Groupe de champs
Rougeole, malnutrition et paludisme

Il a dû affronter ces trois maladies en même temps. Et il a survécu

À mes yeux, trois maladies aiguës majeures affectent les enfants dans cette partie du monde : la rougeole, la malnutrition et le paludisme. Il existe certainement d’autres problèmes de santé publique dans la région, mais ici, les gens ne parlent que de ces trois maladies.

Je me suis levé juste avant l’aurore pour faire un footing sur la piste d’atterrissage près de note base, la même piste sur laquelle j’avais été accueilli par un flot d’enfants moins de deux semaines plus tôt lors de mon arrivée à Mulongo. C’est le seul endroit où le sol est suffisamment dur pour courir. Je n’aime pas spécialement courir le matin, mais après 7 h, il fait déjà trop chaud. Je n’ai donc pas vraiment le choix. Les rayons rouges du soleil transperçaient la brume matinale derrière les collines à l’est et viraient petit à petit au jaune, la même couleur que les mangues mûres qui poussent ici en abondance. Quelques minutes plus tard, plusieurs groupes d’enfants se sont formés le long de la piste pour me regarder. Ils criaient et réclamaient mon attention quand je passais devant eux. Ils étaient nombreux à vouloir courir quelques mètres à mes côtés. Ils sprintaient aussi vite que leurs jambes pouvaient les porter. À bout de souffle, ils haletaient et s’époumonaient. La plupart d’entre eux devaient s’arrêter. La pâleur de leurs paumes, de la plante de leurs pieds et de leurs yeux trahissait leur secret. Ils étaient anémiés. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient essoufflés.

Ce petit garçon venait tout juste de fêter ses sept mois. Il est arrivé tôt un matin, enroulé dans un tissu jaune, noir et vert accroché au dos de sa mère. Quelques jours plus tôt, elle l’avait emmené au centre médical et le diagnostic avait révélé qu’il souffrait de rougeole (à cause de la fièvre, des taches et de la toux). On lui avait administré le traitement habituel, mais son état n’avait fait qu’empirer. Peut-être parce qu’il était sévèrement malnutri. Son corps n’avait pas de réserves dans lesquelles puiser. Son système immunitaire était très affaibli. Il souffrait de marasme nutritionnel, la forme chronique de la malnutrition : le corps est obligé d’aller chercher l’énergie dans ses réserves de muscles et de graisse. Il était allaité et recevait parfois un peu de bouillie liquide de manioc. Le virus de la rougeole et la malnutrition affaiblissent le système immunitaire. Le corps devient plus vulnérable à toutes sortes d’infections. Le petit garçon souffrait en plus de diarrhées et d’une pneumonie sévère. Les paumes de ses mains et la plante de ses pieds étaient très pâles. Il était anémié. Dans cette région du monde, l’anémie est souvent la conséquence d’une maladie. Les deux lignes rouges du petit test de dépistage rapide du paludisme (un test réservé à la forme la plus sévère causée par le parasite P. falciparum) indiquaient un résultat positif. Il était atteint de paludisme.

Les premières averses de la saison des pluies étaient tombées il y a une semaine environ. Des termites volants emplissaient l’air du soir avant d’abandonner leurs ailes le matin suivant. Les pluies ne sont pas les seules responsables, la proximité avec les lacs environnants joue également un rôle important dans l’endémie de paludisme ici.

Le paludisme n’est pas lié à la rougeole, mais la maladie est tellement courante que de nombreux enfants atteints de rougeole souffrent également de paludisme. Environ la moitié des patients admis à l’hôpital de traitement de la rougeole ont également le paludisme. De nombreux enfants présentent des taux d’hémoglobine stupéfiants pour un médecin suédois tel que moi. Des valeurs de l’ordre de 3-4 g/dl ne sont pas rares et témoignent de plusieurs infections récentes de paludisme chez l’enfant.

Les jours suivants, le petit garçon a eu des pics de fièvre allant jusqu’à 40 degrés. Pendant des heures et des heures, il a déployé des efforts surhumains pour respirer. Après des jours et des nuits entre la vie et la mort, sa santé a commencé à s’améliorer grâce au traitement. La fièvre a commencé à disparaître, tout comme les diarrhées, la toux et l’insuffisance respiratoire. Une semaine plus tard, il a été transféré au service de malnutrition de l’hôpital général. Au moment où je rédige ces mots, il va mieux. La rougeole a été soignée et il est désormais immunisé. Les parasites du paludisme, qui avaient envahi ses quelques cellules sanguines et son foie, sont partis. Son état nutritionnel s’améliore, mais il faudra encore du temps pour qu’il se remette complètement.

Il a dû affronter ces trois maladies en même temps. Et il a survécu.