Groupe de champs
Des larmes, en attendant des sourires…enfin je l’espère

Qu'est-ce que cela fait de commencer une mission internationale avec MSF pour la première fois? Jonathan le décrit depuis l'aéroport...

Me voici parti. A mi-chemin entre mon chez-moi, en Suisse, et mon futur chez-moi pour les six prochains mois au Soudan du Sud. C’est dans ce hall d’aéroport d’Addis Abeba, les yeux perdus sur le tarmac d’où les avions décollent pour des destinations qui me sont bien souvent totalement inconnues, que je débute ce que d’autres membres de MSF ont déjà fait par le passé, soit retranscrire mon expérience.

J’ignore si mes récits seront vraiment différents des autres. J’imagine que non. Est-ce qu’ils passeront un autre message ou permettront de cerner d’autres réalités du monde ? Peut-être, qui sait. Mais ce dont je suis certain, c’est qu’actuellement cela me rassure d’une certaine manière, me fait du bien. Et c’est certainement un peu égoïste, mais pour le moment cela me suffit pour m’atteler à cette tâche que j’essaierai tout au long de ces six mois de poursuivre.

Plein de « premières »

Cette mission est une première pour moi. A vrai dire, ce sont plein de « premières » à la fois. Première fois sur le continent africain. Première mission humanitaire. Première fois que je pars aussi longtemps de mon cocon helvétique. Première fois aussi que je fais pleurer de chagrin et d’inquiétude ma mère et ma conjointe à quelques heures d’intervalle. Première fois que j’ai le sentiment de partir pour une cause juste, belle et généreuse.

Mais également première fois où le doute m’envahit à ce point, jusqu’à me demander si les larmes des êtres qui me sont le plus chers seront compensées par des sourires, grâce au travail que fait désormais depuis plusieurs années MSF à Agok. Ajoutez à cela une grand-mère à qui j’ai dit au revoir, mais qui risque de se muer en adieu, et vous obtenez un savant mélange de questionnements et de culpabilité à la fois déroutant et peu aisé à décrire, tant ces émotions se chevauchent constamment.

Un certain égoïsme

On dit qu’il faut un certain égoïsme pour aider les autres. Je crois que je commence à comprendre cette maxime… Parmi cette myriade de ressentiments pas franchement positifs, il y a encore et toujours cette excitation.

Cette attraction peu descriptible qui m’a poussé à postuler pour Médecins sans Frontières, alors même que j’étais conscient des conséquences futures, qui se produisent désormais. Même lorsque les autres émotions s’accentuent par moment, cette volonté d’engagement reprend sa place.

Comme pour me rappeler que ce que j’accomplirai là-bas, aussi modeste ma tâche puisse-t-elle être, permettra à d’autres personnes d’accéder à des soins de qualité et une certaine dignité. Des besoins humanitaires qui se situent bien loin des préoccupations de mon environnement habituel.

Beaucoup d’interrogations

Un hôpital de 164 lits pour une population environ mille fois plus importante. Grâce à cela, alors je verrai certainement des sourires poindre sur des visages. Actuellement, il y a encore beaucoup d’interrogations dont je n’ai même pas encore la possibilité d’apercevoir la réponse. Des plus basiques telles que mes activités quotidiennes une fois arrivé, aux questionnements divers sur l’organisation d’un tel projet avec tous les défis inhérents tels que la gestion du personnel, des déchets ou l’approvisionnement en eau et en nourriture.

Je suis allongé sur une sorte de chaise longue, devant la piste de décollage de l’aéroport d’Addis Abeba, dans l’attente de mon vol pour Juba. La seconde escale sera plus longue, avec la quarantaine une fois arrivé dans la capitale sud-soudanaise, pour une raison évidente que la planète entière ne connaît que trop. En effet, les règles en vigueur nous amènent à prendre des précautions compréhensibles, et qui le sont d’autant plus alors que j’intégrerai un effectif de personnes qui évoluent directement à proximité de l’hôpital.

Ce nouveau monde

J’aurai, je l’espère, alors la possibilité de commencer à trouver quelques réponses à mes nombreuses questions. De m’accoutumer à ce nouveau monde. De toucher un peu plus ce dont pourquoi je suis venu jusqu’ici, pourquoi j’ai quitté mon environnement.

J’ai hâte. Hâte de découvrir ce nouvel univers, tout en sachant que la simplicité ne sera certainement pas au rendez-vous. Mais j’aurai paradoxalement aussi hâte de voir ces six mois arriver à leur terme, pour faire à nouveau pleurer mes êtres chers, mais cette fois-ci de joie.

See you in Juba !