Groupe de champs
Fièvre jaune, lorsque tu me rejoins
Enfin, la campagne de vaccination contre la fièvre jaune à Kinshasa vient de se terminer, il est maintenant l’heure des bilans. Je suis là, à 9h00 au piano-bar de l’hôtel Palais, là où doit se tenir la réunion de récapitulation sur la campagne.
Enfin, la campagne de vaccination contre la fièvre jaune à Kinshasa vient de se terminer, il est maintenant l’heure des bilans. Je suis là, à 9h00 au piano-bar de l’hôtel Palais, là où doit se tenir la réunion de récapitulation sur la campagne. Comme d’habitude, je suis trop tôt, le proprio me fait visiter les lieux qui le jour me semble un peu glauque. Mais tranquillement l’équipe arrive et je me remets dans l’ambiance de vaccination.
 
J’ai eu la chance à mon arrivée de pouvoir visiter quelques sites de vaccination dans 3 zones de santé de la partie Est de la capitale, mais surtout d’aller à la base de Ndjili, en plein cœur des quartiers où nous vaccinions. Juste pour se rendre sur les lieux, ça prenait un chauffeur aux nerfs d’acier tellement les embouteillages faisaient rage. Je ne sais toujours pas comment ils font pour garder leur air zen, mais ils sont plus précieux qu’on ne le pense. Les chauffeurs à Kinshasa ne sont certes pas du luxe mais une nécessité dans cette ville surpeuplée. Le trafic de Montréal est une course au parc a comparé, même lors des travaux estivales. Ce n’est pas peu dire.
 
Donc, bilan de cette vaccination: il semble que nous aillions vacciné 710 000 personnes sur les 760 000 prévue. Malgré le fait que ce n’est que 10% du total de toute la vaccination dans son ensemble, il n’en reste pas moins que c’est impressionnant. Maintenant, je suis autour de la table pour entende les équipes. Ceux qui ont été sur le terrain pour éteindre les feux au fur et à mesure que les difficultés se sont présentées pour rendre cette large vaccination possible. 
 
En fait, MSF a de l’expérience en vaccination, pas tant dans ce calibre là, mais surtout pas dans les milieux urbains de cette densité vertigineuse. Les LandCrusers n’étaient pas adaptés à ces rues bondées de monde entre les marchés. Un casse-tête pour collecter la gestion des déchets, malgré tout, tout c’est bien déroulé. Mais au prix de plusieurs grattements de tête pour en venir à bout.
 
La vaccination est arrivée trop vite, beaucoup trop rapidement pour faire une bonne planification. Mais est-ce que nous aurons vraiment pu éviter les défis journaliers? Non, probablement pas, il y aurait eu quelques brouilles de toute façon. Néanmoins, tous ont réussi à surpasser leur besoins personnels pour aller de l’avant et réussir une tâche bien difficile. 
 
Une chose est certaine, juste le fait de multiplier le model que nous connaissons n’est pas suffisant, il faut réinventer des positions qui servirons à répondre aux besoins particulier d’un tel déploiement. Plus de 200 personnes dans une école, ça fait du monde à gérer, à nourrir, à loger sans oublier les toilettes, l’eau et les déchets. Ce n’est pas super sexy comme sujet, mais c’est la réalité.
 
Mais pour la chaîne de froid, on a été de l’avant et on à réinventer un peu la roue. Des glacières remplacées régulièrement, chaîne de froid complète pour tous les sites, un bon système de ravitaillement à fait en sorte qu’il n’y a pas eu de manque au niveau vaccinal. Une crainte qui se plaçait dans tous les cerveaux des organisateurs. 
 
Malgré la fatigue et les frustrations du quotidien, je me retrouve entourée de gens qui somme toute, sont satisfaits de leur travail. Presque tous semble dire qu’ils ont l’impression qu’ils auraient pu faire plus, mais de ma vision, ils ont accompli quelque chose de grand. On dira ce qu’on voudra mais chapeau aux équipes. 
 
J’ai surtout senti des critiques constructives pour être en mesure d’apprendre de l’expérience et pourvoir faire encore mieux la prochaine fois. Je suis heureuse de voir qu’ils peuvent en sortir du positif. La majorité a exprimé leur fatigue mais aussi leur satisfaction et ça me rassure. 
 
Pour moi, dans ma position de point focal vaccination, les informations que les équipes venant du terrain m’ont si généreusement partagés sont précieuses. Pour moi, c’est une mine d’or de renseignements pour mieux discuter avec le ministère de la santé et pouvoir bâtir la relation qui bat quelque fois de l’aile. C’est mon job. Mais sans le terrain, je ne peux pas grand-chose et j’en suis consciente, c’est aussi ce qui me nourrit. En espérant que tous ces efforts viendront à bout de cette épidémie en pleine effervescence. En espérant que les congolais pourront souffler un peu face à la fièvre jaune, un répit avant la prochaine épidémie qui arrivera sous peu, on le sait que trop. Et maintenant nous pourrons attaquer la rougeole qui se multiplie dans l’est du pays et le choléra qui se manifeste trop souvent pour ne pas crainte une nouvelle flambée. A suivre…
 
 
*le contenu du blog ne représente aucunement la position de MSF