Groupe de champs
Le retour du fromage

Les expatriés étaient aux anges et deux des garçons ont promis d’épouser l’expéditrice.

Notre cher coordonnateur terrain est tellement jaloux de toutes mes aventures qu’il ne veut plus en entendre parler ! J’ai vraiment beaucoup de chance. C’est la mission la plus fascinante, étonnante et reculée sur laquelle j’aurais jamais pu être envoyée. Cette culture traditionnelle et l’isolement absolu sont des opportunités qui n’arrivent qu’une fois dans une vie. À part nos approvisionnements, l’électricité et notre propre technologie, c’est comme si nous vivions il y a un millier d’années.

Ces quelques derniers jours, quand je m’assois avec mon café et une cigarette en surplombant la rivière, j’aperçois un homme nu comme un ver, paré seulement d’une ceinture garnie de perles, qui s’accroupit et rampe à travers les herbes hautes de l’île, une lance à la main. Je pense qu’il chasse les varans qui pullulent sur l’île car, à part ça et plusieurs types d’oiseaux, j’ai rarement vu autre chose sur l’île.

La rivière n’est plus qu’à trois mètre du sommet des berges désormais. Cela ne fait que deux mois que je suis ici mais son niveau est monté de sept mètres. Elle marque vraiment la vie des gens d’ici : ils se baignent, boivent, cuisinent, lavent, pêchent, jouent et voyagent avec le fleuve. Chaque matin et chaque soir, les adultes viennent, se déshabillent et se baignent jusqu’à être complètement blancs de savon, puis se rincent dans les eaux brunes, lavent leurs vêtements et leurs casseroles, et remontent se rhabiller avant de retourner rejoindre leur hutte avec leurs casseroles, leurs vêtements ou leurs bidons sur la tête. Les plus jeunes, âgés tout au plus de trois ou quatre ans, de très bons petits nageurs, passent des heures à sauter, à faire des galipettes et à nager. C’est leur vie et cela fait des milliers d’années qu’il en est ainsi. C’est absolument incroyable d’en faire partie.

La clinique de Nyawech de vendredi a été quelque peu désorganisée car deux de mes quatre acolytes ne sont pas venus. Mais les enfants étaient géniaux, ils criaient, souriaient et applaudissaient quand nous sommes arrivés, ils ont transporté nos équipements dans la tente qui gisait sous un nuage de poussière à cause de leur remue-ménage. Pendant que nous travaillions, des gamins sont venus en criant « kiwai, kiwai » et comme je ne leur prêtais pas attention ils ont entonné « Kit, Kit football ». Avais-je bien entendu ? Ils m’appelaient par mon prénom plutôt que par le terme kiwai [étranger], c’était fantastique ! Quoi qu’il en soit, je leur ai dit que je travaillais car les filles me réclamaient aussi mais j’ai fait une petite partie avec eux avant de repartir et de les laisser souriants et tout heureux.

J’ai acheté un énorme poisson de six kilos pour 50 birr. Le prix annoncé était 40 mais je n’avais que 50 alors on m’a demandé 35 ! J’ai laissé 50 et le poisson a suffi à nourrir deux fois toute l’équipe ! La moitié nous attend dans le réfrigérateur pour le dîner de demain.

Vous ne devinerez jamais ce qui est arrivé. Kirsten est venue m’annoncer qu’il y avait quelque chose pour moi dans la pharmacie : une boîte avec mon fromage !!! Il était arrivé la veille et avait été entreposé dans le cellier (un abri en tôle). Heureusement, il y avait des packs de glace fondus autour alors il n’était pas trop chaud (il fait plus de 40 degrés aujourd’hui). Il y avait aussi des babioles, des centaines de ballons, des jouets pour les gamins, des soupes, des cubes de bouillon, du chocolat, des olives, des herbes et des épices et donc ce magnifique et énorme morceau de brie ainsi qu’un large assortiment de fromages français ! Joyeux Noël ! Les expatriés étaient aux anges et deux des garçons ont promis d’épouser l’expéditrice. Merci à elle, effectivement ! Nous avons organisé une petite fête pour célébrer l’absence de sauce tomate pendant toute une semaine !