Groupe de champs
Marie-Michèle - Blogue 2

cet homme, il avait mon âge. Je ne sais pas si demain il aura encore mon âge, car le fil de sa vie était encore plus mince que jamais quand je l'ai quitté.

La nature humaine est ainsi faite que nous sommes portés à oublier... nous finissons souvent par oublier. Et ici, nous sommes portés à oublier que la maladie et les accidents continuent de se produire. Que tous les soins ne sont pas nécessairement reliés au tremblement de terre. Du moins, j'avais un peu oublié que les accidents continuaient.

Ce matin, un accident m'a fait rappeler... rappeler que d'autres évènements continuent de se produire, mais aussi que la vie est fragile. Ce matin, je me suis rendue à la base (bureau) d'où je quitte chaque matin. à mon arrivée, je dûs partir d'urgence, car il y avait eu un accident sur la route et des blessés se dirigeaient vers l'hôpital. Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé sur la route, mais je sais ce que j'ai retrouvé à l'hôpital... environ 8 patients étendus sur de petits matelas sur le sol, des cris, des pleurs, du sang, beaucoup de sang. Des médicaux qui courent... les patients étaient vraiment graves. Un homme avait toute la jambe ouverte, on pouvait y voir la chair et les os...l'autre avait du sang qui sortait par l'oreille, il vomissait du sang par le nez et la bouche et avait des coupures ici et là, il était semi-conscient et répétait toujours son nom... une femme ayant plusieurs abrasions avec son bébé de 1 an à ses côtés qui pleure... je ne peux pas me souvenir de tous ces gens, mais quand je referme les yeux je vois du sang, beaucoup de sang. Je revois cet homme qui vomissait du sang... j'ai quitté avec lui en voiture pour faire le transfert dans un hôpital plus spécialisé pour ce type de trauma, ce type d'urgence. Le trajet a duré environ 30 minutes, la circulation était dense. J'avais l'impression qu'on allait jamais arriver... je continuais de répéter à cet homme que nous étions là, avec lui, ensemble. Que nous allions arriver, de ne pas lâcher. Quand nous sommes arrivés à destination, je lui ai dit que nous y étions, il a ouvert les yeux et m'a regardée... cet homme, il avait mon âge. Je ne sais pas si demain il aura encore mon âge, car le fil de sa vie était encore plus mince que jamais quand je l'ai quitté.

Des expériences comme celle-ci n'arrivent pas tous les jours...