Groupe de champs
La MedCo en visite

Je pense que le plus beau cadeau pour une coordonnatrice médicale, c'est d'avoir la chance d'aller sur le terrain pour enfin voir, de yeux vu, ce qui se passe sur dans les villages. C'est toujours un peu compliqué ces visites-là, parce qu'elles viennent jamais au bon moment.

Je pense que le plus beau cadeau pour une coordonnatrice médicale, c'est d'avoir la chance d'aller sur le terrain pour enfin voir, de yeux vu, ce qui se passe sur dans les villages. C'est toujours un peu compliqué ces visites-là, parce qu'elles viennent jamais au bon moment. Il y a toujours des réunions de planifiées, des autorités à rencontrer, mais ça vaut tellement la peine.

Du coup, sans crier gare, un avion de la MAF supplémentaire est planifié pour lundi. En fait c'est que nous commençons le démantèlement de la base de Kinkondja, dans la nouvelle province du Haut-Lomami. Nous devons donc rapatrier nos équipes de superviseurs de la campagne de vaccination pour leur permettre une petite pause avant de se lancer pour la prochaine, tout aussi complexe à Bukama.

Alors me voilà invité à passer le week-end à Kipamba, dans la zone de santé de Kinkondja. Après les transferts de bagages et de patients (puisque l'avion nous est venu de Shamwana, notre autre projet), nous sommes prêt pour l'embarquement. Le pilote demande à notre logisticien s'il veut monter à l'avant. Celui-ci décline et souligne mon passé de pseudo-pilote (mon rêve de devenir pilote de brousse dans le Grand-Nord québécois ou même en Afrique n'a pas dépassé le stade de la formation… mais qu'elle expérience!). M'assurant que notre nouvelle infirmière ne désirait pas secrètement passer à l'avant, je me suis finalement installée dans le siège du co-pilote. Que de souvenir, la fatigue du matin s'est vite estompée. 

La radio est débordée de codes et de directions donnés par la tour de contrôle, tous en anglais. Un pilote, qui me semble d'origine indienne parait bien frustré d'avoir été ignoré par la tour, mais que voulez-vous? Tout à l'air de fonctionner partiellement en Afrique, la radio de la tour de contrôle n'échappe pas à cette règle…

Après quelques minutes de vol, je comprends pourquoi mes collègues ont refusé la place devant, ils sont déjà en mode siesta, haaaa! Maintenant je les envie presque. La visibilité est nulle, le temps sec crée une brume qui nous empêche de voir à l'horizon, le pilote m'explique que la vue est à couper le souffle lors de la saison des pluies. Je ne peux que m'imaginer. Malgré tout, près des lacs, j'arrive à voir sous moi, les îles flottantes où des familles s'installent. Il parait que lorsqu'on marche sur ces îles, on a l'impression de marché sur un lit d'eau. Les gens y installent leur maison et vive de la pêche et se “promènent” au gré du vent. Quelques-unes de ces îles n'ont pas bougé depuis plusieurs années.

Enfin, après deux heures de vol, un village se dessine sous nos pieds. Nous survolons la piste pour aviser les gens que l'avion va atterrir, donc pour quelques minutes, ils ne pourront pas utiliser le chemin/piste. Un tour du village, et nous revenons pour la descente finale, un pick-up attend à un bout de la piste et à l'autre, 2 voitures MSF sont là pour nous accueillir. 

Il fait chaud à Kinkonjda en après-midi. Nous restons sur la piste pour le déchargement de l'avion et pour dire au revoir au staff qui déjà rentre vers Lubumbashi. Quelques cris de joie, beaucoup de photos sont reprises, des accolades et des au revoir. 

Tranquillement nous revenons au village avec les cris des enfants tout au long du chemin. Il faut croire que 4 mois de présence ne tariront pas leur joie et leur surprise de voir les muzungus. Pour être honnête, 20 ans de présence en RDC n'a pas réussi à diminuer l'enthousiasme des enfants, alors imagines 4 mois!!!!!

La base est simple mais pratique. Tout y est, chaîne de froid, les motos, l'équipement de vaccination, l’entrepôt de médicament annexé à celui de la logistique, etc. Les radios fonctionnent, internet aussi. Paradoxalement, internet Kinkondja va mieux que celui de la capitale.

Je visite donc l'hôpital où nous prenons en charge les cas de rougeole. Beaucoup de petites vies se sont terminées juste ici. Pour plusieurs raisons, mais les plus brutales pour le staff sont de voir des intoxications par des produits traditionnels ou bien quand les mamans gavent leurs enfants pour accélérer la guérison. Les enfants finissent étouffés et nous sommes incapables de les ranimer. Je ne peux que m'imaginer l'impuissance vécu par les médicaux dans ces cas-là, surtout quand les enfants montraient tous les signes d'une guérison prochaine. Mais bon, il est difficile de se battre contre l'ignorance et je dois dire que les connaissances de base sur la santé sont presqu'inexistantes.

Mais il y a aussi des cas heureux, comme ces petits bout de chou qui mangent doucement leur bouilli, ils n'aiment pas trop les muzungus et me regardent du coin de l'œil un peu méfiants. Mais sans quitter leur cuillère, ils finissent par accepter du moins que je sois près d'eux sans faire trop de chichi. C'est sûr que le manque de stéthoscope autour de mon cou, aide un peu à mon acceptation par la gente 0-5 ans!

Malheureusement je n'aurai pas la chance d'aller sur le terrain, visite éclair du week-end ne le permet pas. Mais j'ai au moins un meilleur feeling de ce qui se passe ici. Surtout de voir l'équipe en vrai, de leur parler et comme je voulais tant, de pouvoir les écouter. Il y avait du même voyage, une nouvelle infirmière qui participera à la prochaine campagne et un logisticien aussi. J'ai pu leur donné quelques recommandations, MAMA MedCo avait son petit mot à dire. J'espère apaisant pour les nouveaux arrivés et encourageant pour les anciens qui viennent de passer quand même quelques semaines éprouvantes, d'autant plus que notre médecins de première mission a fait la campagne malaria et n'est jamais repartie pour compléter celle de la rougeole.

Mais voilà, après plusieurs discussions aussi passionnantes les unes que les autres, il faut déjà que je reparte. Il ne reste plus beaucoup de temps pour la vaccination et on essaie de voir si on a vraiment fait le tour. Une chance qu'il y a Google Earth, le PC a pu faire un “mapping” extraordinaire de la région. Même si on n’a pas pu rejoindre toute cette population migrante, on sait qu'on a visité tous les villages et camps possible. Même, ils se sont fait dire “depuis la création de la terre, c'est la première fois que nous avons la visite de quelqu'un”. Donc pas mal MSF! On a réussi à trouver des locations inconnues de l'administration jusqu'à ce jour…