Groupe de champs
En clinique mobile

Nous espérons contribuer ainsi à l'amélioration de la qualité de vie des gens.

Je travaille maintenant avec l'équipe médicale dans les cliniques mobiles du Teraï. Nous partons le matin avec un peu d'équipement médical et des médicaments et rentrons à la base le soir même. Nos cliniques se trouvent à environ une heure de route. Nous travaillons sous des tentes. Il fait extrêmement chaud, autour de 40C. Dans les prochaines semaines nous devrons déménager dans des locaux afin de pouvoir continuer nos activités pendant la saison des pluies qui arrive à grands pas.

Certains patients marchent plusieurs heures, presque une journée pour avoir accès à des soins de santé gratuits. Les patients sont souvent trop nombreux pour que nous puissions tous les voir. Nous devons trier les cas les plus urgents. Une des urgences est la malnutrition. Quand on parle de malnutrition, on ne parle pas de « mal-bouffe » ou d'un abus de gras et de sucre. On parle ici d'enfants en pleine croissance qui ne reçoivent pas les nutriments nécessaires à leur développement. Nous avons admis 16 nouveaux patients dans notre programme de nutrition cette semaine. En quatre mois, près de 70 patients ont été admis. Il semble qu'une cause importante de la malnutrition ici soit les mauvaises pratiques de sevrage d'allaitement maternel. Les mamans ne savent pas préparer une nourriture adéquate pour leurs enfants, elles leur donnent le mets traditionnel, le dal-bhat (riz et lentilles). Les enfants mangent très peu, souffrent de carences et s'en suivent les problèmes de développement physique et intellectuel. Les enfants admis dans notre programme de nutrition reçoivent des sachets contenants une pâte à base d'arachide spécialement riche en énergie et en protéines (Ready-to-Use Therapeutic Food). Ils doivent manger 2 à 5 paquets par jour selon leur poids, accompagnés d'une alimentation normale. On passe beaucoup de temps à expliquer aux mères les bonnes pratiques d'hygiène et de préparation des repas. Les enfants sont suivis chaque semaine pour détecter les problèmes médicaux, répéter l'enseignement et suivre leur prise de poids. Nos patients sont libérés lorsqu'ils atteignent et maintiennent un poids satisfaisant. Une de nos patientes mal nourries a souffert de malaria cette semaine. Elle a reçu une médication adéquate et quelques jours plus tard elle s'amusait avec moi à la clinique.

Cette semaine j'ai rencontré une mère qui vient en cachette au programme de nutrition avec son enfant car sa belle-famille le lui interdit. Elle leur dit qu'elle va au marché puis elle passe nous voir. Malheureusement, nous devons fermer cette clinique parce que la route n'est pas praticable pendant la saison des pluies. Je lui rappelle l'importance de poursuivre le programme même si elle doit changer de clinique. Mais elle me dit que notre autre clinique est trop éloignée de chez elle pour qu'elle puisse continuer à venir en cachette. Que répondre à cela? J'ai insisté sur l'importance de préparer une nourriture adéquate pour son enfant, en espérant qu'il se développe normalement malgré l'abandon de notre programme.

Un autre problème trop fréquent est le prolapsus utérin, l'utérus descend dans le vagin jusqu'à sortir à l'extérieur du corps. Ce problème médical est très fréquent au Népal. Au Canada j'ai rencontré quelques cas de prolapsus utérins dans ma pratique, mais plutôt rarement et toujours chez des femmes âgées. Ici, de jeunes femmes de 25 ans en souffrent. Il est difficile d'expliquer précisément quelle en est la cause mais quelques hypothèses sont soulevées.

Selon la tradition, la femme népalaise est considérée impure lorsqu'elle accouche. Beaucoup de Népalaises, surtout en région rurale, ont donc comme pratique d'accoucher seule, sans aide, souvent dans une grange avec les animaux. Elles n'ont pas de notion de bonne méthode d'accouchement et leur mère n'est pas présente pour les aider. Elles peuvent commencer à pousser alors que le col de l'utérus n'est pas complètement ouvert, elles peuvent pousser sur le fond utérin afin de propulser le fœtus vers le vagin, etc. Après l'accouchement, elles tirent parfois sur le cordon ombilical dans le but de faciliter l'expulsion du placenta. Ensuite, elles demeurent souvent seules pendant une dizaine de jours, sans sortir. Elles n'ont pratiquement rien à manger. Puis, lorsqu'elles rejoignent le monde extérieur, elles doivent reprendre le travail dans les champs très rapidement sans laisser le temps à leur corps de récupérer de la grossesse et de l'accouchement. L'ensemble de ces facteurs peut contribuer à un prolapsus utérin. C'est incroyable de voir de jeunes femmes en souffrir alors qu'elles n'ont eu qu'un seul enfant.

Le prolapsus utérin cause des problèmes de miction et de défécation, engendrent de la douleur lors de la marche et des activités quotidiennes, sans compter les difficultés à avoir des rapports sexuels et concevoir des enfants. Nous pouvons aider ces femmes en leur installant un pessaire, c'est un anneau qu'on introduit dans le vagin pour retenir l'utérus en place. Cela peut aider temporairement, mais la solution définitive est chirurgicale. Quelques camps chirurgicaux sont organisés au Népal pour corriger les prolapsus utérins. MSF collabore à l'organisation d'un de ces camps en juin. MSF participe aussi à l'éducation des femmes sur les bonnes méthodes d'accouchement. Nous encourageons les femmes à venir accoucher dans les structures de santé afin de recevoir le support adéquat.

Nous passons beaucoup de temps sur la promotion à la santé et l'hygiène. Chaque journée commence par une séance de promotion à la santé pour toutes les personnes présentes. Cela s'ajoute à l'information plus ciblée et personnalisée donnée à chaque patient qui consulte. Nous espérons contribuer ainsi à l'amélioration de la qualité de vie des gens.