Groupe de champs
Un petit tour chez le coiffeur et l’aventure peut commencer

Une expérience très enrichissante à observer : le décolorant maison pour transformer les cheveux noirs en tignasse orange brûlé, le lisseur (qui ressemblait à un fer à souder) chauffé sur une bassine d’alcool pur enflammé, l’huile d’olive pure pulvérisée pour lustrer et hydrater les cheveux abîmés !

Addis-Abeba est la capitale de l’Éthiopie. Située à 820 mètres d’altitude, c’est une grande ville qui s’étend à toute vitesse, encerclée par deux montagnes. Il fait assez froid et hier, nous avons eu une averse torrentielle pendant 2 heures environ. Avec de bons gros grêlons. Comme je n’ai que quelques vêtements chauds, j’ai enfilé la moitié de ma garde-robe pour tenir !

Je ne sais pas si c’est l’air qui est plus rare, la pollution plus épaisse ou si les trois pintes de St George, la bière locale, ont fait leur effet mais j’ai eu le plus grand mal à remonter tout en haut de mon hôtel « the face of Addis ». Les immenses dalles de ciment posés à flanc de montagne m’ont paru bien longues. Je me suis sentie toute essoufflée et nauséeuse quand j’ai enfin atteint le sommet. Notre administrateur américain était d’ailleurs assez déçu de cette petite Australienne incapable d’avaler plus de bière, juste bonne à boire de l’eau et à finalement accepter une cigarette.

La ville est un mélange d’ancien et de nouveau, de populations aisées et d’autres qui n’ont rien. Les gratte-ciels, les appartements, les entreprises et les restaurants se construisent à un rythme effréné, pour répondre aux besoins des hommes d’affaires fortunés et de leurs partenaires étrangers. En périphérie, des centaines de bidonvilles en bâche et en tôle ondulée de 2 mètres sur 2 s’alignent et les boutiques proposent leurs maigres atours pour trois fois rien. Le salaire journalier moyen à Addis est de 30 Birr, soit environ 1,50 dollar australien (soit 1,20 euro). Au « supermarché », le journal quotidien coûte 55 Birr.

Les rues sont pleines de vieilles voitures des années 1970/1980, qui expulsent leurs crachats de fumée noire tandis qu’elles se faufilent dans la ville embouteillée. Elles circulent à droite et le volant est à gauche, et je n’arrête pas de vouloir m’asseoir à la place du conducteur. L’air est vraiment très pollué par les gaz d’échappement.

Comme on m’a laissé un peu de temps libre, j’ai erré dans les rues sales et jonchées de déchets et je me suis dégoté un coiffeur. Dans la boutique de 3 mètres sur 3, j’ai fait dompter ma chevelure sans dessus-dessous à grand renfort de gestes et de mimes, car la seule langue parlée était l’arabe. Au bout de 2 heures et demie, la coiffeuse m’a facturé 30 birr. J’ai réglé 55 et nous étions toutes les deux contentes !

Une expérience très enrichissante à observer : le décolorant maison pour transformer les cheveux noirs en tignasse orange brûlé, le lisseur (qui ressemblait à un fer à souder) chauffé sur une bassine d’alcool pur enflammé, l’huile d’olive pure pulvérisée pour lustrer et hydrater les cheveux abîmés ! Les clients apportaient avec eux leurs shampoing/après-shampoing et se faisaient laver les cheveux par un pichet versé au-dessus d’un seau. Autant d’aspects intéressants et qui font partie de l’aventure ! Bon d’accord mes cheveux ont peut-être l’air ridicule mais au moins ils sont domptés, faciles à coiffer, bien plus cool et j’espère garantis anti-poux !

Nous avons donc quitté l’aéroport à 5h45 du matin et nous étions prêts à embarquer à 6h45 (la sécurité est assez rigoureuse, ici, on passe même à travers un détecteur de métaux et on se fait fouiller quand on entre dans un pub/bar/restaurant ou au cinéma). Malgré notre arrivée anticipée et notre embarquement prévu à 7h15, nous n’avons décollé qu’à 10h30 ! N’oublions pas ce que j’ai dit sur le rapport au temps ici. Au moins, le jour était le bon, en 2004 !

Le vol s’est plutôt bien passé, sauf à un moment où j’ai cru que j’allais y passer. Heureusement un pauvre gars pas loin de moi était complètement flippé, et j’ai réussi à me calmer en essayant de le rassurer. Comme le dit si bien notre pharmacien sud-africain : mieux vaut s’écraser dans un petit avion, ils sont beaucoup plus faciles à maîtriser que les gros. Très rassurant, merci beaucoup !

Bref, nous avons atterri sans souci sur une mince piste de poussière rouge digne du bush, qui m’a beaucoup fait penser au nord de l’Australie. Surprise à la descente de l’avion : température de 43 degrés, une vraie fournaise. Nous avons dû attendre nos bagages sur le tarmac. Avant de les décharger nous-mêmes et d’avancer vers la voiture (je transporte 50 kg depuis Paris, car ils m’ont donné une valise aussi grosse que mon sac à dos à emporter à Mattar).

Il y avait environ 20 range rover/land cruisers des Nations Unies et d’autres ONG sur le parking, mais bien entendu MSF avait le minivan tout pourri, sans clim’ ni suspension ! Il y faisait chaud comme dans un four. Les 17 km jusqu’à Gambella n’ont pris que 30 mn, ce qui n’est pas si mal, comparé aux routes sri lankaises !

Le long du chemin, nous avons croisé des autochtones qui faisaient du charbon de bois en enterrant du bois sous des monticules de déchets surplombés d’un feu. De nombreux sacs de bois carbonisé s’alignaient aussi sur le bord de la route. En périphérie, un camp de réfugiés abritait des milliers de Soudanais du Sud amassés sous des arbres et des arbustes, les enfants criaient et faisaient de grands signes, de grands sourires accrochés au visage. C’est là que mon excitation à l’idée de cette nouvelle aventure a carrément grimpé d’un cran.