Groupe de champs
Maladies mentales au programme

Pour une réflexion plus poussée sur les maladies mentales en contexte traditionnel africain où la sorcellerie est le mode dominant d’explication du monde, vous me permettrez de prendre un peu d’expérience…

Toujours à Kisele : tournée des cas psychiatriques…Nous poussons une petite pointe à 7 km plus loin, un autre petit bled, Katolo. Nous allons, Sofie, deux conseillers et moi, à la rencontre d’une dame psychotique, âgée de 45 ans, malade depuis 4 ou 5 ans, et qui est sous médication depuis seulement 1 mois. Comment vous dire… Au fond du village, nous découvrons une femme complètement nue, à l’exception d’un semblant de sous-vêtement, d’une malpropreté repoussante, sous un abri de paille et de bâche de plastique. Elle est assise sur le sol de terre et de sable, reconnaît mes compagnes, mais apparaît perturbée par la présence de ce nouveau « muzungu » ( blanc). Elle m’associera à un militaire – casquette et pantalon obligent- à un partisan de l’ex-dictateur Mobutu, mais finira par m’accepter dans son décor. Logorrhée, paranoïa, agitation, explosion de violence vis-à-vis son mari. À sa cheville, une chaîne de bicyclette ( ce n’est pas une coquetterie de sa part…); à l’arbre qui sert de pilier à sa hutte, un autre bout de chaîne : cette femme a été enchaînée à son arbre dans ses pires moments de crise… Shocking, indeed! ( Ph. 1 ) Que faire face à une telle situation? S’assurer qu’elle continue de recevoir la nourriture de la part de sa famille, tenter de la stabiliser avec le seul médicament disponible, l’Halopéridol, un anti-psychotique de vieille génération, et espérer que ça marche…Puis, travailler à ce qu’elle reprenne ses responsabilités auprès de son mari et de ses enfants, retourner aux champs, lui redonner une certaine place dans la communauté. En espérant que ça marche…

A Kisele même, deux autres cas : une femme encore très fonctionnelle, vivant avec mari et enfants, mais faisant des « crises », parlant en langue, se croyant ensorcelée, ostracisée par la communauté, et avec qui la même médication anti-psychotique est entreprise depuis peu. A suivre. Puis enfin, un « success story » : une femme en dépression majeure, suite à la perte de ses enfants tués à la guerre, sous médication Prozac depuis 5 mois, et qui apparaît en rémission totale.

Pour une réflexion plus poussée sur les maladies mentales en contexte traditionnel africain où la sorcellerie est le mode dominant d’explication du monde, vous me permettrez de prendre un peu d’expérience…