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Voyage typique à travers la République démocratique du Congo

Un voyage typique à travers la RD Congo, cela n’existe pas !  Ce pays est tellement immense, l’état des routes si pitoyable et les infrastructures si mal en point qu’il faut utiliser tous les moyens de transport pour arriver à destination.    

Un voyage typique à travers la RD Congo, cela n’existe pas !  Ce pays est tellement immense, l’état des routes si pitoyable et les infrastructures si mal en point qu’il faut utiliser tous les moyens de transport pour arriver à destination.    

Pendant ma mission, j’ai donc voyagé à pied, en pirogue et en moto… entre autres. Dans la province du Nord-Kivu, il paraît même qu’un homme vous transporte sur son dos pour quelques francs congolais. Bref, se déplacer dans ce pays exige patience et sens de l’humour. Il faut aussi revoir ses exigences à la baisse. C’est ce que j’ai fait lorsque j’ai pris la direction de Bikenge, dans la province de Maniema, une région poussiéreuse et négligée où Médecins Sans Frontières gère une clinique.  

06h30

Nous sommes debout à six heures trente. À sept heures moins dix, nous chargeons les deux tout-terrain et, à sept heures, nous démarrons. Quelques minutes plus tard, nous voilà pourtant déjà à l’arrêt, au bord du fleuve Kindu. Nous devons en effet prendre le bac pour le traverser. Heureusement, nous sommes en bonne compagnie : autour de nous, des femmes câlinent leurs petits et les chauffeurs astiquent les chromes de leur moto-taxi. 

07h30

Il est sept heures trente et le bac qui devait partir à sept heures ne semble pas être sur le départ. Pour tromper l’attente, je me remémore tout ce que je sais sur Bikenge. On m’a raconté que cette ville est vraiment loin de tout et très difficile d’accès. Les routes des alentours sont pour ainsi dire impraticables et les soins médicaux quasiment inexistants. Pourtant, Bikenge est aussi un diamant brut. Au sens littéral puisqu’elle s’est développée grâce à l’exploitation de ses ressources naturelles – or et autres minerais. Au cours de ces dix dernières années, beaucoup de personnes ont afflué dans la région – des mineurs et des gens attirés par les possibilités d’emploi liées à l’essor du secteur. La surpopulation, la pollution et l’accès limité aux soins sont à l’origine de problèmes de santé. 

07h45

Lorsque le bac est enfin prêt, nous montons à bord. Le fleuve est calme mais la traversée jusqu’à l’autre rive est loin d’être de tout repos.

Le moteur fait un de ces boucans, tout comme les bateaux de pêche à moteur autour de nous. Arrivés de l’autre côté, nous poursuivons notre périple.

11h00

Nous roulons ensuite pendant plusieurs heures sur des routes cahoteuses. Dans les deux tout-terrain, ça secoue très fort.  Tout à coup, un pont nous oblige à nous arrêter ; il est terriblement étroit ! Henri, notre infatigable logisticien, saute de la voiture et guide le convoi vers l’autre côté. La traversée se fait tout en élégance – comme deux deux-tonnes sur une corde raide.     

12h00

Finalement, nous n’avons heureusement pas à nous plaindre jusqu’à présent. Contrairement à l’équipe de Médecins Sans Frontière que nous rencontrons une heure plus tard.  Ils sont partis d’un autre village, également en direction de Bikenge. Mais ils se sont retrouvés embourbés. Et pas un peu. John, le chauffeur, et Michel, son collègue, suent sang et eau pour dégager le pickup, mais sans succès. Ils sont eux aussi enfoncés dans cette gadoue brunâtre. Michel est même nu-pieds. Nous ne faisons ni une ni deux et venons leur prêter main forte. Nous sortons les câbles de nos tout-terrain, les fixons et sortons le camion de sa prison de vase. Et le convoi reprend la route, avec un véhicule de plus !     

14h00

Nous arrivons à nouveau devant un pont. Etroit, comme le premier, mais surtout dans un sale état. Nous évaluons la situation et arrivons rapidement à la conclusion que nos deux tout-terrain ne passeront pas. Même Henri est tétanisé.

Que faire ? Pas le temps d’appeler quelqu’un pour procéder aux réparations : le soleil va bientôt se coucher et il est impossible de circuler sur ces routes inconnues une fois la nuit tombée. C’est trop dangereux. John a alors une idée.

« À Mingana, nous sommes allés chez le menuisier. Nous pourrions utiliser les planches en bois pour renforcer le pont ».

Bien joué !

Et il sort du coffre arrière du pickup, comme par enchantement, les planches, un sac de clous et des marteaux (et pour des raisons que l’on ne s’explique pas, une scie à chaîne). Avec les autres chauffeurs et logisticiens, il se met au travail.  Et ils parviennent à retaper provisoirement le pont pour que nos véhicules puissent l’emprunter. 

17h00

Quelques heures plus tard, nous arrivons à Bikenge ; le soleil est presque couché.

Nous nous dirigeons immédiatement sur le terrain de Médecins Sans Frontières où nous sommes accueillis par Michele, coordinateur du projet.

« Alors, le voyage, ça a été » ? demande-t-il.

« Super, exactement ce à quoi je m’attendais », lui dis-je.