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Médecin en RDC: La première impression d'une 'Muzungu' de Walikale

Me voilà en République Démocratique du Congo (RDC) et plus exactement à Walikale au Nord- Kivu. Une nouvelle mission avec MSF pour 9 mois durant laquelle j’occupe le poste de Médecin Superviseur.

Me voilà en République Démocratique du Congo (RDC) et plus exactement à Walikale au Nord- Kivu. Une nouvelle mission avec MSF pour 9 mois durant laquelle j’occupe le poste de Médecin Superviseur. Le jour où j’ai reçu le mail me proposant le poste, un sentiment de bonheur mêlé à de la crainte m’a envahie. Cette mission je la voulais, je l’attendais, mais chaque départ et chaque mission ont leur lot de sacrifices. On renonce à son confort et à son train-train quotidien. On se sépare de ses proches et de ses amis en espérant que rien ne leur arrive durant notre absence.

On sait qu’on va rater beaucoup de moments à leurs côtés et on a peur de ne pas les retrouver comme avant à notre retour parce qu’en quelque sorte chacun de nous va évoluer dans monde différent. On a l’impression de mettre sa vie entre parenthèse tout en vivant réellement et pleinement durant une mission. Mais malgré toutes ces  pensées, c’est un grand oui que j’ai envoyé comme réponse à mon manager parce que j’ai étudié la médecine exactement pour cette raison : être là où on a le plus besoin de moi et travailler avec MSF.

Qui a dit que les rêves d’enfance ne se réalisent pas ? il faut juste lutter et travailler dur pour les réaliser parce que c’est quand on est enfant qu’on sait exactement qui on est et ce qu’on veut de la vie ! Alors je plis mes bagages, abandonnant robes, jupes et talons,  et avec comme souhait celui d’être à la hauteur, de réussir un changement!

Un avion atterrit sur la route près de Kilambo, pour alimenter l'hôpital de Walikale et quatre centres de santé soutenus par MSF dans cette région reculée du Nord-Kivu.
Photo: Gwenn Dubourthoumieu

Je ne sais pas à quoi je m’attendais avant de venir ici. J’ai l’impression que je m’attendais à tout et à rien. Je ne suis ici que depuis un mois et pourtant c’est comme si j’y vivais depuis une éternité, tout en ayant fortement conscience que tout est nouveau. Beaucoup de sentiments se mélangent et je n’essaie pas de les analyser, je les vis tout simplement, pleinement.  

Travailler à l’hôpital, être en contact direct avec les patients fait que je me rende compte de la difficulté du quotidien des congolais dans cette région. Et sur le plan médical, beaucoup de choses sont à améliorer. Ici dans la province du Nord- Kivu, la situation sanitaire est précaire. Beaucoup meurent à cause de la malaria, de la pneumonie et des diarrhées. C’est déroutant de savoir qu’un pays aussi riche en ressources naturelles tel que l’or, les diamants, le cobalt… est dans une situation aussi critique sur le plan de la santé. Figurez-vous que les forêts du bassin de la RDC constituent la deuxième plus vaste forêt tropicale de la planète et le deuxième poumon du Monde après l'Amazonie.  Tous les matins en regardant cette magnifique montagne, cette verdure, ces fruits tropicaux sur mon chemin et retrouvant mes petits patients malnutris à l’hôpital je suis révoltée!  
 

Maman Sifa donne un bain à Mado, sa fille de huit jours, à l'hôpital de Walikale.
Photo: Gwenn Dubourthoumieu

Les moyens à l’hôpital sont très limités. MSF est là pour aider et renforcer les structures de l’hôpital. Elle est présente dans plusieurs régions du pays, donc forcement elle ne peut pas tout assurer. Ce qui est aussi dur à accepter c’est de savoir que la structure la plus proche qui peut assurer une meilleure prise en charge de certaines pathologies est tenez-vous bien à : 6h de route en voiture et 1h15 d’avion en devant obligatoirement passer une nuit dans un endroit au milieu quand ce transfert est fait grâce à MSF car même si la distance à parcourir réellement est de seulement 228 km,  l’état des routes ici est tellement mauvais que ce n’est pas possible d’envoyer des malades sur cette route ! Aussi il n’y a pas que le manque de moyens, il y a aussi l’ignorance des parents qui souvent ne viennent dans les structures de santé que tardivement. Ici le recours à la « médecine traditionnelle » est un rituel. Quand l’enfant a une fièvre on peut penser à l’emmener consulter mais s’il convulse c’est un esprit qui veut communiquer à travers son corps ! le raclage (mettre les doigts dans la gorge de l’enfant quand il a mal à la gorge ou ne veut pas s’alimenter pour éloigner les mauvais esprits) et le lavage gastrique aves des produits de nature étrange sont fréquents!

Mais ce qui m’impressionne c’est la gentillesse et la politesse des congolais. La RDC a connu et connait encore plusieurs conflits armés et la population a et souffre encore énormément. Mais malgré ça ils sont pleins d’espoir d’un meilleur avenir pour leurs enfants. Rien qu’aujourd’hui je questionne un parent pour savoir s’il a d’autres enfants et voilà qu’il me dit oui un autre garçon et une fille décédée il y a quelques années. Je lui demande de quoi elle est morte et sa réponse était « il y avait des hommes armés qui sont venus attaquer le village. Elle était entre mes bras. C’est moi qui aurait dû mourir ce jour-là mais la balle a traversé sa tête à elle ». Il m’a répondu avec cette délicatesse propre aux congolais qui m’a subjuguée.

Congo je t’ai déjà dans le sang ! Tu me fascine, me brise le cœur et me fait éclater de rire tous les jours!

Note: ‘’ Muzungu’’ signifie  Homme Blanc /Femme Blanche en Swahili.