Groupe de champs
Au fil de l’eau

Je me suis émerveillée de cette perspective différente, les gouttelettes de la proue se mêlant à la pluie, ajoutant encore à mon ravissement.

Aujourd’hui, nous avons effectué notre premier trajet en bateau pour rejoindre la clinique mobile de Nyawech. Nous avons commencé à emballer nos affaires à 7 h, puis nous avons transporté les 4 grosses boîtes de métal à travers le campement jusqu’aux berges boueuses pour les hisser sur le rafiot de 4 mètres. Étant donné qu’il avait plu pendant la nuit et que j’avais le plus grand mal à tenir debout, même avec ma canne en bambou, les gars m’ont portée jusqu’au bateau. Nous nous sommes élancés dans la brume grise du matin, le personnel avait froid et était fatigué et moi j’étais toute excitée de ce nouveau moyen de transport. Le moteur de 45 chevaux s’est mis à rugir, si fort qu’il empêche toute conversation !

En descendant la rivière, nous avons rejoint le grand Baro, bordé de temps en temps de quelques huttes entourant de larges troupeaux de bétail, de chèvres et de moutons. Comme d’habitude, en entendant le grondement du moteur, les enfants couraient vers les berges en faisant de grands signes et en criant Kywai Kywai, de larges sourires brillants accrochés sur leurs petits visages d’ébène. Nous avons dépassé des volées de canards et d’oies sauvages, de hérons, de pélicans et d’ibis sacrés. Aucun crocodile en vue, mais on m’assure qu’il y en a plein. Tandis que l’équipe se pelotonnait pour se protéger du froid du matin (25 degrés), j’ai pris des photos, j’ai filmé et je me suis émerveillée de cette perspective différente, les gouttelettes de la proue se mêlant à la pluie, ajoutant encore à mon ravissement.

Les eaux marron, flanquées de terre brune et rouge et d’arbrisseaux ont débouché sur un fleuve large de 50 puis de 100 mètres au rapide courant brun. Des amas de plantes semblables à des nénuphars flottaient à la surface, entourés de pans d’écume mousseuse et bouillonnante. Quelques poissons de 2-3 kilos sautaient au-dessus de l’eau, l’un d’eux a même bondi dans le bateau pendant que je filmais. Bonus ! Au bout de 2 heures et demi, nous avons dépassé un méandre et sommes arrivés en vue de Nyawech.

Les gamins nous ont repérés à plus d’un kilomètre et se sont mis à grimper sur la falaise pour nous saluer. Il a fallu décharger l’équipement (environ 100 kg) sur la pente escarpée et glissante couverte de boue rouge. Trois semaines se sont écoulées depuis la dernière fois que nous sommes venus, et aucun travailleur de Health Extension n’est venu nous saluer, manifestement ils ne nous attendaient plus et avaient même sans doute abandonné tout espoir de nous voir débarquer. Aucun adulte en vue – tous partis aux champs – juste 45 enfants âgés de quelques semaines à douze ans, et puis bien entendu 500 têtes de bétail attachées à leurs piquets.

Les gens ont commencé à arriver des villages que nous avions dépassés le long du chemin. Les garçons les plus grands, qui nous avaient aidés à décharger le matériel ont été récompensés par un ballon de foot.

J’en ai offert un à chaque visite de clinique et c’est hallucinant à quel point les garçons viennent nous voir pour se faire ausculter et sont miraculeusement guéris dès qu’on leur montre les autres gamins en train de jouer. Il ne me reste plus qu’à trouver quelque chose pour amuser les filles. Je pense que la seule chose disponible et abordable est le vernis à ongles. Je vais sans doute essayer. Elles sont trop occupées à surveiller les bébés, traire les vaches et les chèvres, faire à manger et nettoyer et travailler aux champs, pour apprécier trop de frivolité.

Après 70 consultations, nous avons remballé, redescendu les berges et nous sommes rentrés. J’ai repris ma caméra, l’équipe roupillait malgré le grondement incessant du moteur et boum, nous nous sommes échoués sur un banc de sable ! En fait le chauffeur essayait de contourner un filet de pêche quand c’est arrivé. Les gens sont arrivés en courant et ont montré du doigt les filets étirés précairement entre une bouteille d’eau et une tong déchirée ! Nous nous sommes embourbés avec le bateau ! Encore un morceau d’aventure et j’ai tout filmé ! Nous sommes rentrés tard dans l’après-midi et, comme j’étais à l’avant, j’ai sauté pour sécuriser le bateau sur son amarrage et je me suis retrouvée les fesses en l’air sur ma bonne boue toute gluante de Mattar, incapable de retrouver assez d’équilibre pour me relever. Mes deux pieds refusaient de rester au même endroit, c’était le grand écart assuré.

Une fois mes statistiques saisies, j’ai savouré une bonne bière bien fraîche, une partie de Yahtzee et je suis allée m’écrouler dans mon lit, complètement crevée !