Groupe de champs
Us et coutumes…et sorcellerie! ( 1ère partie)

Comment parler de quelque chose d’inconnu à sa propre culture, sans porter de jugement, tout en essayant d’en comprendre le « rationnel »???

Une nouvelle chronique « culturelle », si j’ose dire, que j’inaugure aujourd’hui , à la demande de quelques uns d’entre vous. Sujet délicat. Comment parler de quelque chose d’inconnu à sa propre culture, sans porter de jugement, tout en essayant d’en comprendre le « rationnel »???

Et si je vous racontais les histoires de vie telles qu’elles déboulent régulièrement dans le tukul de la santé mentale?

«  C’est l’histoire d’un gars… »

…qui arrive un beau matin pour rencontrer un conseiller. Le jeune homme, dans la vingtaine, est en pleine crise homicidaire et suicidaire : il est sur le point d’aller trancher la tête de son père et de s’enlever la vie par la suite! On apprendra que Julien, -appelons-le ainsi- est impuissant depuis trois ans ; ce qui le fait beaucoup souffrir et a même entraîné un divorce. Interrogé sur le début de son « manque d’entrain », le jeune homme dira que sa maladie est due à un mauvais sort jeté par son père. Comme ce dernier refuse, pense-t-il, de reconnaître sa responsabilité dans sa maladie, il ne lui reste plus qu’à le tuer et en finir lui-même avec la vie. L’exploration de la situation du jeune homme révèlera l’existence d’un grand conflit : le père ne voulait pas du mariage de son fils tant qu’il n’avait pas terminé ses études, mais le fils a passé outre et a tout de même convolé en « justes noces ». Finalement, le conseiller finira par faire voir à Julien que son impuissance est peut-être due à des causes médicales, et le convaincra de venir consulter à l’hôpital dans quelques jours, en prenant soin de s’assurer qu’il mette en suspens ses sombres plans de tuerie. Fin du premier acte.

Consultation médicale à l’hôpital : le Julien bande normalement, a des pollutions nocturnes à qui mieux mieux, la plomberie est en parfait état de marche. C’est entre les deux oreilles que ça se passe – on s’en serait douté!- . Le conseiller rencontre le jeune homme et tente de recadrer cette nouvelle information comme une bonne nouvelle, en quelque sorte, pour lui donner un peu d’espoir et  l’amener à explorer d’autres pistes pouvant expliquer son état;  par exemple, quel était l’état de sa relation conjugale avant le divorce, ou encore, comment a-t-il vécu l’épisode de la guerre récente ( hypothèse d’une manifestation de stress post-traumatique). Mais le client n’en est pas là, il n’en démord pas : la cause de ses déboires c’est le mauvais sort jeté par son père, et c’est lui qu’il faut rencontrer pour régler son problème.  Qu’à cela ne tienne, le conseiller propose d’organiser une prochaine rencontre familiale. La famille demeure dans  un village à près de 3 heures de route d’ici. Le conseiller étant de passage là-bas la semaine d’après,  il contactera le père pour lui proposer cette rencontre. Julien reprend espoir, la crise est passée. Fin du deuxième acte.