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La course contre la montre en République Démocratique du Congo

Un honneur, un défi, le Pool d'Urgence Congo

L'administrateur brésilien Fabio Biolchini vient de rentrer d'une année passée avec le Pool d’Urgence Congo (PUC) de MSF, qui répond aux épidémies et autres crises à travers ce vaste pays.

 « Je reviens tout juste de la République Démocratique du Congo (RDC), où j’ai vécu, durant un an, pour ma quatrième mission  sur le terrain avec Médecins Sans Frontières (MSF), après avoir travaillé à Haïti, en Turquie et République Centrafricaine.

Cet immense pays africain est connu pour ses magnifiques paysages, son majestueux fleuve Congo, mais aussi pour ses épidémies constantes et sa pauvreté. La RDC possède l’un des plus mauvais indices de développement humain (IDH) au monde, malgré sa richesse en ressources naturelles. MSF est présent dans le pays depuis plus de 30 ans et opère via de nombreux projets, avec pour objectif de fournir une assistance médicale et humanitaire à la population locale. 

 

Le Pool d'Urgence Congo 

Parmi ces projets, il y a une initiative qui se distingue par sa dynamique et sa rapidité : le Pool d’Urgence Congo (PUC). Fort d'une expérience de plus de 20 ans dans le pays, le PUC est chargé d'apporter une réponse rapide aux épidémies, catastrophes naturelles et crises causées par l’homme.  

MSF staff travel through DRC on motorcycles

Photo: MSF.

Le PUC travaille à différents niveaux. Premièrement, il y a ce qu’on appelle la surveillance et l’investigation - des activités gérées par cinq sentinelles composées de personnel médical et logistique distribué dans le pays. Ces personnes sont responsables du maintien d’un contact étroit avec les autorités sanitaires locales, de la collecte et l'analyse des données épidémiologiques et de la surveillance du contexte.

C’est ici que tout commence. À partir du moment où une épidémie ou une catastrophe naturelle est identifiée, l’équipe de coordination du PUC, située dans la capitale Kinshasa, analyse les données et décide si une équipe va être envoyée dans cette zone afin d’explorer davantage la situation. Cela va dépendre aussi bien de la gravité de la situation que d’autres facteurs tels que la disponibilité des ressources, la faisabilité dépendant du contexte etc. 

 

L'exploration

L’exploration est menée par un groupe de trois ou quatre personnes, parmi lesquelles des docteurs, des infirmières, des promoteurs de la santé et des logisticiens. S’il s’agit d’une épidémie, ces personnes se rendent à l’épicentre de la crise pour analyser le contexte et recueillir des données ainsi que des échantillons de sang pour des analyses en laboratoire plus poussée, afin que nous puissions enfin avoir la confirmation biologique de la maladie. Parfois, nous avons de fausses alertes. C’est pourquoi la confirmation du laboratoire est une étape cruciale avant le lancement d’une intervention d’urgence. 

Parmi tous mes souvenirs, ceux que je chéris le plus sont les centaines de «Merci mingui» et «aksanti sana» («merci» dans les langues locales) que nous avons entendu de tant de gens heureux après avoir été soignés dans les endroits les plus reculés et les plus oubliés du pays

Lorsque l’équipe de coordination décide de mettre en place une intervention, cela n’implique pas seulement des dizaines de médecins et paramédicaux, mais également une immense opération logistique pour assurer le voyage, la construction et l’entretien des établissements de santé ainsi que la fourniture de médicaments, de vaccins et d’équipements. 

Tout commence à l’entrepôt central de Kinshasa, où nous rassemblons tout ce qui sera transporté. Dès lors, ces fournitures sont emballées et chargées dans un ou deux avions qui doivent être prêt à décoller dans les 24 heures avec toute l’équipe, généralement composée de 30 personnes.

Ensuite, nous utilisons des motos, des canoés et nos propres jambes pour atteindre l’épicentre de la maladie ou la zone de conflit, habituellement située dans des localités éloignées dans les régions rurales congolaises. Selon l’isolement de la zone et la difficulté à l’atteindre, l’arrivée peut prendre jusqu’à 15 jours.

 
An MSF team set off down a river in DRC

Photo: MSF.

Généralement, nous sommes confrontés à de nombreux défis sur notre chemin jusqu’à la communauté affectée : ponts brisés, véhicules embourbés, forêts denses, des températures extrêmement chaudes, des insectes infernaux… Sans oublier la nécessité de traverser des zones instables touchées par des conflits armés.

Une fois arrivés à destination, il est temps de mettre en place notre hôpital, avec la construction de pédiatries, de pharmacies, de salles d'opération, de bureaux, de salles pour l'équipe et tout ce qui est nécessaire pour une intervention optimale. Des centaines de personnes dans la région sont embauchées afin de nous aider dans cette nouvelle étape. C'est alors que la logistique de MSF démontre toute sa valeur ajoutée.

 

Travaillant non-stop

Ensuite, les équipes médicales commencent à agir de concert avec le personnel du Ministère congolais de la Santé. Cela signifie que des centaines de personnes travaillent ensemble pour combattre une épidémie dans la région, par exemple.

Normalement, au bout de trois mois d’une opération intense- travaillant non-stop, sans jours de congé ou dimanches - les résultats sont impressionnants et la population locale est sauvée de la maladie en question. 

Au cours de ces deux décennies de travail, cette équipe incroyable - composée de 80 personnes avec un contrat régulier et 150 personnes supplémentaires qui peuvent être mobilisées à tout moment pour venir donner un coup de main si nos équipes sont dépassées par la situation - a effectué des centaines d'interventions et sauvé des centaines de milliers de vies, agissant contre des épidémies telles que le choléra, Ebola, la rougeole, la fièvre typhoïde, le paludisme, la fièvre jaune et de nombreuses autres situations d'urgence. 

Aujourd’hui, le PUC est devenu une référence en matière de mobilité et de compétence.

Un honneur et un grand défi

Faire partie de cette équipe était à la fois un honneur et un grand défi. 

J’ai travaillé comme manager des ressources humaines dans la capitale, j’étais donc responsable des salaires, des recrutements, des mesures disciplinaires et d’autres fonctions. Dans les différentes localités où nous avons travaillé, j’avais une équipe d’administrateurs – composé à la fois de personnel congolais et international - qui formait le département RH.

La coordination des ressources humaines dans de nombreuses zones différentes de ce si grand pays était un défi de taille, en particulier lorsqu’il s’agissait de difficultés d'accès à la communication.

 
  
Fabio takes a selfie on a motorcycle in DRC

Photo: Fabio Biolchini/MSF.

Rien que sur l’année 2016, le PUC a reçu 253 alertes santé, conduit 43 missions d’évaluation qui ont abouti à 26 opérations bénéficiant à 329.886 personnes !
 
Les chiffres sont tellement impressionnants que je n’arrive toujours pas à croire que nous avons fait tout cela en seulement une année.
 

Je n’oublierai jamais cette aventure

MSF fait un travail incroyable en RDC et je n’oublierai jamais les moments exceptionnels que j’ai vécus au cours de cette aventure qu’est le PUC  où l’honneur de travailler avec une équipe si compétente. Par ailleurs, parmi tous mes souvenirs, ceux que je chéris le plus sont les centaines de «Merci mingui» et «aksanti sana» («merci» dans les langues locales) que nous avons entendu de tant de gens heureux après avoir été soignés dans les endroits les plus reculés et les plus oubliés du pays.