Groupe de champs
Us et coutumes…et sorcellerie! (1ière partie)

Autre problème, l’application de traitements farfelus, ou l’ingestion de plantes « médicinales » dont les ingrédients actifs sont mal dosés, provoquant plus de mal que de bien.

Centre de Santé de Kisele. A notre arrivée, l’infirmier titulaire nous demande s’il ne faudrait pas évacuer cette enfant vers l’hôpital  : une fillette née la veille, avec un bec de lièvre, et sa maman qui refuse de la nourrir. Pas à cause du bec de lièvre : elle croit que son lait n’est pas bon pour l’enfant.  Après consultation radio avec le médecin à Shamwana , la décision est prise: on ramène la mère et l’enfant de façon urgente dans son village d’origine – on ne la transfère pas à l’hôpital-  pour qu’elle consulte son « féticheur » afin qu’elle accepte de nourrir son enfant, avant qu’il ne meure.

Une femme arrive à la maternité de l’hôpital en grande souffrance, et le bébé qu’elle porte montre des signes de détresse : de terribles contractions la secouent, suite à l’ingestion d’une potion servie par le « féticheur » local, pour provoquer le travail.

Urgence hier soir : un bébé de 15 mois arrive en pleines convulsions, dues à la fièvre et au paludisme sévère. Ses parents avaient consulté le « féticheur » qui avait administré on ne sait quoi à l’enfant. Admis aux  soins intensifs, l’enfant est en détresse respiratoire et  souffre probablement d’une intoxication aux plantes médicinales, en plus de son paludisme sévère. Oxygène, perfusion de médicament. Trop peu et surtout, beaucoup trop tard : l’enfant est décédé aux petites heures.

Trois exemples recueillis ces derniers jours, mais qui sont le lot de notre travail quotidien. En fait,  on peut affirmer que le recours aux « féticheurs » et aux guérisseurs traditionnels est la norme pour la majorité de la population: avant d’aller au Centre de Santé ou à l’hôpital des « bazungu », on passe quasiment toujours par la médicine traditionnelle.

Et cela a souvent des conséquences désastreuses sur l’état de santé des gens. Ainsi, ce refus des femmes d’allaiter est lié à la croyance que le colostrum, ce premier lait si riche, est pourri ou délétère pour le bébé; la croyance veut que le « féticheur » doive purifier le lait par quelque cérémonie, avant d’autoriser la mère à allaiter. Ce qui peut prendre des jours et des jours, provoquant déshydratation et mort des nouveaux-nés. Autre problème, l’application de traitements farfelus, ou l’ingestion de plantes « médicinales » dont les ingrédients actifs sont mal dosés, provoquant plus de mal que de bien. Et le plus grand problème, c’est le retard de consultation; après avoir été traités sans succès par les « féticheurs », les gens viennent finalement  à l’hôpital, souvent dans un état très grave, où il devient pratiquement impossible de les soigner.