Groupe de champs
Merci, Maman Linda!

Aujourd’hui à Shamwana, j’ai versé mes premières larmes…

Bien triste journée aujourd’hui : Maman Linda nous a quittés. Maman Linda, c’est notre sage-femme américaine de 50 ans, qui a passé une année à Shamwana. Son travail : entraîner et superviser le travail des accoucheuses, tant ici à la maternité de l’hôpital que dans les 4 autres Centres de Santé (Kisele, Kampangwe, Kishale et Monga), sans parler des campagnes de vaccination menées aux quatre coins de la région. Samedi soir, on a eu le traditionnel « farewell party »; mais là, honnêtement, avec une dose d’émotion pas mal plus élevée. Les accoucheuses, venues des différents villages, avait préparé un sketch, tout à fait hilarant et touchant, mettant en scène le travail quotidien d’une sage-femme en brousse. Et cet après-midi, tout le monde à piste d’atterrissage, pour un dernier adieu à Maman Linda. J’étais assis au côté d’elle dans le véhicule qui nous menait à la piste : hommes, femmes et enfants tout le long du trajet, criant à tue-tête et la saluant «  Maman Linda, Maman Linda! », en signe de remerciement et de dernier adieu… Moving, indeed…

A la piste beaucoup d’embrassades, de pleurs, de dernières photos; de la part de ces accoucheuses surtout, ces femmes magnifiques qui étreignaient leur Maman Linda pour la dernière fois. Beaucoup de tristesse et de pleurs refoulés aussi, chez ces grands gaillards congolais, qui n’arrêtaient pas de dire « Maman Linda s’en va… » C’est l’embarquement final; les gorges se serrent, Maman Linda salue une dernière fois et la foule rassemblée fait de même. Après le décollage, on commence à se disperser, quand le pilote a la gentillesse de refaire un passage en rase-motte, permettant à Maman Linda un dernier contact visuel avec les gens qu’elle a tellement aimés. Adieu Shamwana!!! Adieu Maman Linda!!!

J’ai connu Linda ces trois dernières semaines. J’ai eu la chance de recevoir ses confidences, ses questions, ses doutes sur la pertinence du travail qu’elle avait réalisé, ses pleurs et sa tristesse envahissante à mesure que le jour J approchait;  j’ai eu le plaisir de l’aider à peaufiner son magnifique discours d’adieu. Une femme entière, engagée, dynamique et profondément aimante pour les femmes et les enfants de Shamwana.  Je lui ai écris un petit mot ce matin où,  pour mettre les choses en perspective, je concluais en lui demandant : «  Dis-moi,  Maman Linda, comment de vies as-tu contribué à sauver depuis ton arrivée? »

Aujourd’hui à Shamwana, j’ai versé mes premières larmes…

Merçi Maman Linda!