Groupe de champs
Une journée dans la vie d’un expat MSF

Dodo Je ne me suis jamais couché si tôt : pas de télévision ou d’émission d’information à ne pas rater en fin de soirée ici! C’est le temps de vous souhaiter une bonne nuit, en espérant que quelqu’images africaines peuplent vos rêves!

Peut-être serait-il temps pour vous de visualiser le quotidien d’un expat MSF, maintenant que c’est rendu pour moi presqu’une routine!

6 :15 Lever, douche 6 :30 Tai-Chi ( c’est sacré!)

Commençons par ce qui nous fait office d’enclos…euh pardon, de base. Je vous en ai déjà glissé un mot dans un précédent envoi, mais soyons un peu plus précis, si vous le voulez bien. Et suivez le guide! La base est un vaste rectangle de 50 m. X 100 m. environ. La porte d’entrée, située à l’une des petites extrémités de ce rectangle ouvre sur la cour principale de la base, bordée de différents édifices, faisant office d’entrepôt, de bureaux, de salle de radio opérateur; il y a aussi quelles vastes tentes de matériel logistique; toute cette partie « travail » occupe à peu près les 3/5 de ce vaste enclos.Le reste est occupé par les espaces de vie de l’équipe d’expats. On y retrouve le coin des « tukuls »,i.e. 8 petites chambres individuelles en briques et toit de chaume, le coin salle à manger- salon, le coin cuisine, sans oublier les latrines à la mode MSF, ainsi que la pittoresque douche : un gros baril de plastique d’où l’eau s’écoule par gravité. Je parlais d’enclos, car la base n’est séparée du village que par une « clôture » de nattes tressées; en fait, on est en plein cœur du village, entourés par la vraie vie quotidienne des gens. Au moment où je vous écris, tiens, j’entends les enfants s’amuser, il y a aussi quelqu’un en train de couper du bois; il y a aussi les éternelles poules qui caquètent et se promènent librement sur la base; puis là, un enfant qui pleure ou encore, la voisine en train de passer le balai en face de sa hutte. Les bruits de la vie quotidienne sont en fait absolument incroyables et déroutants parfois, marquant le rythme régulier des jours qui s’écoulent. Dès 4 :15 du matin, les coqs commencent leurs cocoricos ( criss…il fait encore nuit!); l’un commence, l’autre lui répond, un autre plus loin enchaîne de plus belle, et ainsi de suite. On dirait vraiment qu’il y a des centaines de coqs à Shamwana aux petites heures! Comme une gang de machos roulant des mécaniques, mais sans aucun rapport avec la levée du jour! Il y a la chèvre du voisin d’à côté qui bèle comme un animal qu’on égorge, mais aux accents étrangement humains…; et ce matin vers 5 :00, ce roulement de tam-tam lourd et rythmé, provenant de l’Eglise pentecôtiste. Un peu comme un organiste de chez-nous qui se réfugierait dans la petite chapelle du village, avant la levée du jour, pour pratiquer ses gammes! La nuit également est régulièrement peuplée d’étranges sonorités : les incantations d’un « fou furieux » ou d’un prédicateur illuminé (???); la procession hurlante et larmoyante d’une foule en deuil, circulant dans les rues du village; ou les chants religieux pratiqués par la chorale du coin à 1 :00 du matin!

6 :45 Déjeuner et préparation du café pour tout le monde : je suis le « morning man » du groupe!

7 :30 Préparation de la journée de travail

8 :00 Début de la journée de travail, par une réunion de tout le staff national et des expats, présidée par le P.C., tout le monde en rond dans la grande cour de la base : se donner les dernières nouvelles, s’informer des mouvements dans les différents villages, etc.

8 :15 Au travail! Soit je me déplace dans les villages, soit je prépare une formation, soit réunion avec les conseillers, soit rapports ou statistiques à Lubumbashi, soit… Evidemment, les déplacements dans les villages plus éloignés comme Kishale ou Kampangwe nécessite un départ plus tôt le matin, vers 7 :00 ou 7 :30. Souvent également, dans les déplacements, on ne mange pas vraiment : quelques bananes achetées au détour de la route, quelques biscuits. On va prendre une bonne collation au retour à la base autour de 16 :00- 16 :30.

13 :00 Dîner 14 :00 De retour au boulot

La vie quotidienne d’un expat, c’est aussi l’apprentissage de l’usage des appareils de communication. D’abord, le « handset », cette radio portative qui devient une véritable prothèse, et que l’on doit avoir sur soi dans tous nos déplacements, aussitôt les pieds à l’extérieur de la base. Dans nos déplacements en véhicule, c’est aussi la radio VHF, à courte portée, et la radio HF, à plus longue portée qu’il faut apprendre à manier afin de signaler notre départ de la base, les étapes que nous franchissons, et finalement l’heure d’arrivée à notre destination. La vie quotidienne d’un expat, c’est aussi se soumettre à des règles de « sécurité », MSF-Hollande ayant une culture de sécurité très stricte pour la protection de ses expats. Jusqu’à tout récemment, on ne pouvait sortir de la base le soir après le coucher du soleil, sauf pour se rendre chez Concern, l’autre ONF situé à 150 m. de notre base, et encore, fallait-il être accompagné d’un gardien! Le jour, on pouvait sortir seul, mais pas au-delà des limites du village. Et toujours, en mettant le pied hors de la base, être muni de notre prothèse-radio. Dans nos déplacements dans les villages, le véhicule MSF devait toujours être à côté de l’expat, en cas d’évacuation d’urgence .

17 :00 Fin officielle de la journée de travail, mais souvent, c’est plus tard

17 :30 Partie de volley-ball, autour de deux fois /semaine

18 :30 Coucher du soleil : il fait noir!!!

Mais les règles se sont assouplies depuis une semaine, heureusement. Car il n’y a plus aucun danger pour les expats, ni pour la population : plus aucun mouvement de troupe, plus aucune altercation, c’est le calme plat depuis près d’une année. Ainsi donc, nous pouvons dorénavant nous déplacer le jour à l’extérieur des limites du village, soit pour aller dans les villages voisins pas trop éloignés ou se promener en brousse, en autant que nous soyons dans le rayon d’action de notre prothèse-radio. Autre bonne nouvelle : le soir, nous pourrons nous promener à Shamwana, en autant que nous soyons accompagnés d’un staff national ou de quelqu’un du village que nous connaissons. Cela nous permettra, par exemple d’aller souper ou sortir chez nos amis congolais, ou de découvrir enfin ce qui peut bien se passer dans ces cérémonies nocturnes qui hantent nos nuits!

19 :00 Souper + on se retrouve toute la gang d’expats

On ne peut parler de la vie quotidienne d’un expat, sans aborder la question cruciale de la bouffe. Bien sûr, la bouffe, c’est important, me direz-vous, c’est évident, non? Mais ici, cela prend une importance très grande. Car voyez-vous, pour pouvoir manger, nous dépendons presqu’exclusivement de l’approvisionnement en provenance de Lubumbashi; et qui dit approvisionnement, dit transport, qui dit transport, dit problème de transport… Nous disposions d’un service aérien par une ONG Air-Serv. Faute de fonds, Air-Serv a suspendu ses services depuis déjà plusieurs mois. Nous devons nous rabattre sur le transport routier depuis Lubumbashi. Le dernier camion a pris 5 semaines pour se rendre à 150 km.d’ici, en panne totale… Ce qui fait que l’approvisionnement en produits frais, parfois, fait défaut…On a bien une excellente provision de pâtes, de riz, de corned beef de sardines et de sauce tomate, mais à la longue, ça devient lourd… Mais le principal problème, c’est le manque d’imagination et de talent de notre cuisinier! J’ai l’air de me plaindre comme ça, mais en fait, ce n’est pas si terrible à mon avis, surtout quand tu n’as pas à cuisiner toi-même!

19 :30 Détente, lecture, écriture, internet

21 :00- 21 :30 Dodo Je ne me suis jamais couché si tôt : pas de télévision ou d’émission d’information à ne pas rater en fin de soirée ici! C’est le temps de vous souhaiter une bonne nuit, en espérant que quelqu’images africaines peuplent vos rêves!