Groupe de champs
Serpent sournois

J’ai tenté de le frapper avec ma torche pour : A : le tuer ou B : lui faire faire demi-tour.

C’est déjà dimanche ! Vendredi soir, aux alentours de 23h, j’ai aperçu un petit serpent noir qui se faufilait dans ma hutte par la porte ouverte. J’ai bondi et j’ai tenté de le frapper avec ma torche pour :
A : le tuer
ou
B : lui faire faire demi-tour.

Je ne voulais pas le quitter des yeux (pas d’électricité ni de lumière dans les huttes) mais il s’est glissé dans un petit trou de 5 cm à côté du chambranle de la porte ! J’ai crié SON SON (serpent, en Nuer) mais aucun garde n’a bronché, sans doute dormaient-ils. Depuis les chambres, quelqu’un a lancé « qu’est-ce qui se passe, Kate ? » et j’ai hurlé : « y a une saleté de serpent dans ma hutte ! ».

Les huttes sont d’abord construites avec des bambous et des bâtons pour l’armature puis plâtrées avec un mélange de bouse de vache, de paille et de boue. La boue avait commencé à s’effriter à de nombreux endroits, notamment autour de la porte et c’est exactement là que mon nouvel ami s’est niché. Les autres sont sortis pour me soutenir psychologiquement et notre logisticien a frappé la hutte avec un bâton. Nous avons trouvé un petit trou de la taille d’une pièce de 50 cents qui partait directement de l’extérieur jusque sous le mur. Et comme il n’y avait nulle part ailleurs où dormir sinon sur le sol dans l’une des autres chambres, j’ai décidé de me tapir sous ma moustiquaire. Ce n’est pas que je me faisais du souci par rapport à ce petit serpent mais je me demandais où était sa mère et j’étais certaine qu’il avait des tas d’amis là d’où il venait ! J’ai bien sûr très mal dormi, et des hordes de pythons, d’anacondas, et de diverses autres saletés m’ont pourchassée dans mes rêves tandis que je m’imaginais être de nouveau coincée à Jikow. Bref, je n’ai dormi que d’un œil en scrutant l’obscurité. La dose hebdomadaire de Mefloquine [médicament antipaludéen] que j’ai prise cette nuit n’a manifestement pas aidé.

Debout à l’aube, j’étais épuisée, mais j’avais besoin de préparer la session de formation prévue pour les travailleurs de Health Extension. Ils assurent le suivi et aident à l’éducation et à l’enregistrement pour les cliniques mobiles.

J’ai demandé à plusieurs gardes comment faire sortir le serpent du mur de la hutte et tous m’ont confirmé que le meilleur moyen était de brûler des pneus, la fumée le ferait sortir. Super. Alors le propriétaire du terrain est venu et m’a accompagné pour inspecter les lieux. Il a soulevé le matelas sur lequel j’avais marché pieds nus mais a poussé un cri et l’a refait retomber aussi sec car il y avait un petit serpent noir juste dessous. J’ai pris mes jambes à mon cou et je me suis enfuie de la hutte. Il y est retourné avec un bâton et a frappé le matelas. Le serpent n’était toujours pas mort et il a dû s’y reprendre à de nombreuses reprises avant qu’il arrête enfin de gigoter. Mon Dieu, il y a sans doute tout un nid là-dedans !

C’est alors que mon traducteur est arrivé et nous a dit que c’était un cobra noir. Très dangereux ! Apparemment, ils peuvent piquer des deux côtés ! Alerte, alerte : j’ai besoin d’Internet pour vérifier mais plusieurs personnes m’ont confirmé que la piqûre de la queue est encore plus dangereuse que la morsure de la tête. Est-ce que quelqu’un peut aller voir pour moi sur Google ce qu’ils disent sur le cobra noir d’Afrique et me l’envoyer par mail ? Bref, c’était mes aventures d’hier soir. Jamais le temps de m’ennuyer. J’ai désormais emménagé dans la hutte du coordinateur du projet car il est parti aux États-Unis pour deux semaines et la mienne est en cours de fumigation : brûler des pneus et des racines locales devrait éloigner les serpents de mon mur et du camp. Super. Mes promenades nocturnes deviennent encore plus passionnantes.