Groupe de champs
Le voyage

Et il y a, bien sûr, les « tukuls» de petites chambres individuelles de 10’X10’, faites de briques recouvertes d’un crépi blanc et surmontée d’un toit de paille en pignon : absolutely lovely, indeed!

1 er août 2008.

Shamwana, mon amour…c’est vraiment le coup de foudre immédiat en atterrissant : ces nuées d’enfants nous accueillant, serrer la main des conseillers en santé mentale qui formeront ma future équipe de travail, et bien sûr, rencontrer les autres expats MSF.

Shamwana, mon amour…c’est probablement ce qu’avaient en tête ces gens qui, après avoir été chassés de leur village par la guerre, ont commencé à se réinstaller, lentement, courageusement, dans leur coin de pays depuis deux ans.

Shamwana, par contre, c’est loin! A 700 km au nord-est de Lubumbashi, la capitale de la province du Katanga, dans l’extrême sud du pays. Nous sommes partis ce matin à 9 :15. En petit avion à hélice, affrété par MSF mais appartenant à AirServ, une autre ONG spécialisée dans le transport humanitaire : 6 passagers, de l’espace cargo en masse. Et nous avons fait « la run de lait », comme on dit. Nous avons atterri dans les deux autres projets de MSF dans la région, à Kilwa sur les bords du lac Mwero (on peut trouver sur Google Earth), à Dubié, un autre village plus au nord (peut-être sur Google Earth…), à Pweto, à l’extrémité nord du lac , puis enfin, Swamwana, à peu près à 150 km au nord-ouest (définitivement pas sur Google Earth…), trois heures après notre départ.

A chaque atterrissage-décollage, c’est l’aventure! Evidemment, ce sont des pistes non pavées, caillouteuse et bosselée; d’une longueur de 800 m, on y installe quelques personnes de chaque côté, en haie d’honneur…pour éviter que des chèvres ne se lancent sur la piste au mauvais moment… On a pas le choix, il faut faire confiance au « Jungle Jim » pilote qui est aux commandes!

En route vers la base

Depuis la piste d’atterrissage, nous marchons jusqu’à la base de MSF, ce qui nous amène à traverser tout le village. C’est vraiment quelque chose! Un véritable village africain - évidemment, me direz-vous! - je veux dire, correspondant aux images d’Epinal qu’on peut en avoir : des huttes de paille ou de briques de terre,avec toit de chaume,

des rues formées par l’alignement des rangées de huttes, un vaste champ de soccer au centre du village, bordé par l’école primaire et secondaire, deux bâtiments en brique et toit de tôle, si j’ai bien vu. Et ces nuées d’enfants,

dépenaillés, souriants, sales et souriants de leur plus belles dents, qui nous suivent et nous répètent inlassablement les quelques phrases connues en français : « Bonjour! Comment ça va? Comment t’appelles-tu? Je m’appelle Clément, et toi? » Beaux et adorables!

La base MSF est à une extrémité du village;

c’est une vaste enceinte « cloturée » de murs de paille tressée, où se trouve divers bâtiments, bureaux, entrepôts,

tentes pour entreposer du matériel, ainsi que les espaces de vie du staff national, dans un coin, et un autre espace de vie pour les expats. Cet espace de vie, c’est la cuisine, une salle à manger communautaire grillagée de moustiquaires, un petit salon munis de sofa, tout ça construit en briques et toit de paille, comme les meilleures maisons du village. Et il y a, bien sûr, les « tukuls» de petites chambres individuelles de 10’X10’, faites de briques recouvertes d’un crépi blanc et surmontée d’un toit de paille en pignon : absolutely lovely, indeed!

On y trouve un lit simple recouvert d’un moustiquaire ( pour la prévention de la malaria). Rien d’autre, pour le moment : pas de bureau pour le linge ni table pour poser quoique ce soit. Ça viendra. Les chiottes turques dans un coin, les douches dans l’autre. Quelque peu spartiate comme environnement, mais pour qui aime le camping, c’est parfait!

De l’autre côté de la base, à 100 m en face, il y a les installations de l’hôpital tenu par MSF; on y trouve une salle d’opération, une maternité, des maisons de paille pour les familles des patients-es qui doivent s’occuper de leurs proches hospitalisés, une unité d’hospitalisation, une clinique externe, ainsi que quelques tukuls de consultation en santé mentale. Et tout autour, dans quatre autres villages avoisinants, il y a des centres de santé qui sont supervisés par MSF. Je vous en dirai plus quand j’y serai allé.

Ces premières impressions

Que vous dire de mes impressions, maintenant…La foule rassemblée autour du champ de soccer de fin d’après-midi, pour supporter l’équipe locale aux prises avec celle du village voisin, ses cris, ses encouragements, ses rires! Ces enfants qui te dévisagent, qui s’étonnent, qui te sourient timidement, qui rient aux éclats! « Muzungu! Muzungu! » ( le Blanc! le Blanc!) Ce vieux monsieur du village voisin, avec qui je rigole, à chaque fois que l’une ou l’autre des équipes marque, on se tire la pipe allègrement! La vie, quoi! Se réveiller aux petites heures, à entendre les chants des innombrables coqs, et entamer la journée au rythme lent du village qui s’éveille. Ces chants entendus toute la journée, accompagnés de rythmes de tam-tam, ces personnes rencontrées au marché ce matin, « Jambo, Jambo » , te saluant spontanément, et avec qui il est facile d’entamer une conversation quand ils parlent français. Ce ciel d’un noir d’encre, parsemé d’innombrables étoiles. Cette température d’été idéale, chaud et supportable le jour, toujours avec un peu de vent, et frais la nuit.

Comment vous dire…comment vous faire sentir… Je ne sais pas. Que dire d’autre? Simplement que je me sens comme un poisson dans l’eau, j’adore, je suis heureux!