Groupe de champs
"T.S. au Congo!"

Médecins Sans Frontières, vous connaissez ? Oui bien sûr, mais vous étiez convaincus que c`était  avant tout une affaire de médecins et d`infirmières. Que non ! Depuis plus d`une année, en tant que t.s., ( travailleur social) j`occupe la position de « Mental Health Officer » (MHO)  á Shamwana, un petit village perdu en République démocratique du Congo.

Médecins Sans Frontières, vous connaissez ? Oui bien sûr, mais vous étiez convaincus que c`était  avant tout une affaire de médecins et d`infirmières. Que non ! Depuis plus d`une année, en tant que t.s., ( travailleur social) j`occupe la position de « Mental Health Officer » (MHO)  á Shamwana, un petit village perdu en République démocratique du Congo. Petit topo sur mon expérience de travail.  Pour vous en donner le goût de l`humanitaire, peut-être… ???

Shamwana. Un village de 3,500 personnes, dans la province méridionale du Katanga. Un village situé au centre du « triangle de la mort », une zone comprise entre Pweto, Mitwuaba et Manono. En 2005, c’était la guerre dans cette zone entre les milices Mai-Mai et l’armée congolaise. MSF, déjà installé  à Kilwa et Dubié, à 120 km. de Shamwana, a alors vu déferler dans la ville des dizaines de milliers de réfugiés. Avec la fin des hostilités fin 2005 et le retour des réfugiés dans leurs villages, MSF ouvre en mai 2006  un troisième projet au centre du «  triangle de la mort ». Essentiellement, il s’agit de supporter et superviser les installations de santé primaire et secondaire, durement endommagés par la guerre. On parle ici de 5 Centres de santé disséminés autour de Shamwana, ainsi que d`un petit hôpital de référence de 55 lits situé  á Shamwana même ; se greffe aussi à ce support à la santé primaire de la région, un programme intégré de santé mentale.

En tant que MHO, je coordonne le développement de ce programme de santé mentale, qui offre de l’intervention psycho-sociale á l`intention d`une population ayant subi les affres de la guerre.  Ce programme comprend des activités de consultation individuelle ( 4,000 consultations/ an), des activités de groupe ( groupes de support pour les personnes endeuillées, traumatisées, vivant des sentiments accablants) , ainsi que des activités de psycho-éducation dans les écoles des villages, á l`intention des profs du primaire et du secondaire, ainsi qu`aux étudiants du Secondaire. Une petite partie de notre clientèle (10 personnes sur 260 clients) présente des problèmes psychiatriques. Bien que ce ne soit pas l’objectif premier du programme, nous assurons le suivi de ces patients, en collaboration avec un médecin traitant.

Plus concrètement, mon travail consiste á supporter une équipe de 6 conseillers psycho-sociaux ( 3 hommes + 3 femmes) et leur superviseur congolais á réaliser le travail d`intervention auprès de la population. Ces conseillers sont des non-professionnels. Ils ont été sélectionnés au début du projet pour leurs aptitudes en relation d`aide. A l’embauche, ils ont reçu une formation de base au processus d`intervention psycho-sociale prôné par MSF.  Ils sont tous issus ( ou presque) des petites villes /villages avoisinants, parlent la langue du coin ( Kiluba + swahili) ,  connaissent parfaitement la culture de la population desservie – c`est la leur ! - et la plupart ont vécu eux-mêmes l’horreur de la guerre.

Essentiellement, mon travail est d`assurer la formation continue de cette équipe, par du coaching sur le terrain, par de la supervision individuelle et de groupe, par de la formation continue adaptée aux besoins de la clientèle et aux difficultés vécues par les conseillers. Les consultations individuelles ont lieu à domicile, à l’ombre de la hutte ou sous le manguier, dans des villages situés jusqu’à trois heures de route de Shamwana, par des « routes » difficiles et chaotiques. Le travail, c`est aussi de supporter le superviseur congolais dans son travail de coordination et de liaison avec l`hôpital. L`approche prônée par MSF est une approche de thérapie brève axée sur les solutions : pas de place pour la psychanalyse ou la gestalt ici !  Le travail, c`est aussi de réfléchir á l`orientation et au développement du programme, en lien avec l’équipe de coordination située dans la capitale à Lubumbashi ou encore en lien avec les Mental Health Advisors basés à Amsterdam .

Tout cela a l`air peut-être factuel et « dry », mais je vous jure que c`est tout á fait captivant et fascinant ! Vraiment, on vit ici comme dans une autre dimension, á tel enseigne que le temps file à une vitesse absolument folle ! C`est que le travail est passionnant ! La culture est absolument « flyée » par bouts, on est dans un monde complètement différent, et pourtant, la souffrance humaine est partout, omniprésente. Et au-delá des différences culturelles, les sentiments et la détresse humaine demeurent les mêmes. On se sent vraiment utile et le programme fait vraiment une différence dans la vie des gens. Une goutte d`eau dans l`océan ? Bien entendu. Mais une goutte d`eau quand même !

Oui, vraiment, il y a de la place pour les t.s. à Médecins sans Frontières !

(1)    Article à paraître en nov. 09 dans le Bulletin de l’Ordre des Travailleurs sociaux du Québec