Groupe de champs
En route pour Jikow

Nous nous installons sous un immense et magnifique manguier où plus de 100 personnes nous attendent déjà.

Nous voici donc en route pour Jikow, lieu de la clinique la plus éloignée et la plus fréquentée, que nous visitons donc deux fois par semaine en raison de l’affluence.

Partis vers 7 heures, nous nous arrêtons dans un village du nom de Nib Nib pour rencontrer le Chef Kebele. Il est le chef de 17 villages et réside dans une hutte tout confort avec une coupe en or ! Une fois présentés, il me donne la permission de travailler dans son Kebele, plus petite division administrative en Éthiopie. Je dois le rencontrer avant chaque clinique à Jikow pour écouter tous les problèmes, discuter de nos activités et être informée de toute question liée à la sécurité car nous sommes littéralement à la frontière avec le Soudan du Sud. De fait, la tribu Lou Nuer est considérée comme soudanaise malgré le fait qu’elle se déplace avec son bétail et réside des deux côtés de la frontière en fonction de ses besoins alimentaires et des conflits entre tribus.

Nous roulons une heure de plus à travers une grande étendue avant d’arriver à Jikow. Le village se situe sur les rives du fleuve Bora, qui sépare le Soudan du Sud de l’Éthiopie. Il se compose d’une série de parcelles de 4 ou 5 huttes délimitées par de la brande, où le bétail est gardé pour le protéger des pilleurs. De nombreux raids ont été constatés et beaucoup de bêtes sont mortes ces derniers mois. La triste nouveauté est que des femmes et des enfants sont désormais enlevés ou tués. C’est un nouvel aspect du conflit, très problématique.

Nous nous installons sous un immense et magnifique manguier où plus de 100 personnes nous attendent déjà. Tandis que l’équipe déballe, Moctar (que je remplace) et moi faisons une rapide sélection, en marchant à travers la foule et en triant les personnes les plus malades. Nous prenons environ 12 bébés âgés de moins d’un an et nous commençons à les examiner et à les soigner.

J’ai beaucoup appris et j’ai pu mettre en application les aspects cliniques de mon cours de nutrition. La plupart des personnes souffrant de malnutrition souffrent également de marasme, heureusement sans œdème. J’ai aussi appris et effectué des analyses pour le paludisme, la syphilis, la grossesse, etc.

Les examens anténataux et la suture des blessures s’effectuent à l’arrière de la voiture, qui constitue l’environnement le plus intime et le plus propre à notre disposition. Cinq heures plus tard, nous remballons notre matériel, nous le chargeons sur le toit, 6 patients/accompagnants prennent place dans la voiture et nous les ramenons pour les admettre au centre médical. Après 3 heures à saisir des données, je me fais un dîner à base de thé, de pâtes et de sauce tomate, je me douche dans la pénombre et je me glisse dans mon lit, complètement vidée.