Groupe de champs
Toute petite planète

Un endroit où les femmes s’affairent à leurs tâches quotidiennes du lever au coucher du soleil, et où les hommes mâchent du Khat tels des boucs partis pique-niquer.

Mon hôtel est somptueux. Il est perché au sommet du cratère qui abrite le lac Bishoftu. Non seulement il est très luxueux, mais comme ils n’avaient plus de chambre simple, ils m’ont mise dans une suite au dernier étage ! La vue est fantastique, l’eau chaude et la baignoire sont un cadeau du ciel et le lit, un nuage de douceur XXL. J’ai passé ma meilleure nuit depuis des mois et je me suis même octroyée plusieurs siestes. Le restaurant est plutôt pas mal même s’il n’y a pas beaucoup de choix. La ville est pavée grâce à un financier allemand et elle s’étend au milieu de cinq lacs volcaniques.

Niveau shopping et restaurants, il n’y a pas grand chose à faire mais je suis allée au Kiriftu Resort and Spa hier, j’ai pris un déjeuner délicieux avec vue sur le lac Kiriftu, dans un hôtel très rustique et hallucinant, avec des tables et des chaises en bois sculptées à la main, qui font penser aux Vikings, des bâtisses en énormes pierres bleues avec de magnifiques plafonds de bambou tissé qui s’étendent sur une portée de 20-30 mètres. Je me suis offert un fantastique massage suédois, j’ai rencontré une autre touriste avec qui j’ai fait vaguement connaissance, je n’ai pas retenu son nom mais elle m’a dit qu’elle travaillait au Tchad pour l’UNICEF. C’était chouette de parler à une autre anglophone. Après mon massage, je lui ai laissé un message pour savoir si elle voulait qu’on se retrouve en ville pour se balader ou déjeuner. Je l’ai également rassurée sur le fait que je n’étais pas une psychopathe mais comme je me suis moi-même fait peur en me voyant dans le miroir, je ne suis pas très surprise qu’elle n’ait pas appelée. Quoi qu’il en soit, je suis rentrée puis j’ai pris un long bain, j’ai inondé la salle de bain et j’ai commandé un burger à déguster dans ma chambre.

Je suis allée me balader en ville, j’ai pris un délicieux café latte et une part de vrai gâteau à l’hôtel international Tommy’s puis je me suis promenée le long des ruelles pavées. Je suis tombée sur un magasin qui proposait des vêtements traditionnels et j’ai acheté quelques étoles. J’étais dans une boutique quand un homme a fait irruption ; il était manifestement à côté de ses pompes et sous l’emprise des amphétamines locales, le Khat. Je l’ai ignoré et un autre gars est entré et l’a éjecté. 500 mètres plus loin, j’ai eu le sentiment qu’il y avait quelqu’un derrière moi : le même gars qui bavait entre les rares dents noires qui lui restaient. « Argent, donne l’argent », disait-il en tendant la main. Je lui ai demandé de partir et j’ai traversé la rue. Peu de temps après, j’ai senti une secousse et je me suis retournée : le gars grimaçait largement en agrippant mon sac à dos. Sans réfléchir une seule seconde, je lui ai flanqué une beigne, je lui ai hurlé de ficher le camp et de me laisser tranquille. Il est tombé sur le derrière et tenant sa mâchoire pendant que je traçais mon chemin jusqu’à l’hôtel. Quand je me suis retournée pour jeter un œil, plusieurs personnes étaient venues à sa rescousse et l’aidaient à se relever. Personne n’est venu me demander comment j’allais ! Me voici de retour à l’hôtel, et je ne serais pas étonnée que la police frappe bientôt à ma porte pour m’arrêter !

J’ai fini par dire au revoir à Debre Zeyit, cette ville montagneuse aux rues et aux ruelles pavées, cernée de lacs volcaniques, où la brume émerge de la terre chaude et rencontre la fraîcheur du ciel dans des vapeurs qui englobent la ville comme un voile de ouate. Une ville où les jeunes filles habillées en vêtements bling-bling à l’occidentale courent à côté de leurs mères pour garder la forme. Où les jeunes gens traînent en bandes, les plus vieux jouant au ping pong sur le trottoir, les plus jeunes faisant claquer des fouets faits de longues herbes recouvertes de métal. Un endroit de bains chauds, de lits moelleux, de massages suédois, de mets raffinés, d’électricité quasi permanente et d’internet à peine spasmodique. Un endroit où les femmes s’affairent à leurs tâches quotidiennes du lever au coucher du soleil, et où les hommes mâchent du Khat tels des boucs partis pique-niquer.