Groupe de champs
Jours de deuil, part. 2

Toujours l’attente,  toujours le silence, à l’ombre protectrice du grand manguier.

Dimanche, 8 :15

Nous avançons lentement et en silence. Nous, c’est la délégation de MSF, composée de 4 expats et de Fulgence, Freddy et Isaac, trois staffs nationaux. Nous traversons de part en part le village, qui apparaît étrangement calme et silencieux; pas d’enfants nous courant après, pas de salut de la part des quelques personnes croisées sur le chemin. Nous sommes en route pour l’enterrement de Daddy.

La maison de la famille est située à l’autre extrémité du village; nous finissons par déboucher sur la parcelle familiale , où on nous invite à s’installer sous le manguier. Près de 200 personnes occupent l’espace : les hommes regroupés sous l’immense manguier, et les femmes disséminées au soleil par petits groupes ou recherchant la fraicheur à l’ombre de l’une ou l’autre des deux petites huttes dispersées sur la parcelle.  Elles entretiennent trois feux, surmontés de casseroles fumantes; plus loin, une autre fait la vaisselle : la continuité de la vie, c’est l’affaire des femmes, toujours.  La foule est complètement silencieuse; aucune parole échangée, les gens attendent, se recueillant . On m’apprendra que beaucoup ont passé la nuit à veiller ainsi la défunte.  La maison de Daddy  occupe le fond de la parcelle;  elle est assez grande, faite de briques et comporte deux pièces; en face de celle-ci, on a accroché plusieurs grandes bâches de plastique, constituant un abri pour la famille immédiate et les membres de la communauté chrétienne à laquelle la défunte appartient.

9 :30

Nous allons rendre nos derniers hommages à la défunte. Accompagnée par un membre de la communauté, la délégation quitte ainsi l’ombre du manguier, sous les yeux de la foule toujours silencieuse. Nous nous glissons sous l’abri de bâches vers  la maison. On nous  invitera à nous déchausser avant d’entrer, une pratique faisant partie du rite pratiqué par la communauté. On nous introduit ainsi dans une des deux pièces de la maison, transformée pour la circonstance en chambre funéraire.  La morte est là, étendue sur une natte tressée, jetée sur le plancher de terre, recouverte d’un drap blanc. A sa tête, une simple bougie, adossée au mur de la chambre; une petite fenêtre laisse entrer une faible lumière de circonstance. Nous ne sommes pas seuls dans la pièce; déjà, 4 ou 5 femmes sont présentes, psalmodiant litanies et chants funéraires. Bercés par ces chants tristes et envoutants, nous nous recueillons et rendons hommage une dernière fois à Daddy.

10 :00

Toujours l’attente,  toujours le silence, à l’ombre protectrice du grand manguier. On attend qu’on ait terminé de creuser la tombe au cimetière, m’apprend-t-on; on a rencontré des difficultés imprévues, il aura fallu changer d’outillage. Mais chose certaine, il faudra inhumer la défunte avant midi, sinon le tout sera reporté en début d’après-midi. Puis, enfin, un mouvement. La chorale de la communauté s’installe sous l’abri de bâches et débute ses chants lancinants et rythmés , accompagnée de guitares, de djembe et d’autres instruments tintants.