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Les conséquences de l’actualité américaine

La réalité, c’est que nous avons besoin de travailleurs humanitaires, mais que ces derniers doivent également rentrer chez eux. Nous sommes TOUS d’accord sur le fait qu’il faut isoler rapidement les malades. Alors où tout cela nous mène-t-il ?

Il est rare que je me laisse emporter par le tourbillon médiatique, mais je dois admettre que les nouvelles provenant des États-Unis sur la mise en quarantaine des personnes revenant d’Afrique de l’Ouest ont retenu mon attention. Il m’a fallu peu de temps (ce qui m’arrange n’ayant que peu de temps libre) pour me rendre compte que les choses prenaient une tournure incontrôlée, que les gens ne comprenaient pas le virus et que notre capacité à travailler dans les pays touchés par Ebola en serait affectée.

Indépendamment de ce que vous pensez du travail de certains travailleurs humanitaires, de vos connaissances sur la maladie et de votre empathie pour les populations d’Afrique de l’Ouest, j’espère que vous concédez que les morts seraient plus nombreux et que l’épidémie se propagerait plus vite (et plus largement) si les organisations humanitaires n’étaient pas présentes en Afrique de l’Ouest. Je n’ai pas peur de dire que c’est un fait. Je n’ai pas non plus peur de dire que si vous ne présentez aucun signe ou symptôme de la maladie, vous n’êtes pas contagieux. C’est scientifique.

Alors 21 jours de plus ou de moins, quelle différence ça fait ? Un de mes collègues, qui est professeur dans une faculté de médecine réputée, devait donner une conférence (sur Ebola et d’autres maladies infectieuses qui plus est !). Son intervention a été annulée. Un autre a décidé de quitter l’Afrique plus tôt afin d’effectuer sa quarantaine à temps pour pouvoir voir sa famille à Noël. Deux autres encore, qui devaient présenter leurs travaux de recherche lors d’une conférence aux États-Unis, ont annulé leur voyage sachant qu’ils ne seraient pas autorisés à quitter l’aéroport. Sachez que pour ces personnes, ces 21 jours sont du temps en plus passé loin de leur famille, de leurs amis et de leur travail. Alors oui, 21 jours, ça peut faire toute la différence.

En revanche, le manque d’information entraîne de graves conséquences. Un expatrié s’est vu refuser de participer au mariage d’un de ses meilleurs amis, un autre a été banni des vacances qu’il avait prévu de passer entre amis et famille, un autre encore sera obligé de retirer son enfant de l’école pendant les 21 premiers jours de son retour. D’autres nous ont raconté qu’ils n’avaient pas dit à leur famille et à leurs amis où ils étaient en mission pour éviter de les inquiéter. Nous sommes nombreux à avoir reçu des emails nous demandant de rentrer à la maison. Il est difficile de trouver des gens prêts à s’engager au Liberia.

Dans ce type de missions, la durée d’efficacité au travail d’une personne est limitée. Le voyage et la séance d’information au quartier général durent plusieurs jours. La formation pour pouvoir travailler efficacement et en toute sécurité dans un tel contexte prend du temps, généralement deux jours à Bruxelles et une semaine supplémentaire dans un centre de gestion Ebola auprès de travailleurs expérimentés. De surcroît, ces missions sont plus courtes que d’habitude à cause de leur impact physique et psychologique. Il est difficile de trouver des remplaçants, et il en faut BEAUCOUP. Négliger n’importe lequel de ces points entraînerait INÉVITABLEMENT des risques accrus pour le personnel, ce qui entraînerait des risques accrus pour les autres, qu’ils soient chez eux ou à l’étranger. Imposer une quarantaine de 21 jours aux individus sains ne fait qu’augmenter la pression.

La réalité, c’est que nous avons besoin de travailleurs humanitaires, mais que ces derniers doivent également rentrer chez eux. Nous sommes TOUS d’accord sur le fait qu’il faut isoler rapidement les malades. Alors où tout cela nous mène-t-il ?