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Chroniques du terrain: Les sons de Bria

Un choeur de voix masculines fortes, l'appel à la prière, des pleurs de bébé chèvre, les matchs de football.

Ce matin, je me suis réveillée avec les bruits du service du dimanche qui se font entendre juste au coin de la rue tout près de la maison. C’est toujours la même chose le dimanche vers 8h du matin. Un chœur de voix masculines fortes chantent accompagnées de quelques tambours africains, suivies des voies puissantes de femmes et d’enfants qui se répondent dans une harmonie en trois temps. Leurs chants durent environ dix minutes et se font entendre à trois reprises à chaque service. Cette musique s’unit à celle des enfants du voisinage, qui parlent, jouent, pleurent, crient en sango. Derrière la maison retentissait le bruit de quelqu’un qui clouait à coups de marteau et puis j’ai entendu une moto qui passait au loin.

Nous avons les deux mosquées à deux pas de la maison et l’appel de la prière commence tous les matins à 4h30. Généralement je n’entends que l’appel de la grande et belle mosquée toute proche de chez nous mais parfois je peux aussi entendre l’appel à la prière d’une autre mosquée. Deux hommes chantent depuis des endroits différents et parfois leurs voix s’accordent harmonieusement. C’est vraiment incroyable. Certains de ces hommes qui chantent l’appel à la prière dans les haut-parleurs de la mosquée ont vraiment de belles voix. Je ne peux que simplement m’arrêter, écouter et apprécier.

Bria a des chèvres, des moutons et des poulets qui se baladent tout le temps, apparemment sans propriétaire. Comme dans chaque petite ville en Afrique tout le monde sait à qui appartiennent ces animaux. Et il semblerait que ces bêtes savent où elles habitent. Avec toutes ces chèvres, j’entends tous les jours; très fort; le son du baaaaaaah. Parfois, c’est un minuscule, adorable bébé chèvre, qui crie pour appeler sa mère, et si vous ne pouvez pas le voir, vous penseriez que c’est un enfant qui pleure. Pas plus tard qu’hier,  je faisais une présentation au personnel et un bébé chèvre, d’une voix exceptionnellement forte, faisait des allées et venues en courant juste de l’autre côté et j’écoutais en essayant de décider si c’était un enfant ou une chèvre. J’ai entendu tellement de voix de chèvres que je peux maintenant différencier les types d’appels – ceux qui expriment l’ennui, ou bien la faim, ou encore la panique. Il y avait trois bébés qui venaient de naître – un tout noir, un noir avec des taches blanches et un gris. Ils étaient tellement mignons que je voulais les serrer dans mes bras mais j’ai supposé que cela ne serait pas une bonne idée pour un certain nombre de raisons. Et que le propriétaire imagine que j’essaie de le voler ne serait pas la moindre d’entre elles !

Les sons qui m'accompagnent au bureau : le vrombissement du générateur géant qui nous alimente en courant électrique (je peux entendre celui de la maison en ce moment-même mais heureusement, ma chambre est de l’autre côté de la maison). Le son des parasites de la radio longue portée de Bangui, les gardes qui parlent dans leurs talkie-walkie, les enfants qui courent à côté de mon bureau après l’école. Le bureau administratif est juste à côté d'une porte en métal bleu que nous n’utilisons jamais et pour une raison ou une autre, les enfants adorent frapper à cette porte quand ils passent devant. Il y a des jours où c’est plus fréquent que d’habitude et je crie par la fenêtre : « Arrêtez-vous ! » - Stop !

Tout le monde habite dans une petite hutte en terre et sans électricité. Alors les gens sont dehors pendant la journée. Du coup on entend tout le temps des gens parler et rire… Tout le monde dans le voisinage connaît mon nom et quand je vais au travail à pied, les gens me voient arriver et s’écrient « Lexie ! » et les enfants arrivent à toutes jambes de toute part pour me serrer la main. Ou ils se mettent à hurler « Munju !! Munju !!» (personne blanche). Les gens adorent serrer la main ici. Si je n’ai jamais vu la personne auparavant, je leur dis « Balamo », bonjour en sango, et ils répondent toujours « Merci ! ». Personne n’a compris pourquoi tous les gens répondent merci quand on les salue mais je l’ai déjà constaté avec les Centrafricains également – pas seulement avec les étrangers.

Les salutations habituelles en RCA lorsque l’on voit quelqu’un pour la première fois sont, « Bonjour. Avez-vous bien dormi la nuit dernière ? ». J’ai appris comment dire cela en sango également et à répondre par « Oui, j’ai bien dormi, merci ». C’est tellement drôle.

Toutes les nuits vers 22h, tous les chiens de la ville se mettent à hurler en même temps.  Certains se lamentent alors que d’autres aboient simplement. Ils s’arrêtent tous en même temps. Comment savent-ils quand s’arrêter ? C’est vraiment fou.

Du fait que j’habite en communauté, cela veut dire qu’il y a toujours quelqu’un d’autre dans la maison. Alors, les autres bruits de ma vie ici comprennent le foot à la télévision, des gens qui rient et parlent sur la véranda avec leurs bières, le MedRef qui chante en Swahili dans sa chambre juste à côté de la mienne d’une voix aigüe, les portes qui s’ouvrent et se ferment constamment, les gens qui se promènent en tongs et le gentil couinement aigu des chauves-souris qui habitent dans le toit. LOL

Ah, la vie de terrain !