Groupe de champs
Kabala, fief de Gédéon

Une des « zones sinistrées » ayant été le plus touchée, et étant encore très défaite par les traumatismes de la guerre.

 Kabala, petit village à 1 ½ heures de route d’ici. Kabala, le fief de Gédéon, le chef des milices Maï-Maï, aujourd’hui écroué dans une cellule à Lubumbashi.  Cette région a été le siège des pires affrontements entre les Maï-Maï et l’armée congolaise il y a trois ans.  Les Maï-Maï… Ces terribles milices responsables  des pires massacres imaginables. Aux croyances traditionnelles et magiques, censées conférer l’invincibilité à ses adeptes. Aux pratiques cannibales également…    De nombreux  villageois recevant les services de l’équipe de santé mentale souffrent encore de flashbacks résultant  des atrocités dont ils ont été témoins durant  cette période, commises tant par les Maï-MaÏ que par l’armée congolaise.  Un homme  témoigne :  «  Les Maï-Maï  sont arrivés chez mon voisin et ont commencé à le battre; finalement, ils l’ont tué et lui ont arraché le cœur pour le manger » Une villageoise de Monga, le village d` à côté, témoigne encore : «  Les soldats avaient creusé un énorme trou comme prison;  on y entassait les gens soupçonnés de collaborer avec Gédéon ; on fermait  le trou avec des tôles sur lesquelles on versait des braises brûlantes, pour  torturer les gens.  Après, on retirait les prisonniers pour les exécuter froidement, là, sous le grand manguier »

Kabala, fief de Gédéon

Kabala, fief de Gédéon

Kabala. Un village défait. Presque toutes les maisons sont misérables, faite de paille, en mauvais état. Les gens également  sont défaits : c’est la première fois où  je rencontrais un gars saoûl en plein après-midi. Un agent focal – un travailleur de santé communautaire-  nous amène Carine et moi chez une famille dont la femme est épileptique et refuse de se faire soigner.

Nous découvrons une pauvre hutte, une femme faible affalée par terre, un enfant en bas âge couché sur une natte, un mari visiblement  émèché ou « stoned » - le cannabis est fort courant par ici- qui enligne excuse sur justification pour ne pas emmener sa femme au Centre de Santé voisin.  La décrépitude du village contraste avec la beauté des alentours : tout autour, se profilent  de belles montagnes comparables à celles de nos Laurentides, le ciel est clair, la lumière est vive et éblouissante, la végétation se décline dans les teintes de vert et de fauve, car nous sommes encore en saison sèche. Après notre tournée de consultation individuelle avec quelques villageois, Carine et moi ramènerons finalement trois malades de Kabala pour consultation médicale à l’hôpital de Shamwana.

Kabala. Une des « zones sinistrées » ayant été le plus touchée, et étant encore très défaite par les traumatismes de la guerre. Que faire de plus pour rejoindre cette population, si isolée, au tissu social déchiré? Autre sujet de réflexion avec mon équipe de conseillers et avec l’équipe des expats.