Groupe de champs
Rien d'ordinaire dans la préparation à Ebola

Cela fait partie de ma mission de parler de ce sujet à mes parents et à mes amis, de les informer des risques de ma mission, de leur donner les faits, de discuter avec eux de leurs impressions et de leurs peurs

Partir en Sierra Leone durant cette crise d’Ebola, c'est assez particulier. 

Bien entendu, il y a le risque personnel d'être infecté; j'y reviendrai. Mais il y a surtout le risque d'infecter les miens au retour et la perception du risque. J'aimerais m'y attarder un moment. 

Nous sommes fin octobre. Après les deux cas d'infection aux États-Unis, l'inquiétude est à son maximum. Déjà, à mon retour du Soudan du Sud à la fin de l'été, ma famille était plus inquiète de savoir s’il y avait Ebola là-bas (alors qu'aucun cas n’a été recensé au Soudan du Sud) que de connaître la situation dans ce pays ravagé par la guerre. J'ai compris depuis longtemps que les médias avaient une grande influence sur notre perception d’une crise, c'est même là-dessus que j'ai fait mon mémoire de maîtrise.

Cela fait partie de ma mission de parler de ce sujet à mes parents et à mes amis, de les informer des risques de ma mission, de leur donner les faits, de discuter avec eux de leurs impressions et de leurs peurs.


La science de mettre le minimum nécessaire

De mon côté, personne n’était surpris de me voir partir pour répondre à l’épidémie d’Ebola. Ça fait plus de 12 ans que je travaille dans l'humanitaire, et les contextes d'urgence sont ceux que je préfère. Par ailleurs, je me suis aperçu que la possibilité, aussi minime soit-elle, que j'attrape le virus et surtout la possibilité, encore plus minime, que je la passe à mon retour crée une forte angoisse chez certains membres de mon entourage. 

Peut-être devrais-je juste ne pas revenir à la maison après ma mission pour respecter les appréhensions et éviter de me confronter à la peur des autres. Ou au contraire, devrais-je revenir pour justement continuer d'expliquer la réalité? Je ne sais pas. 

Enfin, préparer son entourage et son retour font partie des préparatifs de départ pour tous ceux qui vont dans une zone touchée par Ebola. J'ai fait ce que j'ai pu, et même un peu plus en publiant cet article sur l’Ebolaphobie dans mon journal local.

Face à cette folie médiatique, tant a été écrit. Maintenant, il est temps de s'intéresser à la mission qui m'attend.