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Plus que de simples numéros

Les enfants arrivent en masse dans les sites de vaccination que nous avons mis en place dans toute la région. Ils attendent à l’ombre de manguiers, dans des bâtiments vides, dans des écoles.

Les enfants arrivent en masse dans les sites de vaccination que nous avons mis en place dans toute la région. Ils attendent à l’ombre de manguiers, dans des bâtiments vides, dans des écoles.

Pour les atteindre, nous roulons, nous pagayons, nous marchons. Les enfants se rendent dans nos sites grâce à nos activités de sensibilisation auprès des locaux, des chefs de village, des prêtres et des autres acteurs clés. Pour relayer notre campagne d’immunisation, nous avons frappé aux portes, fait des annonces au mégaphone et diffusé des messages à la radio.

L’objectif est de vacciner le maximum d’enfants de 6 mois à 10 ans.
 

Vaccins contre la rougeole © Thomas Silfverberg

Ce type de campagne n’est pas simple. Le vaccin, qui contient un antigène actif atténué de la rougeole, doit être maintenu au frais en permanence pour être efficace. Préserver la chaîne du froid entre la France et les petits villages isolés de la campagne congolaise n’est pas chose aisée. Les vaccins doivent être conservés entre 2 et 8 degrés Celsius entre le moment où ils sont achetés en Europe et celui où ils sont injectés dans le bras gauche des enfants. Et ici, il fait 38-39 degrés Celsius à l’ombre.

Les vaccins sont gardés au froid.  © Thomas Silfverberg

Les enfants doivent d’abord rencontrer un officier d’état civil qui note les informations à leur sujet, puis tamponne leur carte de vaccination. Ils sont généralement accompagnés de leur mère, sœur ou frère, et parfois de leur père. Leurs grands yeux observent tout ce qui se passe autour d’eux. Les cris des autres enfants les rendent nerveux et la plupart d’entre eux comprennent que quelque chose d’effrayant les attend.

Un enfant se fait vacciner contre la rougeole © Thomas Silfverberg

Les plus âgés ont probablement déjà vécu cette situation et sont plus détendus. Ils font la queue et attendent leur tour en silence. Ils observent attentivement tous les gestes des agents de vaccination, qui s’emparent du diluant, le mélangent au vaccin et préparent la seringue. Les enfants sont ensuite assis sur les genoux de la personne qui les accompagne et maintenus fermement. Pour les plus jeunes, c’est un moment très stressant, souvent à l’origine des cris et des pleurs. L’injection en elle-même est très brève. Les sanglots cessent aussitôt une fois le vaccin administré.

Les visages d’un grand nombre de ces enfants restent imprimés dans ma rétine. Les enfants timides, mais intéressés, ont un petit quelque chose qui m’émeut. Ils me reviennent en tête quand je m’y attends le moins. Je pense qu’il est très important de mettre un visage sur toutes ces vaccinations. Les interventions et les campagnes de santé se résument souvent à des chiffres.

Un enfant attend de se faire vacciner © Thomas Silfverberg

Moi-même, je pourrais tenir des registres du nombre d’enfants vaccinés, du pourcentage de la population cible estimée. Mais pour moi, tout cela est secondaire (et ne croyez pas que je cherche à cacher quoi que ce soit, nos chiffres sont très bons).

Derrière chaque chiffre se trouve un enfant, un enfant avec un sourire timide et une paire d’yeux observateurs qui examinent chacun de vos gestes. Certains crient, d’autres gémissent, d’autres encore grincent des dents : un vrai concentré de vie en quelques minutes. Cette vie, c’est la raison pour laquelle nous nous battons.

Il n’existe pas de remède contre la rougeole. À l’hôpital, nous soignons les complications de la maladie, c’est-à-dire les autres maladies qui peuvent apparaître quand le virus attaque le corps. La seule action spécifique (et efficace) que nous pouvons faire, c’est vacciner les enfants. La prévention est le seul remède. C’est grâce aux vaccinations que nous pouvons réellement sauver des vies.

Actuellement, nous fermons l’hôpital de traitement de la rougeole de Mulongo. Le nombre de nouveaux cas a diminué depuis quelques semaines, et maintenant que la compagne de vaccination est terminée, il n’y en aura bientôt plus d’autres. À l’heure à laquelle je rédige ces mots, je ne sais pas ce qui nous attend. Ce qui est sûr, c’est que nous suivrons l’épidémie jusqu’à la fin.