Groupe de champs
La patience est une vertu.

Ne pensez-vous pas que nous devrions leur donner le temps de se retrouver au lieu d’exiger une assimilation hâtive de nos concepts?

À la fin de juillet, je suis partie en vacances pendant 14 jours. J’ai quitté Boguila, voyagé par véhicule jusqu’à Bangui et pris l’avion pour Paris, France. Là, j’ai retrouvé mon époux et nous avons passé de belles journées en Normandie où j’ai repris contact avec mes ancêtres Gagnons, partis vers la Nouvelle-France en 1640 en quête d’une vie meilleure, et mes compatriotes canadiens, venus libérer la France de l’horreur de l’occupation lors du débarquement des Alliés du 6 juin 1944.

Le cercle de la vie.

Retour intemporel vers mes racines françaises.  Pensées respectueuses envers le sacrifice canadien.

Deux évènements dissemblables pourtant reliés par un même objectif : l’espoir d’un avenir heureux et paisible.

Cet espoir de bonheur existe également ici, en République centrafricaine. Il habite ici depuis plusieurs décennies. Mais il n’arrive pas à prendre racine – les conditions de vie ne le permettent pas encore. Plusieurs ont essayé de forcer les choses en amenant leurs idées, leurs cultures, leurs façons de vivre.  Malgré le bienfait de ces modernités dans leur pays d’origine, ici, elles n’ont pas encore leur place parce qu’elles ne sont pas encore bien comprises.  Je pourrais comparer cette affirmation avec un bébé qui ne sait pas encore marcher et à qui on montre soudainement à courir. Il n’est pas encore prêt – physiquement et intellectuellement.  Nous pouvons en vain tenter de lui apprendre à courir mais il doit d’abord savoir marcher. Et cela prend du temps, de la patience, de la détermination.

Les pays de l’ouest, le monde moderne, a passé son stage d’apprentissage : il sait marcher et maintenant, il découvre la course. Il a appris à marcher pendant de longues années, voire des siècles.  Il est tombé nombre de fois, se relevant et tirant des leçons de chacune de ses chutes.  Puis, il a pensé qu’il pouvait aller plus vite et être plus efficace s’il courrait. Simultanément, il veut montrer au reste du monde les bienfaits que la marche apporte. Mais certains endroits n’en sont encore qu’au stade où ils rampent ou marchent à quatre pattes.  Il faut leur donner le temps d’apprendre à leur propre rythme et les respecter dans leur apprentissage.

J’ai réalisé à Boguila que malgré nos bonnes intentions, le monde africain a besoin de temps. Du temps pour apprendre, du temps pour assimiler, du temps pour incorporer.  Il doit saisir et intégrer pour bien comprendre ce que nous tentons de lui inculquer. Tant que cela ne prendra pas place, tous nos efforts demeureront vains. En fait, ils ne seront pas bien interpréter et causeront une dissension au sein de ces populations peu éduquées.

Je peux arriver à Boguila remplie de bonnes intentions, enseigner ce que je peux aux infirmiers et secouristes afin d’améliorer un système de santé inexistant mais aussi longtemps que toutes ces notions ne seront pas comprises par la population vivant dans la brousse, mes efforts ne donnerons rien.  J’ai compris que je dois y aller à petits pas de bébé.  Un certain concept, petit changement pour nous mais grand effort pour les gens de Boguila fera son petit bonhomme de chemin plus efficacement s’il est accepté et assimilé lentement que s’il doit être mis en place brusquement.  Je commence à comprendre qu’ici, la patience est importante.  Le respect également.

MSF Hollande dirige le projet Boguila depuis maintenant près de sept ans.  Les gens de Boguila ont fait des pas de géants, merci aux équipes de MSF qui se sont succédées.  Mais la population a besoin de plus qu’un groupe d’expatriés pour les aider.  Il faut maintenant que le pays se reprenne en main si nous voulons que ces changements prennent racines et deviennent la norme.  La communauté internationale doit s’impliquer et faire preuve de patience.  Nous sommes passés de barbares en gens civilisés sur une période de mille ans.  Comment pouvons-nous demander ce changement des gens d’Afrique sur une période de cinquante ans…« Rome ne s’est pas bâtie en un jour… »

Ne pensez-vous pas que nous devrions leur donner le temps de se retrouver au lieu d’exiger une assimilation hâtive de nos concepts?

Janique