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C’est compliqué…

Mais comment répondre à la question sur le travail qu’on fait ? 

Mais comment répondre à la question sur le travail qu’on fait ? 

Je commence ma deuxième mission avec MSF,  je suis cette fois à Port-Harcourt au Nigeria. MSF assure ici la prise en charge des violences sexuelles dans deux centres, en fournissant des soins médicaux et un soutien psycho-social essentiellement à des victimes de viol.

Port-Harcourt est une ville qui a connu boom économique. On y voit de la richesse et de l’opulence (l’argent du pétrole) et, à côté, la pauvreté. Il y a une forte criminalité dans les rues. Les enlèvements avec demandes de rançon sont un business qui vise les nantis. Nous faisons très attention pour nos déplacements dans la ville.

L’époque de « Teme »

MSF a une très bonne réputation ici.

Quand on circule en voiture, souvent les gens nous disent « Teme, Teme ! » en agitant un bras. J’ai vite appris que c’était le nom de l’hôpital où MSF soignait les blessés.

Avec l’agitation qui régnait en ville à l’époque, quand un patient arrivait dans un hôpital avec une blessure par balle, l’équipe médicale devait d’abord demander une autorisation à la police avant de le traiter.

C’est un travail très délicat et les histoires que l’on entend sont « compliquées »

Dans une unité de traumatologie, le temps est la vie et MSF traitait tous les patients.

Les personnes qui  font aujourd’hui un signe de la main en voyant une voiture MSF se souviennent de cette période difficile quand MSF dispensait des soins essentiels, en toute impartialité, à un ami, à un proche ou à eux-mêmes et en sont toujours reconnaissants.

Quand le calme est revenu, MSF a vu arriver principalement des accidentés de la route, en fait des cyclistes renversés par des voitures. Quand la loi interdisant les vélos sur les routes est passée, le nombre d’accidents a chuté.

MSF a réduit son activité aux cas qui se présentaient à la porte, un nombre important d’entre eux était des victimes de violences sexuelles.

Un photographe

A l’époque de « Teme » donc, on pouvait prendre une photo d’une personne qui avait été soignée d’une blessure par balle, et qui très probablement avait le sourire, et cela nous pouvait nous aider à dire pourquoi on était là. Des années après, elles nous lancent encore « Teme ! » en guise de remerciement.

Nous sommes là. Dans deux centres de soins qui reçoivent les victimes de violences sexuelles, les soignent, les écoutent et pansent les blessures qui peuvent l’être.

Le travail que fait maintenant MSF à Port-Harcourt est très différent. Les histoires sont très personnelles, parfois atroces, et généralement déprimantes.

Ce serait la même chose si on prenait une photo, celle-ci exprimerait des milliers de mots que le sujet ne voudrait pas réentendre. Elle représenterait des milliers d’histoires de ce genre, traumatisantes et extrêmement personnelles.

Les survivantes

Alors que faisons-nous ?

Comme je le disais, MSF a deux centres, dont l’un est ouvert 24 heures sur 24. Y travaillent des médecins, des infirmières, des psychologues et un travailleur social.

Passé le pas de la porte du centre, on voit des victimes qui ont fait l’effort de chercher de l’aide. C’est un travail très délicat et les histoires que l’on entend sont « compliquées » dans le sens où elles ne se terminent pas bien.

Une handicapée mentale qui a été violée, sa mère décide qu’elles garderont le bébé, mais elles ne reviennent pas pour les consultations de suivi… Ce n’est pas comme l’histoire avec la blessure par balle qui cicatrise, ce sont des histoires compliquées.

Dans l'espoir d'un changement

Nous voyons environ 1 400 nouveaux cas par an, nous pensons que cela n’est qu’une partie d’un bien plus grand nombre de cas.

Nous menons aussi des activités de sensibilisation avec d’autres ONG pour informer les communautés sur les violences sexuelles.

A l’échelon national, il semble qu’il y ait une prise de conscience que ce problème doive être abordé. On peut seulement espérer que cela change.

En attendant, nous sommes là. Dans deux centres de soins à Port-Harcourt qui reçoivent les victimes de violences sexuelles, les soignent, les écoutent et pansent les blessures qui peuvent l’être.