Groupe de champs
De retour à la maison

Surprise, surprise !

C’est déjà dimanche, et me voici de retour à Mattar. Je suis arrivée hier après cinq heures de route avec 11 patients et soignants entassés dans la voiture. L’un de nos compagnons de route avait une balle logée dans son humérus droit. C’est incroyable : on lui a tiré dans le milieu du dos et la balle a fait un ricochet sur la tête de son humérus et s’est frayée un chemin à travers en le brisant en plusieurs morceaux pour finir au milieu, le fracturant jusqu’à la tête de l’os. Je trouve cela fascinant et j’ai envie d’en savoir plus. C’est la même chose avec les mines antipersonnelles, on marche dessus avec le pied mais les blessures se propagent et explosent le fémur ou le bassin. Je ne sais pas très bien de quel domaine tout cela relève. La balistique ? Quoi qu’il en soit, je pense que je vais consulter une étude ou un quelconque ouvrage car je trouve cela très intéressant. Bon, revenons à mes moutons, le pauvre bougre a dû se farcir cinq heures de route, ballotté à l’arrière du 4x4 sur une route chaotique. Je lui ai donné un peu de mes antalgiques mais c’est tout ce que nous avions. Le pauvre…

Nous sommes rentrés vers 16h30. C’était chouette d’être de retour et la manière dont les personnels nationaux m’ont accueillie – une poignée de main avec deux ou trois coups d’épaule – indiquaient que je leur avais manqué. Les expatriés étaient tout excités/soulagés de me voir et se sont précipités pour m’expliquer à quel point la semaine avait été terrible, notamment à cause du terrible assassinat de trois de mes cinq poules par la genette. Les fruits et les légumes (bananes, oranges, pommes de terre, carottes et tomates) et les produits frais rapportés d’Addis (fromage, jambon et yaourt) ont agrémenté mon retour et ont largement contribué à redonner le moral aux troupes !

Surprise, surprise ! Ma hutte était presque terminée, avec un toit doublé, un sommier avec des lattes et une nouvelle moustiquaire ! La fête ! La porte ne ferme toujours pas mais elle sera réparée dans la semaine. Une moustiquaire a en outre été installée au-dessus de la porte.

Mes deux poules survivantes, qui avaient fait la misère aux expatriés toute la semaine, refusant de retourner dans leur cage, ont très vite accouru quand je les ai appelées. On m’appelle désormais « La femme qui murmurait à l’oreille des poules ».

Le dîner a été chouette, avec du jambon, du fromage et de l’ananas sur des toasts, suivi d’un film très étrange et perturbant, « The Black Swan », et hop au dodo dans ma hutte toute neuve !

J’ai été réveillée vers 3h du matin par le son du bois de la moustiquaire, griffé et agité, suivi d’un claquement de la porte que j’avais fermée avec le panier à linge. J’ai allumé ma torche mais je n’ai pas réussi à distinguer quoi que ce soit alors je ne me suis rendormie que d’un œil jusqu’à ce que les tambours du dimanche retentissent. À l’aube, l’oreiller sur la tête, je me suis rendormie comme un bébé jusqu’à 9h !