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Tchad: Le contrôle des femmes

Le Tchad, le langage, le mariage, l'impératif d'avoir des enfants, l'interdiction et le tabou de l'avortement, le travail non rémunéré.

Liza est une infirmière, en mission pour Médecins Sans Frontières au Tchad. Aujourd'hui, elle blogue sur la place des femmes dans la communauté où elle est installée...
 

Le language :

Le français est une des langues officielles du Tchad. Il est enseigné de manière obligatoire à l’école, qui est en théorie obligatoire elle aussi. Ceux et celles qui le parlent sont donc tous et toutes aller à l’école à un moment donné. 
 
Le niveau des conversations que j’entretiens est donc différent selon le niveau de scolarisation des personnes à qui je m’adresse. Souvent, les personnes ayant les plus haut diplômes communiquent en français entre eux. 
 
Le français, depuis la colonisation, est donc associé à la langue du savoir, la langue du travail. 
Le Tchad étant un des pays avec le moins de filles scolarisées au monde, rares sont les femmes qui étudient ensuite à l’université, ou ont un emploi stable et bien rémunéré.

 

 Le mariage :

Les hommes ont le droit d’épouser jusque quatre femmes. Sans devoir présenter aucune garantie de moyen, qui justifierai qu’ils puissent subvenir à leurs besoins. 
 
La plupart du temps les mariages sont décidés par les parents. Il y a une dot (le prix des femmes dépend des régions et de beaucoup d’autres facteurs), une cérémonie, et la jeune fille, l’enfant parfois, est mariée. 
 
Je rencontre beaucoup de femmes qui ont été mariées à quatorze ans, parfois plus jeune. Elles sont obligées d’arrêter d’aller à l’école, la plupart du temps, lorsque mariée.

 

L’impératif d’avoir des enfants :

Avoir des enfants pour une femme ici n’est pas un choix. 
 
Tout comme dans mon pays d’origine il existe une injonction sociale sur la procréation (on ne me répond jamais autrement qu’en me disant que je vais changer d’avis lorsque je dis que je ne veux pas d’enfants), ici c’est une obligation morale. Il est juste impensable de ne pas vouloir d’enfants. 
 
Il faut en avoir, et beaucoup. Ce qui met à risque la santé des femmes. Au-delà de cinq accouchements, le risque d’hémorragie post-partum est accru, celui d’avortement spontané aussi. Dans les zones rurales dans lesquelles je travaille, il n’y a pas d’accès à la médication nécessaire pour sauver la vie de ces femmes, ni même bien souvent d’accès à des personnes qualifiées pour aider correctement.

 

L’interdiction et le tabou de l’avortement :

L’avortement est totalement illégal dans très peu de pays dans le monde, contrairement aux idées reçues. Le Tchad ne fait heureusement pas parti de ces pays  et le système juridique possède des lois contre le viol. 

Ici, l’avortement est légal en cas de violence sexuelle, ou en cas de danger immédiat pour la survie de la mère (ce qu’on appelle un avortement thérapeutique).
 
Mais, dans l’un ou l’autre de ces cas, les procédures judiciaires en place, longues et couteuses rendent presque impossible la réalisation de l’acte. Les femmes le font alors seules avec des épingles, où avalent quelques remèdes supposés les débarrasser de cette grossesse non-désirée.
 
Une violence sexuelle n’existe pas, dans la loi, entre personne d’une même famille au Tchad. (Au Québec, le viol conjugal était légal jusqu’en 1983, en France jusqu’en 1980 - tout en gardant une présomption de consentement jusqu’à preuve du contraire, encore aujourd’hui).

 

Le travail non rémunéré :

Comme dans tous les pays du monde, beaucoup de femmes font du travail non rémunéré. S’occuper des enfants, préparer à manger, tenir la maison… 
 
C’est le travail des femmes, aucun doute là-dessus, pas de remise en question possible, ici. Et comme c’est « naturel », il n’a pas à être payé.
 
Nous, les quelques femmes expatriées, peu importe de quelle couleur et de quelle origine, qui travaillons ici faisons figure d’extra-terrestres. Je les vois m’observer, à la journée longue, et je me demande ce qu’elles imaginent. Qu’est-ce qu’elles pensent ? À quoi s’imaginent-elles que ressemble ma vie ?  
 
 

Sources:

Pour les données statistiques sur la scolarisation des femmes: https://www.unicef.org/infobycountry/chad_statistics.html#117

Pour les droits des femmes concernant les violences sexuelles: http://www.africa4womensrights.org/tag/Tchad