Groupe de champs
Bienvenue à Gambella

Me voici donc à Gambella, plate-forme centrale du projet. Si c’est ici que ça se passe, qu’est-ce que ça doit être à Mattar !

Le camp MSF de Gambella est assez classique. 5 salles de bloc de ciment (3mx3m), 4 chambres et une cuisine, et un hexagone de 6 mètres sur 6 en forme de Tukle (la hutte traditionnelle) sous un arbre.  Le Tukle sert de camp de base pour le logisticien américain et les visiteurs qui séjournent ici sur la route de Mattar ou d’Addis. Il inclut des chaises et une table, une télé qui ne fonctionne pas et une connexion internet et téléphone capricieuse. Je pense que c’est là qu’on mange, qu’on boit, qu’on travaille et qu’on se repose. 1/3 du mur est en ciment, le reste en moustiquaire et le toit est en paille. Il y a aussi un ventilateur mais pour l’heure, faute d’électricité, il ne sert pas à grand chose. De petits lézards rouges, gris/jaunes et verts, qui ressemblent à des dragons, se faufilent dedans comme dehors sans se soucier le moins du monde de notre présence. Le coordinateur logistique français qui vient à Mattar pour tenter de réparer 3 des 4 générateurs cassés nous a emmenés déjeuner à l’hôtel du coin. On nous a servi du « Kill Kill », une soupe à base de chèvre avec des pancakes colorés au goût aigre et un bol d’œufs brouillés ! Pas si mal quand on sait que c’est tout ce qu’il y a au menu ! L’hôtel se compose de 5 chambres en bambou fermées sur trois côté de 3 mètres sur 3, avec chacune 4 chaises en plastique et une table. Les boissons étaient glacées – un vrai bonus, et les chats et les poules qui déambulaient sur le sol poussiéreux m’ont rappelé la maison.

Me voici donc à Gambella, plate-forme centrale du projet. Si c’est ici que ça se passe, qu’est-ce que ça doit être à Mattar ! Même pas de toilettes, ça je connais déjà, merci.

Tandis que j’écris ces lignes, un appel résonne depuis la mosquée de l’autre côté de la route (apparemment ils commencent à 5 heures), un âne (il y en a des tas par ici et ils font de très bons animaux de compagnie) brait comme si on lui avait arraché la queue et des milliers d’oiseaux crient dans un chaos impossible.

Après avoir chargé un générateur dans le land cruiser ainsi que 3 caisses de médicaments essentiels, 4 caisses d’équipements logistiques, les valises de 6 personnes et divers autres équipements, 3 d’entre nous s’assoient devant et 4 à l’arrière, dont un patient et un bébé ; et nous voici partis pour 4 heures de route vers Mattar.

Il a plu toute la nuit et des interrogations subsistent quant à l’état de la route mais dans l’ensemble, c’est plutôt correct par rapport au Sri Lanka. La route est nouvelle et a été créée de toute pièce pour permettre le transport des machines agricoles vers certaines des terres les plus fertiles d’Éthiopie. Après 2 heures d’une riche boue rouge, le sol prend des couleurs d’ébène, les parcelles sont labourées à perte de vue. Des tracteurs flambant neufs et d’autres équipements de semis et de récolte s’alignent dans des baraquements sur les terrains loués par le gouvernement aux investisseurs étrangers.

Le long de la route, nous pouvons observer des impalas et des antilopes, ainsi que des phacochères, des babouins et des centaines de chèvres et de bétail. Les garçons à l’arrière s’excitent d’un coup : ils viennent  de voir un énorme lion à la crinière sombre, mais à l’avant nous l’avons apparemment loupé !

Enfin, nous atteignons une zone avec des centaines de Tukles en herbe et de huttes de boue, toutes petites. Après nous être engagés sur une piste poussiéreuse, nous traversons le village de Mattar.

Les gens sont très noirs et très grands. Le front marqué de 6 longues cicatrices tribales, ils arborent des vêtement très colorés. Les enfants à moitié nus nous sourient, font des signes et crient « Kiwoy Kiwoy » (homme blanc) tandis que nous parcourons le kilomètre qui nous sépare du camp MSF. Je me sens soudain toute émue : les gens, la forte odeur de bouse de vache, les environs et la sensation d’y être enfin, ça y est je suis en Afrique, la vraie, terre d’aventures sauvages, de paysages à couper le souffle, d’animaux exotiques, de rythmes et de mélodies. Un rêve qui m’habite depuis toujours.