Groupe de champs
Bonnes choses, mauvaises choses

Certains points négatifs survenus cette semaine, quelques points positifs quand même sur ce qui s’est passé cette semaine...

C’est déjà dimanche. J’ai été réveillée à l’aube par le rythme des percussions et des chants. J’ai eu beau chercher à me rendormir, le tambourinement incessant sur les peaux de bêtes a eu raison de mes envies de sommeil.

Une nouvelle semaine s’est écoulée, déjà, avec son lot de nouveaux sons, paysages et aventures en tous genres. La clinique mobile a été très occupée tandis que les gens retournent cultiver le maïs. Partout où nous allons, à pied comme en voiture, il faut prendre garde en permanence à ne pas marcher sur les jeunes pousses. Le fait qu’aucun système ne semble régir les plantations n’aide absolument pas. Des carrés de 5 mètres par 5 au milieu de plaines immenses sont semés sans queue ni tête ni schéma particulier. La plupart des huttes sont cernées de pousses, le sol est cultivé simplement en creusant un sillon à l’aide d’une spatule au bout d’un bâton, la terre est retournée puis un grain de maïs mûr, prélevé directement sur l’épi, est placé dans la terre puis recouvert. Les hommes travaillent nus, et n’enfilent leurs vêtements qu’après s’être baignés dans la rivière à la fin de la journée. Des feuilles d’un vert éclatant se mettent à germer un peu partout, ce qui rend la marche très délicate. Les cultivateurs n’hésitent pas à s’avancer vers vous si vous vous engagez au mauvais endroit et à vous renvoyer dans l’autre sens.

Pour une raison que j’ignore, le niveau du fleuve a grandement baissé et est proche du niveau auquel il était quand je suis arrivée. Nos bateaux sont arrimés à la berge : deux de 4 mètres et un immense cargo de 20 mètres. Manifestement, il n’y aura pas vraiment de quoi s’abriter du soleil ou de la pluie quand nous irons à la clinique mobile. J’ai commandé des bottes en caoutchouc et des ponchos pour le personnel afin qu’ils puissent au moins se protéger de la pluie. La mission est très intense et je me bats pour rester éveillée après 21h30, un record pour moi. Je suis tellement fatiguée. L’un des membres de l’équipe est allé voir le coordinateur du projet pour lui dire que c’était une mission trop éprouvante pour une fille ! Quand il est venu me voir pour en parler, j’ai éclaté de rire. Apparemment, il n’a jamais rencontré d’Australienne avant ! Et puis, à dire vrai, eux-mêmes sont plutôt du genre fainéant. Mardi dernier, à Jikow, il a commencé à pleuvoir et ils ont tous sauté dans les voitures en affirmant qu’il fallait repartir. Une demi-heure à peine après être arrivés ! Sans compter les deux heures et demi de trajet ! Les pauvres patients ont dû marcher des heures et étaient amassés sous les arbres alors je les ai secoués, on a emprunté une hutte et mis en place la pharmacie puis on a effectué les consultations jusqu’à ce qu’il arrête de pleuvoir. Trop dur pour une fille. Non mais et puis quoi encore ! De toute façon, désormais, nous avons toujours nos tentes et notre matériel au cas où nous resterions bloqués. La pluie rend les routes quasi impraticables : elles se transforment en torrents et font de la conduite un sport de glisse. Pour vous donner une image, c’est un peu comme traverser un lac gelé en tongs, on n’avance pas très vite.

Certains points négatifs survenus cette semaine :

  • Avec le niveau de la rivière qui remonte, plusieurs enfants se sont noyés.
  • Avec les travaux agricoles qui battent leur plein, beaucoup d’enfants malnutris ne sont pas venus à la clinique, parce que leur mère est trop occupée aux champs.
  • Le camion n’est toujours pas arrivé d’Addis avec notre matériel médical. Aux dernières nouvelles, il était bloqué avec 9 autres camions sur la route de Mattar.
  • Les murs et le plafond de ma hutte s’effondrent. La porte joue et ne ferme plus comme il faut, de sorte des « choses plus grosses » peuvent désormais pénétrer. L’homme qui refait le toit tarde à revenir maintenant qu’il a été payé. Très mauvaise idée tant que le job n’est pas terminé. La hutte dans laquelle je pensais emménager s’est effondrée avec les dernières pluies, donc il se peut que je doive déménager près des toilettes ! Quelle horreur !
  • J’ai un rat qui habite dans ma hutte et qui dévore chaque soir mes affaires. Cette semaine, il a dégusté mes tongs, mes écouteurs et mes culottes ! Elles sont complètement ravagées !

Quelques points positifs quand même sur ce qui s’est passé cette semaine :

  • L’un de mes premiers cas de malnutrition aiguë, un jumeau, s’est stabilisé et a regagné assez de poids pour être renvoyé en ambulatoire, nous l’avons ramené chez lui cette semaine.
  • Livraison de médicaments pour nos lépreux venus du Soudan du Sud à quatre reprises pour rien. On a enfin pu leur donner de quoi tenir pendant un mois !
  • Suzanna a trouvé du sang partout dans sa chambre et a appelé à l’aide. Quand nous sommes arrivés, Janet, le chat sauvage, était là et j’ai des photos. Elle est magnifique ! Son corps est très long et sa fourrure tachetée comme celle d’un léopard. Sa queue est rayée est aussi longue que son corps. Elle est vraiment très belle et elle est la bienvenue dans ma hutte quand elle veut.
  • Les poules pondent bien – 5 œufs par jour, – elles viennent quand je les appelle ou viennent me chercher quand elles ont faim ! Hier, deux d’entre elles sont venues à l’intérieur me caqueter après. Je me suis levée et j’ai mis un peu de grain dans une tasse et elles ont couru directement jusqu’à leurs cages. Bonnes braves petites poules !
  • J’ai rencontré un gars avec une lance qui m’a montré comment chasser l’impala et un autre type m’a montré comment me servir d’une lance pour pêcher du poisson.
  • J’ai apporté un ballon de football à des gamins à Moun en échange du transport de tout le matériel de notre ancienne base vers la nouvelle (trop boueuse pour êtres utilisée). Et je les ai regardés se faire une partie de foot d’enfer dans la boue.
  • Je suis allée pêcher pas très loin du campement, et j’ai rencontré des gamins qui m’ont demandé un filet après être restés bredouille avec leur canne à pêche. On leur a donné une vieille moustiquaire qu’ils ont traînée dans un sens puis dans l’autre sur le fleuve et en deux temps trois mouvements, ils avaient ramassé la moitié d’un seau de poissons, que j’ai cuisinés avec des chips pour le thé !
  • L’équipe a attrapé le virus du Yahtzee et on se fait une partie ou deux après le thé. Le nom du champion de Yahtzee d’Éthiopie est inscrit sur le mur, de même que le nom et le score de chaque meilleur joueur.
  • Hier soir, nous avons projeté pour le personnel un film sur un grand écran punaisé sur le mur de la pharmacie. On a regardé Je suis une légende et quand le chien aboie dans le film, tous ceux du village s’y sont mis eux aussi et ça a été un sacré raffut. C’était chouette d’être sous le ciel étoilé avec les chauves-souris qui passaient devant l’écran. Ce soir, nous allons regarder Mes meilleures amies. C’est sympa de passer du bon temps avec les personnels locaux et pour certains Nuers, c’était le premier film qu’ils voyaient.

Bref dans l’ensemble, plutôt une bonne semaine. En attendant la prochaine.