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Quand le « Peak Palu » s’en vient…

Notre clinique externe a vu le nombre de cas augmenter quotidiennement. Nos patients admis, de plus en plus d’enfants en bas de cinq ans, souffrent d’une forme aggravée de la maladie.

Une autre semaine vient de s’écouler. Le temps est passé beaucoup plus rapidement ces derniers jours. Je me tiens occupée avec mes diverses tâches et mon adaptation au climat, au gens, au projet de Boguila. Et tout est positif. Je ne regrette aucunement ma décision de participer à un projet de MSF; je peux enfin voir l’impact que l’organisation peut avoir sur la population.

Je travaille à l’hôpital en tant que superviseure des départements de soins intensifs, de l’urgence et des départements de pédiatrie, médecine et chirurgie. C’est un gros défi pour moi! Je ne pense pas avoir eu autant de responsabilités dans ma carrière d’infirmière. Mais je me sens prête et motivée. L’équipe des infirmiers et des secouristes travaille bien et le moral est bon malgré les difficultés présentes dans le pays et la région. C’est encourageant car la saison des pluies arrive à grands pas et avec elle arrive notre moment le plus occupé de l’année : la saison du paludisme ou le « Pic Palu » comme on l’appelle ici.

Déjà, notre clinique externe a vu le nombre de cas augmenter quotidiennement. Nos patients admis, de plus en plus d’enfants en bas de cinq ans, souffrent d’une forme aggravée de la maladie.

Le paludisme est une infection parasitaire transmise à l’homme par la piqûre d’un moustique. La plupart des infections sont dues à quatre espèces de moustiques : P.Falciparum, P.Vivax, P.Ovale et P.Malariae. Dans notre région, nous voyons surtout des infections dues à la première, le Plasmodium Falciparum. Cette dernière cause souvent des complications, d’où l’appellation de paludisme sévère.

Les signes cliniques du paludisme non compliqué comprennent une fièvre associée à des frissons, des sueurs, des maux de tête, des douleurs musculaires, un manque d’appétit et des nausées. Chez l’enfant, les symptômes incluent également des douleurs abdominales, la diarrhée et des vomissements. De plus, les enfants et les femmes enceintes souffrent souvent d’anémie. Si malheureusement le paludisme est de forme sévère, le patient peut présenter les signes suivants : changements au niveau de son état de conscience (altérations, délire, coma), convulsions, prostration (faiblesse extrême), détresse respiratoire, choc circulatoire et insuffisance rénale.

Après notre évaluation clinique, nous devons rapidement confirmer que le patient est atteint du paludisme par un test diagnostique parasitologique (le ParaCheck). Quelques gouttes de sang sont requises pour compléter un test de diagnostic rapide. Et même en l’absence de test, le traitement d’un cas suspect ne devrait pas être retardé car une personne souffrant de paludisme non compliqué peut progresser à un état sévère et même fatal en l’espace de quelques heures. Il n’y a pas de temps à perdre!

Le traitement se veut relativement simple : des comprimés à base d’artémisinine pendant trois jours. Une co-formulation (deux antipaludiques dans un même comprimé) est préférable comme traitement. Dans notre hôpital, nous utilisons la combinaison Artéméther/Luméfantrine (CoArtem). En cas de vomissements qui empêchent un traitement oral, nous avons aussi un traitement par voie intraveineuse ou intramusculaire : l’Artésunate. Les autres symptômes tels que l’anémie, la fièvre ou l’hypoglycémie se traitent individuellement.

Nous tentons d’encourager la population à se protéger pendant la saison des pluies avec des moustiquaires. Tous nos patients admis à l’hôpital, peu importe leur diagnostic, se voient donner une moustiquaire pour la durée de leur séjour à l’hôpital. Tous les enfants admis repartent à la maison avec leur moustiquaire. Malgré tout, les gens ne les utilisent pas toujours de façon régulière, se plaignant que la chaleur pendant la nuit et la présence d’une moustiquaire les empêchent de dormir. De plus, le manque d’argent, le nombre d’enfants par famille et l’absence de ressources restreignent souvent l’achat de moustiquaires pour tous les membres de la famille, C’est ce qui explique l’incidence élevée de la maladie chez les enfants car les parents gardent souvent la moustiquaire pour eux-mêmes ou pour un bébé dormant avec eux.

Avec le coup militaire réussi le mois dernier et une insécurité grandissante en RCA laissant sa marque sur la population, nous voyons que beaucoup de gens se sont réfugiés dans la brousse avec leur famille. Un grand nombre ne sont pas encore retournés dans leur village par peur de représailles, de cambriolages ou de blessures. Ils vivent donc dans la forêt sans nourriture, sans eau potable, sans ressources et sans protection. Une des conséquences de cet exil sera sans doute un nombre élevé de cas de paludisme, et un nombre encore plus grand de décès dus à cette maladie puisque la population est privée de soins médicaux immédiats. S’ils décident de venir à l’hôpital, il sera peut-être déjà trop tard pour recevoir un traitement. Tout ce que nous pouvons espérer en ce moment, c’est de faire passer le message de notre présence et de nos soins gratuits, à travers les patients quittant l’hôpital et retournant dans leur village.

À la semaine prochaine!

Janique