Groupe de champs
A tout moment, des échanges de tirs nous obligeaient à stopper tous les mouvements

Le plus grand défi pour nos équipes concernait les déplacements en ville, pour amener les médicaments au centre de santé, pour chercher du sang en urgence à la banque de sang et pour transporter les patients et nos équipes.

Je suis partie avec Médecins Sans Frontières en République centrafricaine pour ouvrir un hôpital à Bangassou dans l’est du pays, avec une équipe de médicaux et de logisticiens. Cette région est un désert sanitaire et l’hôpital a été pillé lors des événements de 2013. Je suis arrivée le 10 décembre à Bangui, la capitale aux allures de ville fantôme ou seuls circulaient quelques véhicules d’ONG, de l’armée française et de la FOMAC (Force Multinationale d’Afrique Centrale). Depuis le 5 décembre, la ville est à feu et à sang. Les combats font rage entre les ex Seleka et les anti Balaka.

Pour fuir les exactions, la population s’est réfugiée dans différents camps de la ville, le plus important étant l’aéroport international. Dès le premier jour, je me suis rendue dans un centre santé tenu par des frères de la communauté des Béatitudes (communauté religieuse catholique) au cœur du quartier Boy Rabé.  12 000 personnes s’y sont réfugiées, sans nourriture, sans abris, luttant contre le froid et la pluie qui est tombée à torrent cette semaine là. Les enfants dormaient à même le sol.

Nous avons commencé par apporter des médicaments et par organiser le circuit de soins. Nous avons reçu des blessés par arme à feu, couteau et machette. Parmi eux, beaucoup étaient des civils et des enfants victimes de balles perdues. Ceux qui avaient besoin d’être opérés étaient référés à l’hôpital chirurgical communautaire également soutenu par MSF. Lors de mon arrivée, j’ai été frappée par la solidarité entre les gens dans les camps. Des infirmiers et médicaux étaient venus d’eux-mêmes pour aider la communauté à prendre en charge cette population en détresse. Très vite, nous avons consulté plus de 400 patients par jour dont 40 % de cas de paludisme, 15% d’infections respiratoires et 10% de diarrhée. En moyenne, nous avons réalisé près de 4 accouchements par jour et nous avons référé une dizaine de patients vers d’autres structures de santé lorsque la sécurité nous le permettait. Lors des consultations, nous avons suivi près de 200 personnes atteintes de malnutrition. Nous avons aussi installé 20 lits d’hospitalisation pour prendre en charge les oubliés de la guerre : ceux qui souffrent de maladies chroniques cardiovasculaire, du diabète, du VIH, de la tuberculose… Les patients qui arrivaient chez nous étaient, pour la plupart, dans un état grave. Faute de pouvoir se rendre rapidement dans leur centre de santé habituel, leur état avait empiré avant de pouvoir enfin de faire soigner. Début janvier, le camp comptait plus de 30 000 déplacés. Nous avons vacciné 13 800 enfants contre la rougeole. C’était notre priorité car dans de telles conditions, la maladie se propage très vite et peut être fatale.

Le plus grand défi pour nos équipes concernait les déplacements en ville, pour amener les médicaments au centre de santé, pour chercher du sang en urgence à la banque de sang et pour transporter les patients et nos équipes. La situation sécuritaire était très volatile. A tout moment, des échanges de tirs nous obligeaient à stopper tous les mouvements.

Lorsque je suis partie de Boy Rabe, mon équipe se composait de 5 expatriés et de 80 staffs nationaux. Tous ont travaillé dans des conditions terribles, avec beaucoup de frustration parfois, mais aussi en partageant de vrais moments de solidarité!

La situation actuelle à Bangui et dans le pays est toujours catastrophique. La population a peur, les pillages et les exactions se perpétuent dues aux conflits intercommunautaires. Les déplacés attendent toujours avec espoir l’aide de la communauté internationale avant la saison des pluies qui commencera en mars. Personnellement, j’espère  bientôt pouvoir retourner là-bas, la RCA m’a vraiment touchée.