Groupe de champs
La source de vie

Notre chauffeur me demande si je souhaite voir « la source ».  Je lui dit que « oui, j’aimerais voir la source de vie ». Il rit, et nous nous mettons en route vers la brousse.

19 février 2012 - Aujourd’hui c’est le gazouillement des hirondelles qui me réveille. Elles ont choisi notre balcon pour y élever leurs oisillons.

J’ai compté plus de cinquante nids en-dessous du toit. Il est sept heures du matin. Une mouche d’un vert criard est collée à ma moustiquaire. Encore toute ensommeillée, je m’extirpe du lit.

Notre chauffeur me demande si je souhaite voir « la source ».  Je lui dit que « oui, j’aimerais voir la source de vie ». Il rit, et nous nous mettons en route vers la brousse. A Dingila, il n’y a pas d’eau courante. Deux fois par jour, cette denrée précieuse est obtenue à la source pour alimenter les bâtiments de MSF et l’hôpital. Pendant le trajet, le chauffeur me demande si j’ai des frères et sœurs. Je lui répond que j’ai une sœur. « Seulement une sœur? », s’étonne-t-il. Lui, il a 22 enfants de trois femmes différentes. Il ajoute que lui-même est le quarante unième  enfant de 92, que son père a 90 ans et se trouve en très bonne santé. Cette fois c’est moi qui ouvre de grands yeux. Il aime bien les enfants et je le crois sur parole.

Dingila, RD Congo, 19.02.2012

Notre chauffeur me demande si je souhaite voir « la source ». Je lui dit que « oui, j’aimerais voir la source de vie ».

Aujourd'hui, MSF organise une réunion à l'hôpital de Dingila au sujet des dons de sang. En plus des divers dirigeants communautaires et des chefs de l’Eglise, il y a des membres de la Croix-Rouge congolaise qui sont présents. Dans notre service d’urgence, il arrive souvent que nous soignions des patients atteints de paludisme qui souffrent d'anémie aiguë, ce qui fait que nous avons besoin régulièrement de sang. Ces derniers mois, la population de Dingila a été sensibilisée au don volontaire de sang. Il est maintenant important de parler des difficultés. Certains gens ont peur de tomber malade après avoir donné du sang. D'autres craignent que leur sang sera vendu, comme les esclaves étaient autrefois vendus aux blancs. L'ambiance dans la salle est agréable. On écoute chaque orateur, personne n’est interrompu. Après deux heures de discussion, le maire de Dingila s’apprête à conclure son discours : « Le sang n'est pas à vendre. La vie n’a pas de prix », dit-il. Et nous savons qu'il a raison.

Ensuite je rends visite à Pierrette, notre prématurée, dans la salle d'isolement. Elle est née il y a deux semaines – deux mois en avance. Aujourd’hui, sa mère semble contente. La petite supporte bien le lait maternel que nous lui donnons par sonde gastrique. C’est un bon signe. Pierrette est couchée sur le lit, bien enveloppée. Elle porte un bonnet de laine, qui est beaucoup trop grand pour une créature aussi délicate. A côté d'elle il y a une épaisse Bible. Le dos du livre est en lambeaux, les pages sont jaunies. Je demande à sa mère si elle va à l’église. Elle dit oui, mais ajoute qu’elle n’y est plus allée depuis la naissance du bébé. Je lui dis qu’elle devrait quand-même chanter, pour Pierrette. Elle rit – oui elle chantera, elle répond.

Après une dure semaine de travail, on se rencontre le week-end pour jouer au volley sur la place du village. Peu importe la fonction – garde, logisticien ou médecin – sur le terrain tout le monde est pareil. Même le directeur de l'hôpital a déjà été mon adversaire. Malgré mes faibles connaissances du Lingala, je sais exactement ce qui se passe. La joie et la colère ne connaissent pas de barrières linguistiques. C’est juste dommage qu’il n’y ait pas d’autres femmes à coté de moi. Le sport féminin ne semble pas être ancré dans la culture congolaise.

Le ciel s’assombrit. Des rapaces tournoient au-dessus de nos têtes. Un orage se prépare.