décision globale de MSF de protéger les potentiels cas à risque en cas de contraction du virus. Sans débat une décision responsable, cela vient toutefois ajouter un sacré cailloux dans la chaussure de la conduite de nos activités. D’un point de vue RH, je suis grandement sollicité. A la fois pour définir ce que nous attendons de ces personnes qui travaillent désormais de chez eux pour une période indéterminée, mais aussi et surtout pour leur trouver des remplaçants temporaires. Alors que la tempête s’approche de plus en plus, il faut aller vite. Et c’est parfois difficile. Un de nos candidats sélectionné à l’issue du processus de recrutement refuse de nous rejoindre après avoir partagé la nouvelle avec sa famille, qui ne souhaite pas avoir un des leurs en lien direct avec le Covid. J’ai beau insisté que nous prenons les mesures pour une protection maximale de notre staff, rien n’y fera. Cela reste une décision personnelle. 

Par mesure de prévention, nous prenons également la décision de ne plus laisser entrer de personnes extérieures dans notre maison. Il faut s’adapter. Je travaille donc avec Aida pour mettre en place une logistique dans notre équipe afin que Soria, notre cuisinière, puisse travailler de chez-elle et nous livrer chaque jour les repas. Adnan, notre agent de ménage, se focusera désormais uniquement sur le nettoyage intensif du bureau selon les protocoles de désinfection, pendant que nous mettons en place un calendrier de rotation pour que chaque expat nettoie la maison le plus strictement possible.

Fin mai, les choses s'accélèrent encore. Les autorités, souhaitant s’assurer de l’absence de cas dans nos équipes, décident de procéder à des tests. Deux d’entre eux sont déclarés porteurs du virus. Quelques jours plus tard, notre responsable de projet, est à son tour invitée à se soumettre au test...qui s'avère positif, malgré le manque apparent de symptômes. Les conséquences sont grandes. Non seulement elle est envoyée à Sana’a en quarantaine pour assurer une surveillance maximale de sa santé, qui sera forte heureusement épargnée, mais également parce que son entourage doit aussi par précaution être isolé. Les expats sont concernés. Je me retrouve donc à rester au minimum quatorze jours à la maison, en compagnie de Bruno, notre responsable péruvien des activités de santé mentale. Je suis suivi plusieurs fois par jour à distance par notre coordinatrice médicale lorsque je développe certains symptômes (gorge irritée, rhume, fièvre). Covid ou pas, difficile de le savoir, dans la mesure où MSF n’est pas autorisé à conduire de tests. Mais je ne suis pas vraiment inquiet. Je sais que je serais traité en cas de complication. Les plus vulnérables sont comme d'habitude les plus démunis, et ils sont tout proches. Pourtant j’ai parfois l’impression qu’ils sont si loin de ma situation. Je suis privilégié et me demande si la roue tournera un jour pour tous ces gens.

J’organise au mieux la poursuite des activités administratives. L'adaptation, toujours. Parallèlement, une véritable hécatombe s’opère au sein de notre staff. Beaucoup d’entre eux sont à leur tour envoyés chez eux, soit parce qu’ils commencent à développer des symptômes, soit parce qu’ils ont été en contact avec des cas potentiels. Le résultat est très délicat: pendant plus de dix jours en juin, seulement cinq employés peuvent maintenir les activités au bureau.  Dr. Bakeel, venu de Sana'a en renfort pour coordonner les activités médicales, est d'une aide considérable. Son calme, en forme de parapluie, parvient par moment à nous faire oublier que l'orage est désormais bien au dessus de nos têtes. Nous continuons à marcher, mais le cailloux dans la chaussure à d’avantage la taille d’une petite roche…Heureusement et assez miraculeusement, aucun des membres de notre staff ne s’avérera être un cas sévère.

Lorsque progressivement chacun peut revenir travailler au bureau, nous sommes focalisés sur une chose: l’ouverture du centre d’isolation. Situé à vingt minutes en voiture de l'hôpital, entouré de montagnes, il est urgent de le voir enfin accueillir ses premiers patients. Depuis des semaines déjà, nos équipes médicales et logistiques sont mobilisées dans ce but. Le bâtiment, ancien institut de formation orphelin de ses activités depuis des années, a été réquisitionné par les autorités. Il est divisé en trois départements: le triage que MSF supporte, a pour objectif de donner les premiers soins aux patients référés. Selon leur état, ils peuvent ensuite être déplacés vers le département de soins intensifs, ou rester le temps nécessaire dans le département IPD. Chaque jour, parfois quelques nuits, nos logisticiens sont à pied d’oeuvre pour délivrer le nécessaire à son bon fonctionnement. Nous aménageons des partitions entre les 28 lits que nous mettons à disposition, nous fournissons des bouteilles d’oxygène, nous faisons construire un centre de traitement des déchets, nous installons des zones d’attente pour les accompagnants à l’extérieur du bâtiment. Je suis en soutien continu de toutes ces activités, notamment pour établir les nombreux contrats avec les sous-traitants, ou encore effectuer les multiples paiements du matériel nécessaires, tout en veillant à ce que le budget alloué soit respecté. Certains contrats sont parfois particuliers pour moi, comme celui de la construction d’une morgue... D’autres sont assez rocambolesques, comme lorsque je fais signer le contrat de nourriture pour les patients du centre d’isolation. Ce jour là, par plus de trente degrés, c’est sur un muret sous un arbre non loin de la petite cuisine du fournisseur, que les signatures sont apposées sur le papier que la moiteur des mains aura rendue humide.

Le 16 juin, c’est officiel, les autorités inaugurent l’ouverture du centre, au premier rang desquelles le ministre de la santé. Les réseaux sociaux locaux relaient l’information. Je suis fière, après tous les efforts fournis, de voir la qualité du résultat et ne manque pas l’occasion de le communiquer au staff. Le plus dure avoir été fait, semble-t-il. Enfin, les patients vont pouvoir être soigné dans un centre dédié... Malheureusement, la réalité sera autre. 

Près de deux mois après son ouverture, la fréquentation reste toujours très basse. Au pic de sa forme, le centre a accueilli une dizaine de patients, dont la mortalité est élevée. Ils arrivent souvent trop tardivement, lorsque les symptômes respiratoires sont les plus intenses, et il est souvent trop tard pour pouvoir les sauver.

La raison majeure de ces constats représente le nouveau combat que nous tentons de mener, celui de réduire les “stigmas” liés au virus. Incapable d’en trouver la traduction directe en français, je pourrais tenter de les définir comme une discrimination envers les potentiels porteurs du virus. Celle-ci est associée à un manque de connaissance générale renforcé par la peur et la diffusion de rumeurs tenaces. Parmi celles-ci, nous entendons à plusieurs reprises que les patients envoyés à l'hôpital se verront recevoir des injections létales. Et parfois, nous semblons pris dans un cercle vicieux, comme lorsque les accompagnants se voient refuser l’entrée dans le centre pour voir leur proche en raison de mesures protectionnelles contre les infections, renforçant cette sensation de peur.

Nous travaillons au mieux avec les autorités pour réduire ces “stigmas” à travers de la communication, des promoteurs de santé à l’entrée de l'hôpital et du centre d’isolation. Mais nous sommes limités. Il y a des choses dont nous aimerions pouvoir mettre en place mais dont nos moyens ou autorisations ne permettent pas. Par exemple, se déplacer dans les communautés pour aller sensibiliser les gens sur l’importance des mesures de protection et de signaler en cas de symptômes, pour être traités le plus rapidement possible. Ou encore mettre en place un système pour pouvoir référer des patients plus éloignés des centres de santé.

Pour une première mission, je n’aurais pas imaginé me retrouver à tenter de regarder dans les yeux la plus grande pandémie de ces dernières années, dans le pays considéré comme étant la plus forte crise humanitaire mondiale. Après des mois de traversée de tempêtes, je ressens aujourd’hui une forme de frustration. Après tant d’efforts collectifs, le résultat est mitigé. Nous avons beaucoup oeuvré, mais l’impact aurait à l’évidence pu être encore plus grand. Bien que nous n’ayons, comme souvent, pas vraiment la possibilité de pouvoir le mesurer. Dans tous les cas à l’heure où j’écris ces lignes, tout laisse à croire, selon les autorités, que les nuages noirs du Covid ont depuis été balayés par le vent.