Groupe de champs
La sécurité d'abord

Ici, on dit souvent : « si tu ne sais pas quoi faire, lave-toi les mains »

Le virus Ebola fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps, ce qui inquiète mes amis et mes proches qui me demandent comment je me protège du virus...

Pour le moment, le programme dans lequel je travaille n'implique pas la gestion des patients atteints d'Ebola. Les risques encourus sont donc différents. Ils sont liés à l'interaction avec des personnes pouvant être infectées, mais le cas échéant, qui n'en sont qu'au premier stade de la maladie. Ces personnes peuvent donc être fiévreuses, mais elles se sentent suffisamment bien pour travailler. Puisque nous ne pouvons pas savoir de prime abord qui est porteur du virus, nous surveillons la température de quiconque entre dans nos locaux afin d’identifier les cas de fièvre. Je m'habille avec des vêtements de travail normaux (t-shirt MSF, treillis et bottes) et ne porte pas d'équipement de protection personnelle. De plus, tous les expatriés prennent leur température deux fois par jour. 

Notre protection se fait à d’autres niveaux : pas de contact humain, maintien d’une distance de sécurité avec les autres, lavage fréquent. Ce sont des mesures plutôt simples, mais elles sont strictement appliquées, tout le temps, par tout le monde et pour tout le monde. Nous évitons tout contact avec les autres pour prévenir l’échange de fluides corporels, comme la sueur (il fait très chaud ici au Liberia). Il n'y a pas grand-chose à dire de plus, si ce n'est qu'il faut idéalement veiller à maintenir une distance de sécurité de 1,5m avec les autres. Cette mesure est un peu plus difficile à appliquer dans la réalité, mais nous faisons le maximum. Quand nous croisons quelqu'un dans l'escalier, par exemple, nous nous écartons pour le laisser passer. Nous disposons les chaises à une distance raisonnable les unes des autres pendant les repas et les réunions. Tout cela permet d'éviter d'échanger des fluides, comme des gouttelettes de salive projetées involontairement en parlant. Oh, et nous ne partageons pas nos verres et nos couverts, mais c'est une question de bon sens.

Enfin, il existe des stations de lavage des mains à base d'eau chlorée à 0,05 % partout dans le centre. Depuis la porte de ma maison, j'en vois neuf. Je me lave les mains et les bras toute la journée, et évidemment, après tout contact accidentel avec une autre personne. Tous les expatriés et les nationaux le font et s'encouragent à le faire les uns les autres. Ici, on dit souvent : « si tu ne sais pas quoi faire, lave-toi les mains ». Cela permet de se rappeler ce que l'on était censé faire. J'ai toujours une solution hydroalcoolique (contenant 70 % d'alcool) en poche au cas où je n'ai pas accès à une station de lavage à proximité.

Chaque fois que quelqu'un arrive au centre (qu'il s'agisse d'un invité, du ministre de la Santé, d'un travailleur quotidien ou d’un expatrié d'une autre section MSF), le personnel pulvérise de l'eau chlorée à 0,5 % sur les semelles de ses chaussures et prend sa température (avec un thermomètre sans contact). Si la personne arrive en voiture, on pulvérise les poignées de porte et les roues. Un jour, je crois bien qu'on a pris ma température plus d'une douzaine de fois (sans rire) à cause de mes multiples allées et venues à l'entrepôt.

Deux autres éléments importants à propos d'Ebola : le virus est fragile et ne survit pas à la lumière du soleil, c'est pourquoi nous faisons sécher notre équipement (bottes, tables, etc.) à l’extérieur en plein soleil après l’avoir nettoyé à l'eau chlorée. Enfin, Ebola ne résiste pas à un bon nettoyage à l'eau et au savon. Alors si vous n'avez pas d'eau chlorée à portée de main, le savon ou une solution hydroalcoolique contenant 70 % d'alcool sont des alternatives simples.

Pendant les activités de distribution, nous sommes en contact avec des foules immenses. C'est également le cas quand nous nous rendons en ville pour évaluer un fournisseur ou participer à une réunion avec des responsables locaux. Ces déplacements sont plus risqués, car nous ne pouvons pas prendre la température de tout le monde. Dans ce type de cas, il faut faire preuve de bon sens en matière de distance de sécurité et de lavage.

Il y a une dernière chose dont je voulais vous parler, mais je ne m’en souviens plus, je vais donc aller me laver les mains et la mémoire me reviendra peut-être...