Groupe de champs
La vie sauvage

À part Betty, l’iguane de deux mètres et ses bébés de quelques centimètres, nous avons aussi Janet.

Demain, nous sommes supposés aller à Nyawech, mais pour cela nous devons traverser la rivière. Lundi dernier, mon traducteur a traversé à gué et l’eau lui arrivait sous les genoux à l’aller et jusqu’aux cuisses au retour, nous sommes donc obligés de prendre le bateau. Ceux-ci devraient arriver cette semaine donc pour l’instant nous allons passer la journée à monter les tentes et nous assurer que tout est propre et bien rangé.

Les personnels éthiopiens venus ici pour la dernière saison des pluies m’ont dit qu’à de nombreuses reprises on reste bloqués et qu’on doit camper pour la nuit. Apparemment, les bateaux cassent, passent sur des filets de pêche qui s’enroulent dans les hélices, etc. alors ils restent de nombreuses nuits sur les bords du fleuve à attendre les réparateurs ou de l’aide. Comme il nous est interdit de circuler la nuit, s’il faut attendre de l’aide, elle ne vient pas avant le lendemain. Génial. Je n’ai pas vraiment souvenir d’avoir lu ça dans mon descriptif de poste.

Donc nous avons cinq tentes, que nous devrons transporter ainsi qu’un kit de survie avec de l’eau, des biscuits et ma canne à pêche. D’après l’équipe, la rumeur sur les anacondas est fausse, ce ne sont pas des anacondas mais des PYTHONS !!! Oui, assez gros pour dévorer un buffle. Et apparemment l’année dernière le bateau a été attaqué par un croco ! Ils viennent avec la pluie, et apparemment il y en a vraiment beaucoup…

Nous avons commencé à observer quelques morsures de serpents dans les cliniques et au centre médical, principalement des vipères, et il y a deux sortes de cobras : le cobra noir et le cobra royal. La plupart mordent la nuit et ils adorent la chaleur et le confort des hommes endormis…

En ce moment, notre campement est couvert d’herbe car le toit des huttes est en cours de rénovation, c’est un sacré bazar et cela pose problème pour se déplacer de nuit.

L’autre nuit, quelque chose m’a frappée à la tête pendant que je dormais. Comme j’ai déjà vu des rats dans ma hutte, j’ai cru que c’en était un mais la deuxième fois il m’a tapée à la nuque à travers la moustiquaire. J’ai hurlé comme une gamine et Jean-Baptiste est venu à ma rescousse. Il m’a trouvée à quatre pattes au milieu de mon lit, et je peux vous dire que je n’avais pas du tout envie de sortir de ma moustiquaire. Ensemble nous avons inspecté la chambre et nous avons découvert qu’un morceau du plafond s’était décollé et que le mur de boue présentait un gros trou. Il n’empêche, nous n’avons rien trouvé et nous nous sommes dits qu’il devait s’agir d’une chauve-souris. J’étais embêtée de ne pas savoir ce que c’était. Comme la chose m’avait tapée deux fois, ça ressemblait à une attaque en règle ! Je vais emménager dans ma nouvelle hutte quand sa rénovation sera terminée car elle dispose d’une meilleure aération. Et surtout, sa porte ferme correctement ! Cela dit, je pense que je suis bien plus en sécurité sous la hutte que sur les rives du fleuve Baro, dans une canadienne fragile, en compagnie des pythons, des crocodiles et de six hommes mastoc qui ont plusieurs femmes qu’ils ont achetées contre une vache.

À part Betty, l’iguane de deux mètres et ses bébés de quelques centimètres, nous avons aussi Janet. Il s’agit d’un chat sauvage, à la fourrure semblable à celle du léopard, avec une longue queue mais je ne l’ai pas encore vue. Pauvre Suzanna, notre docteure, il y en a un qui fait ses besoins dans sa cuvette pour les pieds toutes les nuits ! Je trouve que ça porte bonheur, mais elle ne semble pas vraiment de mon avis. Ces chats mangent des rats et des souris ET des volailles, alors j’enferme ces dernières dans la vieille douche toutes les nuits. On a même eu nos premiers œufs ! Ce sont de bonnes poules qui méritent largement leur salaire !