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Chroniques du terrain : Sadia

Au moins une fois par semaine, je me rends à l’hôpital pour les rendez-vous du matin, à 7h. L’une des toutes premières fois où j’y suis allée, j’ai rencontré Sadia. C’est la « Stérilisatrice » de l’hôpital –  un mot qu’il m’est presque impossible de dire en français.

Au moins une fois par semaine, je me rends à l’hôpital pour les rendez-vous du matin, à 7h. L’une des toutes premières fois où j’y suis allée, j’ai rencontré Sadia. C’est la « Stérilisatrice » de l’hôpital –  un mot qu’il m’est presque impossible de dire en français. Je dirais que « Responsable de stérilisation » en serait la traduction exacte.

Sadia nettoye les instruments médicauxPhoto: Lexie Cole/MSF

 

Sadia est grande, elle doit faire près d’1.80m et elle est toujours habillée de façon impeccable lorsqu’elle n’est pas vêtue de ses blouses stériles d’hôpital. Elle a un énorme sourire accueillant et se comporte  de façon décontractée. Lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois, je cherchais un nom centrafricain commençant par « L » puisque la plupart des gens ici ont du mal avec mon nom : « OK Laxie ! Ravie de vous rencontrer ! », « Non, c’est Lexie ». « OK. Laxie ». C’est à ce moment-là qu’elle m’a surnommée Leila.  Maintenant, ils sont plusieurs à m’appeler Leila.

Portrait de SadiaPhoto: Lexie Cole/MSF

 

Sadia porte ces beaux ensembles africains faits sur mesure et recouverts de broderies. Je lui ai récemment demandé si elle pouvait m’accompagner au marché pour acheter du tissu africain que l’on appelle « pagne ». Nous nous sommes retrouvées le dimanche près du lycée, et elle était resplendissante, dans d’autres vêtements eux aussi incroyables. Nous avons déambulé à travers un labyrinthe de stands et d’étals où on trouve de tout, que ce soit du poisson fumé couvert de mouches, des médicaments, des oignons ou des T-shirts importés des USA imprimés d’un énorme drapeau américain. Les étals sont fabriqués avec des morceaux de bois rugueux cloués ensemble et des planches entrecroisées fixées sur le dessus en guise de table. On croise rarement des personnes occidentales sur le marché et tout le monde  arrêtait son activité pour nous regarder passer. « Bonjour ! »  ont crié les enfants de tous les côtés. Je tente ma chance en sango. « Baramo ! ».  

Sadia connaît tout le monde. Tout le monde lui dit bonjour et les salutations durent un bon moment : « Comment vas-tu ?  Comment va ta famille ? Est-ce que tu as bien dormi ? ». Lorsqu’elle bavarde avec les gens, elle a toujours un petit rire et elle rigole facilement avec moi. Elle parle toutes les langues de la région et peut communiquer avec tous. Quand elle me serre la main, elle la tient pendant qu’elle me demande comment je vais. (J’ai remarqué que les gens ici vous tiennent la main un peu plus longtemps que ce à quoi je suis habituée aux Etats-Unis, et c’est tellement bien ! Je me sens si bien accueillie et cela crée une connexion. Parfois, je dois retirer ma main parce que cela me paraît déplacé. Par exemple, lorsque l’un des médecins locaux me dit bonjour ces temps-ci, il tient ma main pendant ce qui me semble être 5 minutes mais cela ne fait probablement que 10 secondes que nous parlons. En somme, les gens continuent de vous tenir la main pendant toute la conversation).

Nous sommes allées voir son vendeur préféré, Abdul Kareem, et vous ne pouvez pas vous imaginer tous les choix qu’il proposait. Les pagnes étaient empilés sur une hauteur d’une douzaine de centimètres environ. J’ai désigné le petit bout de tissu que je voulais voir, à peu près 5 cm plus bas dans le tas,  et il a dû soulever tout le tissu qui se trouvait au-dessus pour le dégager. C’est fou à quel point le tissu devient lourd lorsqu’on l’entasse en hauteur. Depuis, je suis retournée à son magasin de nombreuses fois et j’ai acheté une bonne quantité de pagnes.

Les pagnes sur le marchéPhoto: Lexie Cole/MSF

 

Pour Halloween, j’ai discuté avec un autre expat de la possibilité d’organiser quelque chose d’original pour nos patients. Nous avons décidé d’aller à l’hôpital avec quelques ballons pour divertir les enfants. Sadia s’est jointe à nous pour faire la fête, elle soufflait dans des ballons tout en discutant à bâtons rompus avec les enfants et les mamans. Nous avons dansé et sautillé autour de la tente d’hôpital pendant que je chantais « Elle descend de la montagne à cheval ». Toutes les mamans frappaient dans leurs mains pour nous accompagner. Nous avons ri tout le temps. C’était hystérique.

Sadia et moi à HalloweenPhoto: Lexie Cole /MSF

 

Pendant les mois que j’ai passés ici, nous avons fait la fête plusieurs fois. Sadia et moi-même sommes toujours les premières à bondir et nous mettre à danser. C’est nous tout craché : à chaque fois, à peine la fête terminée, nous commencions déjà à organiser la prochaine.

Sadia et moiPhoto: Lexie Cole /MSF

 

Sadia fait sans conteste forte impression et elle est une force non  seulement dans cette communauté mais aussi à l’hôpital. Certains disent qu’ils ne peuvent l’imaginer sans elle. Je penserai toujours à Sadia lorsque je penserai à ma mission à Bria.

SadiaPhoto: Lexie Cole/MSF