Groupe de champs
Tempête sur le fleuve

Ça y est, enfin, c’est dimanche ! La fin d’une autre semaine captivante et épuisante. Le coordonnateur de projet et le logisticien ne sont pas là et bien entendu tout est parti en vrille en leur absence.

Ça y est, enfin, c’est dimanche ! La fin d’une autre semaine captivante et épuisante. Le coordonnateur de projet et le logisticien ne sont pas là et bien entendu tout est parti en vrille en leur absence.

Lundi, nous nous sommes tous réunis à 7 heures du matin, nous avons chargé le bateau et nous nous sommes mis en route pour charger la voiture et rejoindre Pul-Deng. Étonnamment, l’ensemble de l’équipe est arrivé à l’heure et le chauffeur était avec nous, un nouveau gars d’Addis, très sympa mais pas habitué à la terrible boue de Mattar. Une fois la voiture chargée, nous avons roulé 10 mètres avant de nous retrouver embourbés jusqu’aux portières ! Au bout d’une heure et demie, nous avons été remorqués par un camion et nous nous sommes mis en route pour Ninenyang pour un brief sécurité.

Une autre heure et demie plus tard, nous sommes arrivées en vue d’une foule incroyable ! Des centaines de gens sur la route, sous un arbre et dans chaque bâtiment de l’école nous attendaient !

Nous avons passé une demi-heure à construire des barrières, délimiter les zones interdites et nous installer. Puis nous avons réuni tout le monde dans la zone de tri et nous avons fait de la pédagogie pendant 20 minutes. Certes, nous avons débuté plus tard, mais cette petite session d’initiation médicale nous a grandement facilité les choses car nous avions un ordre de priorité. J’avais des tickets de tri numérotés de 1 à 300 et je les ai distribués par priorité de besoin clinique. Nous nous sommes donc finalement mis au travail de manière bien plus ordonnée que la semaine précédente. À nous trois, nous avons examiné 284 patients avant 16 h. Nous avons transféré deux gamins, un avec un abcès au visage et l’autre très malade et gravement malnutri. J’ai également envoyé à Gambella un autre gamin avec un insecte coincé dans l’oreille.

La journée s’est donc plutôt bien déroulée jusqu’à ce que nous revenions, et qu’AUCUN bateau ne nous attende. Au bout d’un moment, le bateau est arrivé, mais sans logistique, aussi la pauvre équipe a dû décharger tous les équipements ainsi que les énormes sacs d’approvisionnement des dispensaires, des réservoirs d’oxygène, et des barils d’essence, les transporter sur une centaine de mètres avant de les charger dans le bateau qui était haut d’environ 1,5 mètre ! Nous étions littéralement vannés et je suis allée me coucher tôt en prévision d’un nouveau départ à 6h le lendemain matin pour Jikow.

Étonnamment, l’équipe est arrivée relativement dans les temps et bien disposée, tous nous ont aidés à charger le bateau et nous sommes partis à l’heure avec un patient et son aidant qui rentraient à Nyawech. Nous sommes arrivés en deux heures et demie – un nouveau record !

La clinique a commencé comme d’habitude mais très vite un grand nombre de nouveaux sont arrivés, qui avaient emménagé à cause de la saison humide. Là encore nous avons été débordés et nous sommes arrivés à cours de médicaments, tests du paludisme, etc. car nous n’avions pris que le volume habituel. Nous avons reçu 15 nouveaux patients anténataux, deux gamins gravement atteints de malnutrition et un nouveau lépreux. Nous nous sommes mis en route à 15h30 avec un jeune patient souffrant du VIH et de la tuberculose, qui ne voulait vraiment pas venir avec nous mais qui avait besoin de soins.

Au bout d’environ 5 minutes de trajet, tout le monde s’est agité et a enfilé son manteau, etc. « Qu’est-ce qui se passe ? », ai-je demandé. « Il y a une grosse averse qui se prépare ». Une grosse averse ? Tu parles d’un euphémisme. En deux temps trois mouvements, le fleuve s’est métamorphosé, le courant, qui nous entraînait d’habitude, s’est retourné contre nous. Un vent sauvage a fouetté l’air tandis que la pluie commençait à nous cingler sauvagement. D’énormes paquets d’eau s’abattaient contre le bateau et l’agent sanitaire comme moi, qui étions à l’avant, avons été trempés en un rien de temps et nous retenions notre souffle à chaque fois qu’une vague nous frappait avec une force équivalente à celle de seaux de 20 litres qui vous arriveraient au visage à pleine vitesse ! Le vent s’engouffrait sous le toit de toile, menaçant de nous faires basculer à l’envers ou sur le côté ou du moins de faire s’écraser les mâts métalliques qui grinçaient au-dessus de notre tête.

Incroyable ! Je n’avais jamais rien connu de tel avant et j’avais véritablement l’impression d’être en pleine mer au cœur d’une tempête. En quelques minutes, le bateau avait engorgé beaucoup d’eau alors nous nous sommes rapprochés de la rive la plus proche pour écoper. Heureusement, nous étions désormais au Soudan du Sud aussi nous captions le réseau. Des jeunes gens sur la berge ont retenu notre corde tandis que nous nous démenions pour renflouer le bateau.

J’ai appelé la base pour leur annoncer que nous avions un problème et que nous aurions au minimum du retard. Nous nous sommes remis en route mais là encore l’eau a pris le dessus et nous avons très vite dû rejoindre la rive. Trois d’entre nous sont sortis sur la berge glissante et boueuse pour essayer de maintenir le bateau en place pendant que nous tentions d’écoper le plus gros. Heureusement, il faisait trop froid pour les crocodiles et ils étaient dans l’eau ! Il a fallu que les gars déploient toutes leurs forces pour nous maintenir, l’écume et le courant se déchaînaient, les vagues s’écrasaient contre la coque d’aluminium du bateau, qui ressemblait de plus en plus à un cheval de rodéo. Les vents violents et les pluies torrentielles nous cinglaient dans un déluge de météo africaine plus que sauvage.

Aussi vite qu’elle avait commencé, la pluie a cessé, comme si quelqu’un avait actionné un interrupteur. Au bout d’une demi-heure environ, le vent est tombé, l’eau s’est calmée et la pluie est partie. Nous avons passé du temps pour réparer le bateau et réamarrer les équipements. Nous avons tous commencé à rire : et maintenant ? Chaque fois que nous venions à Jikow, quelque chose se produisait ! Nous étions complètement trempés et nous avions froid car le vent soufflait sur nos vêtements et nos cheveux mouillés. Mais nous étions en vie et en route pour chez nous ! Et le pauvre patient qui ne voulait vraiment pas venir au début ? Je peux vous garantir qu’il n’était vraiment pas content du tout d’être venu ! La fatigue extrême et le fait que nous ayons échappé au pire faisaient que nous ne pouvions nous empêcher de sourire ou de rire nerveusement chaque fois que nous croisions le regard d’un autre membre de l’équipe.

Quand nous sommes arrivés, la nuit était tombée. J’ai songé à embrasser le sol mais avec la boue de Mattar je me suis contentée d’embrasser la barrière ! Le reste de l’équipe d’expatriés nous a salués avec des « Youpi ! » et autres embrassades. Notre cuistot bien-aimé m’a regardée et est allé mettre la bouilloire sur le feu pour faire du thé. J’ai déballé l’ensemble des équipements qui étaient gorgés d’eau et je les ai mis à sécher. J’ai remballé mes caisses pour le lendemain et je suis allée me doucher. J’avais tellement froid que même la douche froide m’a semblé chaude !