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La directive

Mais dans certains cas, n’était-il pas de notre devoir d’intervenir afin de prévenir la souffrance humaine et la mort d’une population? Et cela, à quel prix?

Cette semaine, je me pose plusieurs questions existentielles. J’imagine que cela devait arriver à un moment ou à un autre. Notre vie elle-même n’est-elle pas un constant questionnement?

Je pensais à l’histoire du monde et au fait que nous voulons tellement faire de bien, donner de notre temps, notre argent, éduquer les moins fortunés, leur faire voir combien la vie peut être gratifiante. Tout cela, bien sûr, selon nos normes. Mais qui sommes-nous vraiment pour décider que notre norme est celle qui doit dominer? Comment analyser cette question intemporelle?

Depuis que les gens du monde « civilisé » ont commencé à voyager et à conquérir, ils ont voulu imposer des normes de vie aux pays sous leur tutelle. Est-ce un besoin fondamentalement humain de vouloir s’imposer? De voir sa façon de vivre et de penser dominer? Quel est l’impact de cette décision, de ce choix pour la communauté qui se voit imposer cette nouvelle manière de faire les choses? Et je ne parle pas de l’impact immédiat mais bien de celui à long terme, le permanent!

L’hôpital de Boguila a été fondé dans les années 1950 par des missionnaires chrétiens américains. Initialement, cette « œuvre médicale » comprenait un hôpital, une école d’infirmières, un bureau de dentiste, une église et plusieurs postes de santé bien équipés. Les missionnaires ont quitté Boguila au début des années 1990 en laissant l’administration et la gérance de l’hôpital à un groupe composé d’employés, de dirigeants religieux et de chefs communautaires. Sans aucun soutien externe, les responsables ont réussi à administrer l’hôpital sans créer de déficit en continuant à servir les habitants de la région.

En 2002, lors de la guerre civile, la population a fui Boguila, et l’hôpital a été vandalisé et pillé. Plusieurs mois après, le personnel est revenu et a tenté de rouvrir l’établissement sans aide externe. À ce moment-là, quelques ONG ont fait don d’équipement. MSF est arrivée en 2006 et a pris l’hôpital sous sa tutelle afin de continuer d’offrir les services médicaux requis par la population.

Bien que l’hôpital a bien fonctionné pendant plusieurs années, dès l’arrivée de la guerre civile et de l’instabilité politique, l’établissement a eu besoin du soutien de MSF. Avec les derniers événements survenus en décembre 2012, dont le coup d’état de mars 2013, le ministère de la Santé (disparu depuis le coup) demeure pratiquement inexistant. Il ne fournit pratiquement plus de médicaments, de fournitures médicales et de soutien aux postes de santé éloignés de la capitale. Nous avons déjà reçu nombre de demandes réclamant des dons de vaccins et médicaments afin de contrer les maladies telles le paludisme et la malnutrition.

Qu’arrivera-t-il donc le jour où MSF devra quitter la région pour offrir son aide à d’autres projets plus pressants? Qui pourra répondre aux besoins de la population? Le ministère de la Santé sera-t-il de nouveau fonctionnel et prêt à remplir son mandat?

Pour le moment, notre présence ici est des plus bénéfiques et a un impact immédiat. Mais posons-nous la question suivante: bien que nous pensions bien faire, le contrecoup de notre assistance aura-t-il un effet néfaste à long terme car nous partirons un jour, en pensant que tout va pour le mieux, sans réaliser les conséquences de nos choix. Nous les laisserons sans doute sans ressources et ils devront continuer sans notre aide. Était-il judicieux d’intervenir en premier lieu?

Mais dans certains cas, n’était-il pas de notre devoir d’intervenir afin de prévenir la souffrance humaine et la mort d’une population? Et cela, à quel prix?

Je vous laisse y réfléchir…

Janique